ad. Auguis, I, 44a
spectacle de tant de détresse, il éprouve une émotion poignante et une sorte d’effroi.
« Sur une population de vingt-cinq millions d’hommes, écrit-il en 1790, cinq millions de pauvres, de pauvres dans toute la force du terme, c’est-à-dire mendiants ou prêts à mendier, c’est là une de ces idées qui pénètrent l'âme de tristesse et d'effroi, un tfe ces résultats qui font mettre en question si la société est un bien... Voilà ce que n’ont pas voulu voir ceux qui jusqu’à présent ont écrit sur le peuple Tel est l’excès de la misère, et il serait encore
plus grand, si le remède n'était pas dans le mal même, si les dix-neuf vingtièmes des gens sans propriétés ne mouraient pas avant le temps... C’est le remède, c’est là ce qui soulage l'Administration d'un poids qu'elle ne pouvait seulement pas soulever. Ecartons ces idées ; mais pardonnons à J. -J .[Rousseau ses déclamations contre l'état social. Il ne l’a vu que d'un côté ; c'est ce qui fait qu’on déclame ; mais il faut l'avouer, ce côté fait frémir, et ce qu'il a d'affreux justifie la sensibilité qui s’en indigne et s’en irrite avec violence l, »
La Révolution ne lui paraît donc pas pouvoir se flatter d’avoir accompli son œuvre, si elle se contente d’opérer un changement dans les”institutions politiques ; il pense que devant elle se pose la question sociale et qu’elle doit travailler à la résoudre.
Quant à lui, lorsqu’il arrête ses regards sur cette plaie de la misère, il ne croit pas qu’on pourra la guérir par des effusions d’homme sensible, et pense qu’on serait coupable de l’exaspérer par des récriminations violentes. Mais il suit avec attention, avec passion presque, les tentatives qui sont faites pour apporter au mal social, sinon un remède, au