Ed. Auguis, III, 163 sqq
moins des atténuations. Dans la partie littéraire du Mercure , au lieu de donner seulement des articles de critique ou de morale, il examine et discute le projet de Cabanis sur la réorganisation des hôpitaux, Y Essai sur la mendicité de M. de Montlinot , Y Essai sur les réformes à faire dans notre 'procédure criminelle , par M. de Comeyras. Il est visible que, lorsqu’il rend compte de ces ouvrages, ce sont moins les ouvrages eux-mêmes qui l’intéressent, que les matières dont ils traitent ; on sent qu’il voudrait attirer l’attention des législateurs et du public qui pense sur ces questions d’hospitalisation, de répression et d’assistance publique. — Après la mise en ventedes biens ecclésiastiques, on fut fort en peine d’une nuée de pauvres, qui, ne trouvant plus l’aumône à la porte des couvents fermés ou ruinés, erraient à travers les campagnes ou refluaient vers les villes. L’Assemblée nationale nomma alors un Comité dit « de mendicité ». Ce Comité, qui avait pour président le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, ne crut pas que sa mission se bornait à parer aux difficultés de la situation présente ; il eut l’ambition de créer de toutes pièces la législation de l’assistance publique, et, dans six grands rapports, en traça le pland’ensemble. Mais, au milieu des événements qui se précipitaient, ce travail passa à peu près inaperçu. La Constituante, malgré les instances de La Rochefoucauld, ne procéda que par des réformes de détail et rien n’était fait, lorsqu’elle se sépara. — En octobre 1 790, les trois premiers rapports de La Rochefoucauld avaient déjà paru. Chamfort ne fut pas de ceux qu’ils laissèrent indifférents :
dans son article sur le livre de M. de Montlinot, il les résume avec une brièveté lumineuse, fait ressortir la noblesse des principes qui les ont inspirés, et montre fortement que les questionsqu’ils traitent sont des questions vitales.
« Il faut, dit-il, rendre constitutionnelles les lois qui établissent l’administrat ion des secours donnés auxpauvres. La classe indigente de la société étant partie intégrante de la société, la législation qui gouverne cette classe doit faire partie de la Constitution : c’était le seul moyen d’empêcher que cette grande idée ne se réduisît à n’être qu’une belle conception de l’esprit, sans application à un empire qui jouit du bonheur d'avoir une Constitution. C’est la première fois que les législateurs ont ainsi parlé aux hommes : et nombre de gens, nous ne l'ignorons pas, en concluront qu’il ne fallait pas leur parler ce langage. Il est à croire que la postérité ne sera pas de leur sentiment l. »
Ces dernières lignes, et tout l’article qu’elles terminent, peuvent sans doute compter entre les pages qui font le plus d’honneur à l’intelligence et au cœur de Chamfort.
En se préoccupant de tout ce qui peut améliorer la condition matérielle du peuple, il obéit avant tout à des sentiments de justice et d’humanité; mais il a en même temps une vue de haute prudence politique. Quand les souffrances des humbles sont excessives, « l’édifice social, dit-il, chancelle et court risque d’être renversé 2 ». C’est cette catastrophe qu’il faut prévoir et prévenir : « Diminuez les maux du peuple, vous diminuez sa