‹ ChamfortChapitre 179 sur 207 · Ed. Auguis, III · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, III

férocité; comme vous guérissez ses maladies avec du bouillon » \ 11 est fort loin pourtant de penser comme Rivarol, qui disait avec sa hautaine impertinence : « En général, le peuple est un souverain qui ne demande qu’à manger, et Sa Majesté est tranquille quand elle digère ». Chamfort, au contraire, s’indigne autant contre ceux qui le méprisent, que contre ceux qui le font ou le laissent souffrir.

L’économie sociale, telle qu’il la conçoit, n’a point pour unique ni même pour principal objet d’assurer au peuple sa part de bien-être, ou du moins c’est un soin qu’elle ne doit prendre que si elle peut garantir en même temps le respectde sa dignité. Dans son article sur Cabanis, Chamfort le loue de ramener tout à « des considérations morales ». Lui, de même, n’admet pas qu’une démocratie véritable puisse n’être qu’une sorte d’assurance mutuelle contre les besoins et les misères physiques. Il n’accepterait pas pour les misérables un système d’assistance qui ne laisserait pas « subsister dans le pauvre le respect que tout homme doit avoir pour lui-même ». Il aurait horreur d’une nation bien repue, bien pansée, — et sans âme, et, comme d’instinct, il a protesté par avance contre la tendance que devaient manifester les futures écoles socialistes à faire trop bon marché de la liberté. Dans ses conceptions politiques, jamais il n’abjura cette haute inspiration idéaliste que nous avons marquée dans le programme moral

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