Ed. Aiguis, V
faut faire aucun mouvement, à moins qu’on ne soit sûr de la tuer ; sans quoi elle revient à la charge plus furieuse que jamais \ » Au lieu de se faire oublier, il entreprit de démasquer Tobiesen Duby, et de montrer que ce triste personnage n’avait eu d’autre but que de se débarrasser de ceux dont il convoitait la place. Le délateur, irrité, revint à la charge : « Je défie Chamfort, écrivait-il au journal de la Montagne , de rien avancer contre mon patriotisme ; mais je prouverai, quand il voudra, qu’il disait, il n’y a pas plus de six semaines, à un bon républicain que, s’il n’avait pas pillé, assassiné, s’il n’était pas Jacobin, il n’aurait pas de certificat de civisme. Je prouverai qu’il ne cessait de déclamer contre la Commune et tous les patriotes, et qu’il disait, à peu près en propres termes, que les honnêtes gens ne pouvaient pas mettre le pied dans leurs sections... » Quatrejours après (8 septembre), Chamfort répliquait par une lettre qui est bien plutôt un pamphlet contre son adversaire qu’un plaidoyer pour lui-même. Sans doute il y protestait d’une façon générale deson civisme, de son républicanisme, et même de son admiration pour les Jacobins. Mais il ne niait aucun des propos qui lui avaient été prêtés, en particulier ses louanges de Charlotte Corday, ses imprécations contre Marat. Le silence sur de pareilles accusations prouve son courage ; car il le perdait irrémissiblement.
Il semble bien qu’il fût alors assez disposé à faire bon marché de sa vie. A peine sorti de prison,