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Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, VI

INTRODUCTION

grand escalier ; l’auteur est obligé de quitter la France. Le 31 mai 1791, après la mort de Mirabeau, quand on venait d’obtenir pour lui la suppression de l’arrêt du Parlement qui le décrétait de prise de corps, Raynal s’empressa d’adresser à l’Assemblée un long et raide manifeste en faveur de l’autorité royale. — Les Suard , les Garat, hommes de mérite, mais sans flamme aucune, vécurent sous la Révolution avec prudence; Garat se poussa même en bonne place ; mais on ne voit pas qu’ils aient jamais été entraînés par l’essor de cette grande époque. C’est que, pour presque tous ces hommes, les idées restèrent à la surface de leur esprit ; ils y virent sinon un jeu, au moins un pur travail, surtout un pur plaisir intellectuel ; elles n’atteignirent pas le fond de leur être \ Dans leur fait, il y a une sorte de libertinage de la pensée ; ils caressaient leurs idées, ils ne les épousaient pas. Et Diderot, dans son langage spirituellement cynique, a peut-être rencontré le mot juste et qui caractérise le mieux ce qu’il manquait de sérieux intime et de sève morale à tous ces écrivains, quand il dit, au début du Neveu de Rameau : « Mes pensées, ce sont mes catins 1 2 ».

En fait, de tous les hommes de lettres qui avaient,

1. « Tout semblait alors innocent dans cette philosophie, qui demeurait contenue dans l’enceinte des spéculations et ne cherchait, dans ses plus grandes hardiesses, qu’un exercice paisible de l’esprit.»

( Mémoires de Morellet, 1, 149. Cité par Taine, dans Y Ancien Régime, p. 365.)

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