‹ ChamfortChapitre 32 sur 207 · Etl. Aüguis, I · texte numérisé non relu

Etl. Aüguis, I

«O rois, s’écrie-t-il, gardez-vous de croire que vous régnez seuls sur les nations et que vos sujets n’obéissent qu’à vous... Vous tenez dans vos mains le gouvernail de l’Etat ; mais c’est un vaisseau porté sur une mer inconstante et mobile, sur l’esprit national et sur la volonté de l’homme : si vous ne savez vous rendre maîtres de la force et de la direction de ce courant inévitable et insensible, il entraînera le vaisseau loin du but que le pilote se propose. Ce courant agit dans le calme comme dans la tempête ; l’on aperçoit trop tard, près de l’écueil, la grandeur de son effet imperceptible dans chaque instant. Et s’il se meut dans un sens contraire au mouvement que vous imprimez au gouvernail , qui pourra l’arrêter ou le changer 1 ? »

On voit, dans ces lignes, que si Chamfort n’appelle pas encore la Révolution, au moins il la prévoit ; évidemment les questions politiques le préoccupent dès ce temps ; il ne les traita point dans des écrits spéciaux, sans doute parce qu’il vivait à une époque « où l’Almanach de Liège est interdit de temps en temps 2 » ; mais on ne peut douter qu’elles aient tenu une large place dans ses réflexions et ses entretiens; et à certaines allusions on s’aperçoit même que, dans ses œuvres purement littéraires, il ne les perd point de vue.

En 1768, l’Académie française mit au concours l’éloge de Molière. Depuis 1755, grâce à l’intervention de Duclos, elle avait cessé de proposer aux concurrents pour le prix d’éloquence d’insipides lieux communs, des textes de sermons, des versets de l’Evangile, ou des paraphrases édifiantes. On avait dès lors pris pour sujet de ces discours les

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