Ed. Auguis, V
CITAMFORT
s’employèrent donc de leur mieux pour que la pièce fût jouée en grande solennité. Elle le fut en effet. On la donna pour la première fois à Fontainebleau le 7 novembre 1776, au milieu de grandes fêtes qui eurent un éclat exceptionnel. « On ne se souvient pas, dit Grimm, d’avoir vu un voyage si brillant que l’a été celui-ci... Une affluence de monde prodigieuse, des fêtes, des parties de jeu, des courses de chevaux, l’élégance et la variété des toilettes en ont fait presque tous les frais. » Presque tous les frais, oui, — car, ajoute Grimm, « les lettres... quoique très accueillies par notre jeune souveraine... ont encore assez peu contribué aux plaisirs de la cour 1 ». Sur une douzaine de pièces qu’on représenta devant Leurs Majestés, il y en eut beaucoup de mauvaises, quelques-unes à peine de passables. La tragédie de Chamfort, Mustapha et Zéangir, triompha facilement, trop facilement. Du moins, ce succès d’une heure fut un succès très vif. Si l’on en croit La Harpe, la pièce avait eu par avance l’approbation royale. « 11 avait eu l’honneur de lire sa tragédie au roi et à la reine qui en avaient témoigné leur satisfactton et qui l’avaient honorée de leurs suffrages 2. » On conte que Louis XVI fut très ému par ce tableau de l’amitié fraternelle et les courtisans, pour bien montrer qu’ils comprenaient et goûtaient cette allusion à l’union de la famille royale, portèrent aux nues l’œuvre nouvelle. La reine, d’ailleurs, fit connaître la faveur de Chamfort de la façon la plus