Ed. Auguis, II
3. Catalogue des lettres autographes composant la collection de M. Alfred Bovet, décrites par Etienne Charavay (Charavay frères, 1887).
il était pourtant capable de se consoler de la perte du plaisir par le sentiment de l’amour, qu’il savait bien en distinguer et qu’il comprenait dans toute sa délicatesse. « L’entêtement, a-t-il dit un jour, représente le caractère à peu près comme le tempérament représente l’amour \ » Il trouvait aussi assez de ressources dans son âme ardente pour triompher de la débilité de sa santé. « Au physique, disait M...., homme d’une santé délicate et d’un caractère très fort, je suis le roseau qui plie et ne rompt pas; au moral, je suis au contraire le chêne qui rompt et qui ne plie point. Ilomo interior lotus nervus , dit Van Helmont 1 2. » Ces misères physiques ont contribué sans doute à prédisposer son âme au découragement ; mais elles n’en sont pas la cause directe.
Le spectacle des alïaires publiques exerça sur lui une influence bien autrement active et profonde. Nous savons avec quellejoie il avait salué l’arrivée de Turgot auministère : il espérait qu’avec un pareil homme les réformes ardemment rêvées allaient bientôt s’accomplir. Et Turgot avait gouverné deux ans à peine ; sa tentative n’avait servi qu’à montrer comment tous les projets de bien public devenaient impraticables sous un gouvernement arbitraire et un régime social londé sur le privilège. En même'temps, de l’autre côté de l’Atlantique, un peuple jeune, au milieu des épreuves, grandissait pour la liberté ; en France, on s’intéressait passionnément à la lutte soutenue par les Insur-