‹ ChamfortChapitre 55 sur 207 · Archives de la Comédie-Française · texte numérisé non relu

Archives de la Comédie-Française

ANNÉES DE RETRAITE

provinces de la littérature. D’un mot, qui n’a rien d’exagéré, Chamfort a indiqué ce qu’elles avaient alors de capricieux et de tracassier. « On reprochait à Ml L..., homme de lettres, de ne rien plus donner au public : Que voulez-vous qu’on imprime, dit-il, dans un pays où Y Almanach de Liège est défendu de temps en temps 1 ? »

Si du moins ce triste métier d’homme de lettres était relevé par ceux qui l’exercent!... Mais non; lorsque l’on a mis à part quelques très grands écrivains, que trouve-t-on alors dans la gent littéraire ? Un petit nombre d’amateurs, fort infatués d’eux-mêmes, des habiles, qui courent après les grâces et les pensions, et, tout en bas, une tourbe nombreuse, très décriée, très justement décriée, et qui ne rappelle notre bohème moderne que par son dénuement et son désordre. C’est la foule des compilateurs et des plagiaires ; ce sont ceux dont Chamfort disait qu’au lieu de mettre leurs livres dans leurs bibliothèques, ils mettent leurs bibliothèques dans leurs livres 2 ; — et encore : « Quelqu’un a dit que de prendre sur les anciens c’était pirater au delà de la ligne ; mais que de piller les modernes c’était filouter au coin des rues 3 ». Ce sont ceux, romanciers ou poètes, qui flattent les basses passions du public, et qui se font ses pourvoyeurs de gravelures et d’obscénités. J’ai sous les yeux une liste d’almanachs publiés en

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