Cité par Roederer (OEuvres, tome IV
1778 1 ; leurs titres indiquent assez quel était le goût du public, même du public populaire, pour les œuvres libertines, et qu’il ne manquait pas de gens pour le satisfaire. Ce sont enfin les libellâtes, les auteurs de pamphlets scandaleux, les gaze tiers cuirassés, les Morande, les Pelleport, ceux qui écrivent les Amours du vizir de Ver (jeunes, les Petits soupers de l'Hôtel de Bouillon , les Passe-temps d'Antoinette, ceux qui diffament sur commande, et qui, parfois, emploient le chantage, non sans succès.
On aurait tort de croire qu’on pouvait sans peine tenir ce vilain monde à l’écart ; ces gens fort méprisables étaient en même temps fort audacieux. Très bruyants, très remuants, ils entraient partout, se mêlaient à tout. On les trouvait dans toutes les cabales ; il fallait compter avec eux ; car les lauriers de l’illustre La Morlière les empêchaient de
1. Liste des Almanachs nouveaux , chantants et lyriques, qui se trouvent, pour cette année 1778, chez Valade, libraire, rue Saint-Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins :
Les Etrennes de l’Amour , almanach chantant et lyrique.
Les Bouquets de l’Amour, au beau sexe, almanach lyrique, dédié aux amants ; par M. Gai.
Les caprices , ou l’aimable fantaisie du beau sexe, étrennes amusantes sur des airs connus et choisis exprès.
Etrennes à ma maîtresse , ou code de l’amour, almanach chantant.
Le messager d’amour , almanach chantant et lyrique.
Les folies amoureuses , ou le précepteur 'd’amour, almanach chantant.
Tablettes de Flore , ou les étrennes de l’amour et de l’amitié.
Passe-temps des jolies femmes , ou almanach des Lises et des Suzons.
La rosee de Cythère, almanach lyrique, par IJ***.
Le présent sans prétention, ou l’amusement de la jeunesse.
L’ Amusement des coquettes, ou l’emploi d’un quart d’heure, almanach chantant.
Les charmes de la Volupté, almanach dansant, par M. Guillaume maître de danse.
ANNÉES DE RETRAITE
dormir. Les cabales, au reste, ne se formaient pas seulement parmi ces stercoraires de la littérature; et nous avons vu que la secte encyclopédique, où l’on comptait tant d’honnêtes gens, avait fait payer à Çhamfort l’indépendance qu’il avait voulu garder vis-à-vis d’elle.
Sans doute, on pouvait citer des écrivains qui ne descendaient point à ces bassesses, et qui gardaient une attitude décente. Mais ceux-là mêmes n’échappaient pas à des défauts déplaisants que leur métier, si excédant, si bien fait pour surexciter l’amour-propre, leur imprimait comme des stigmates. Ils ont beau se répandre dans le monde, ils conservent, malgré eux, comme un pli professionnel, et, en dépit d’eux-mêmes, laissent toujours percer quelque pédantisme. Leur vanité surtout, qui les rend maladroits ou malheureux, fait que leur commerce est le plus souvent incommode. Ils sont toujours empressés à parler d’eux-mêmes et de leurs œuvres. « L’abbé Delille devait lire des vers à l’Académie pour la réception d’un ami. Sur quoi il disait : Je voudrais bien qu’on ne le sût pas d’avance, mais je crains bien de le dire à tout le monde b n> Ils ont, fussent-ils très grands, un éternel et insatiable besoin de louanges, fussentelles très basses. « M. de Buflon s’environne de flatteurs et de sots qui le louent sans pudeur 2. » Pour éviter que celte vanité ne reçoivedes atteintes, ils ne reculent pas devant des vilenies. « Lorsque Y Esprit des Lois parut, il s’en fît plusieurs critiques