Ed. Auguis, II
CEAMFORT
mauvaises ou médiocres qu’il (Montesquieu) méprisa fortement. Mais un homme de lettres connu en fit une dont M. du Pin voulut bien se reconnaître l’auteur et qui contenait d’excellentes choses. M. de Montesquieu en eut connaissance et en fut au désespoir. On la fit imprimer, et elle allait paraître, lorsque M. de Montesquieu alla trouver Mme de Pompadour qui, sur sa prière, fit venir l’imprimeur et l’édition tout entière. Elle fut hachée, et on n’en sauva que cinq exemplaires 0 » L’envie, enfin, suite ordinaire et comme nécessaire de la vanité, met dans les rapports que les gens de lettres ont entre eux une malveillance ou tout au moins une défiance continuelle. « M.... qui venait de publier un ouvrage qui avait beaucoup réussi, étaitsollicité d’en publier un second, dont ses amis faisaient grand cas : Non, dit-il, il faut laisser à l’envie le temps d’essuyer son écume2. »
Les délices de la réputation sont telles que, dans tous les temps, elles ont suffi à bien des écrivains pour qu’ils oublient ce qu’il y a d’ingrat et d’âpre dans leur métier. Mais, à quarante ans, Chamfort avait cessé de les goûter :
« J'ai aimé la gloire, je l’avoue, dit-il ; mais c'était dans un âge où l’expérience ne m’avait point appris la vraie valeur des choses, où je croyais qu’elle pouvait exister pure et accompagnée de quelque repos, où je pensais qu elle était une source de jouissances chères au cœur, et non une lutte éternelle de vanité ; quand je croyais que, sans être un moyen de fortune, elle n’était pas un titre d’exclusion à cet égard. Le temps et la réflexion m’ont éclairé 3. »
t. Ed. Auguis, II, 64.