Ed. Auguis, V
ANNÉES DE RETRAITE
Et il avait été éclairé d’une lumière pénétrante et crue. Quoi de plus vain que la célébrité ? « Célébrité : l’avantage d’être connu de ceux qui ne nous connaissent pas » Quoi de moins honorable ? Ce public, par qui l’on devient célèbre, est, au vrai, si indifférent au mérite ! « Le travail du poète, et souvent de l’homme de lettres, lui est bien peu fructueux à lui-même ; et de la part du public, il se trouve placé entre le Grand merci et le Va te promener 1 2. » Ce public d'ailleurs n’est-il point de goût gâté et perverti ? « Un homme de goût est, parmi ce public blasé, ce qu’une jeune femme est au milieu d’un cercle devieux libertins 3. » Faites de votre mieux, travaillez à donner une œuvre forte ou distinguée : combien de chances pour que vous restiez « à moitié chemin de la gloire de Jeannot 4 » ! L’homme qui ne se laisse point étourdir par le bruit dont la réputation l’entoure, ni aveugler par la poussière qu’elle soulève autour de lui, reconnaîtra vite qu’elle apporte plus de charges que d’avantages. Un écrivain en vue ne s’appartient plus à lui-même ; le monde, qui fait les réputations, n’entend pas les faire gratis ; il veut qu’on le paie en se soumettant à quelquesunes de ses servitudes : servitudes extérieures, visites, dîners, fêtes, cérémonial et, ce qui est plus grave, servitudes morales, préventions, préjugés de toute sorte. Il ne lui suffit pas qu’on