‹ ChamfortChapitre 59 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

soit des siens, il veut qu’on soit sien ; on ne s’acquitte avec lui qu’en le surpayant. Et les avantages de la célébrité ? En regard de ses inconvénients, Chamfort avec une parfaite netteté en a établi le bilan : « Il est aisé de réduire à des termes simples la valeur précise de la célébrité ; celui qui se fait connaître par quelque talent ou quelque vertu se dénonce à la bienveillance inactive de quelques honnêtes gens et à l’active malveillance de tous les hommes malhonnêtes. Comptez les deux classes et pesez les deux forces \ »

Les misères et les tracasseries de la vie littéraire l’ont donc excédé sans qu’on puisse en être surpris ; mais surtout l’insignifiance, le vide de ce qu’on nommait alors la littérature, ont fait éprouver à son âme comme une lourde lassitude. Après de courtes excursions dans presque tous les genres consacrés, il sent que tous ces genres sont épuisés, qu’ils ne peuvent tout au plus servir que de distraction à une société vieillie et blasée, que la littérature pure va à sa fin, qu’elle a cessé d’être autre chose qu’un jeu d’esprit, et un jeu d’esprit suranné.

Le siècle est octogénaire ; il radote et ne se plaît plus qu’à l’absurdité ou à la platitude. Ecrire et penser sont devenus des termes presque contradictoires :

Je touche au midi de mes ans,

Et je me dois tous mes instants Pour jouir, non pour faire un livre ;

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