‹ ChamfortChapitre 60 sur 207 · Jüd. Auguis, I · texte numérisé non relu

Jüd. Auguis, I

ANNÉES DE RETRAITE 97

Amis, penser, sentir, c’est vivre ;

Ecrire, c’est perdre du temps b

Chamfort pressentait-il un renouvellement littéraire? le croyait-il proche? — Il en a parlé en tout cas : « Pour être un grand homme dans les lettres ou du moins opérer une révolution sensible, il faut, comme dans l’ordre politique, trouver tout préparé et naître à propos 1 2 ». A coup sur, il comprenait que, de son temps, l’heure de cette révolution n’avait point sonné. Alors à quoi bon publier? Et, très résolument, il prit le parti de ne plus rien donner au public. Pendant de longues années il a tenu l’engagement qu’il prenait vis-à-vis de luimême dans une lettre écrite en 1784 à l’abbé Roman :

« L’impression, disait-il..., j’en ai une si grande aversion que je n’ai de repos que depuis le moment où j'ai imaginé un moyen sûr de lui échapper et de faire en sorte que ce que j’écris existe, sans qu’il soit possible d’en faire usage, même en me dérobant tous mes papiers. Le moyen que j'ai inventé m’en rend maître absolu jusqu’au monument et même par delà ; car je n’ai qu’à me taire ; et ce que j’aurai écrit sera mort avec moi 3.»

Ainsi gagnée par le désenchantement, l’âme de Chamfort reçut, vers cette époque, dans des circonstances restées obscures, une blessure qui envenima la tristesse qui s’était amassée en elle.

L'expérience qu’il avait acquise de la vie suffi-

1 Ed. Auguis, V, 236.

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