Ed. Auguis, I, 32 L
ANNÉES DE RETRAITE
de Chamfort sur les femmes, on distingue aisément l’accent d’une souffrance et d’une rancune personnelles. A l’âge où il n’aimait plus seulement le plaisir, où il avait besoin de tendresse, il possédait ses grandes entrées dans les salons les plus brillants ; après avoir été « l’amant d’une femme galante, le jouet d’une coquette, le passe-temps d’une femme frivole, l’instrument d’une intrigante » , de flatteuses avances ne purent-elles pas lui faire croire qu’il trouverait dans ce monde de choix une liaison « d’âme à âme » ? S’il le erut, combien sa déception dut être cruelle quand il fut convaincu qu’il n’y avait dans le monde que des « coucheries sans amour1! » *
Et là encore peut-être lui fit-on sentir, et en nulle occasion il ne la pouvait sentir de façon plus cuisante, son infériorité sociale. Peut-être quelque grande coquette se fit-elle un jeu de rendre ridicule ce plébéien amoureux: « M... disait à propos de Mme de...: J’ai cru qu’elle me demandait un fou, et j’étais prêt à le lui donner; mais elle me demandait un sot, et je le lui ai refusé net 2 ». En battant en retraite, il était ulcéré.
Quelle qu’ait été la cause de l’amertume de Chamfort, c'est vers l’année 1780 qu’elle se marque nettement pour la première fois. 11 quitte alors Paris et se retire dans ce qu’il appelle « son établissement d’Auteuil ». Il ne fréquente plus que chez les Panckoucke et chez Mme Helvétius dont il est devenu le voisin. Assurément la maison de cette