Ed. àügüis, II, loO
à l’esprit ; et, à la vue d’un croyant, toutes les demi-preuves contre son existence se présentent à moi en foule1. » Comme il ne cessa jamais d’être préoccupé de morale pratique, une de ces demipreuves contre l’existence de Dieu qui le frappait le plus, c’était le désordre moral : « Le monde physique, disait-il, paraît l’ouvrage d’un être puissant et bon qui a été obligé d’abandonner à un être malfaisant l’exécution d’une partie de son plan. Mais le monde moral paraît être le produit des caprices d’un diable devenufou2. » Aussi ne peut-il admettre la Providence ; s’il en parle, c’est pour citer, en l’approuvant évidemment, le mot de Mme de Créqui : « Quelqu’un disait que la Providence était le nom de baptême du hasard 3... » Quant à l’immortalité de l’âme, question qui se lie intimement à celle de l’existence de Dieu, il ne la nie point, mais semble croire qu’elle se pose comme un problème que l’homme ne saurait résoudre. « J’ai lu, dansje ne sais quel voyageur, que certains sauvages de l’Afrique croient à l’immortalité de l’âme. Sans prétendre expliquer ce qu’elle devient, ils la croient errante, après la mort, dans les broussailles qui environnent leurs bourgades et la cherchent plusieurs matinées de suite. Ne la trouvant pas, ils abandonnent cette recherche et n’y pensent plus. C’est à peu près ce que nos philosophes ont fait et avaient, de meilleur à faire » Mais, malgré tant d’hésitations, on peut penser qu’en fin de compte