‹ ChamfortChapitre 71 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

ANNÉES DE RETRAITE

Chamfort acceptait le déisme ; n’en fait-il pas l’aveu quand il dit que les athées, qui l’inclinent à la croyance en Dieu, sont pour lui meilleure compagnie ? C’est qu’il s’est fait un idéal de justice et de vertu et que le besoin de donner une forme à cet idéal s’impose aisément à ceux qui, à l’ordinaire, ne vivent pas dans l’abstraction. De ses excursions dans le domaine de la métaphysique, Chamfort est revenu très sceptique. « Je dirais volontiers des métaphysiciens ce que Scaliger disait des Basques : on dit qu’ils s’entendent, mais je n’en crois rien '. » Mais, sceptique par l’esprit, il serait volontiers déiste par le cœur.

On conçoit qu’ayant une foi si peu décidée aux dogmes de la religion naturelle, il ait moins encore accepté la religion révélée. En fait, il fut absolument indévot. Une anecdote nous édifiera sur ce point.

« M. de Chamfort, dit la Correspondance littéraire secrète (8 avril 1781), a enfin obtenu le fauteuil académique. . . Ce n’est pas son orthodoxie qui l’a conduit là. On en peut juger par sa réponse au curé de sa paroisse qui le venait exhorter dans une maladie qu’il eut cet hiver. M. Marsollier, jeune poète, qui était témoin, l’a consignée dans la pièce de vers que voici... »

Suivent des vers où l’on nous représente le prêtre engageant le moribond à finir en bon chrétien. Puis,

Le mourant, ouvrant la paupière,

Lui répond : Hélas ! mon doux père,

Je voudrais souscrire à vos vœux ;

Mais il fallait venir plus vite,

Car le docteur qui, dans l’instant, me quitte M’a défendu les farineux.

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