‹ ChamfortChapitre 72 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

A n’en pas douter, rien ne contribua plus à l’éloigner de la religion que les privilèges exorbitants dont jouissait alors le clergé, et l’abus qu’il en faisait ; c’est un point sur lequel nous reviendrons bientôt. Mais pour l’écarter du christianisme, ne suffisait-il pas de la soumission intellectuelle qu’il exige de ses fidèles ? Chamfort avait le respect et l’orgueil de sa pensée ; il n’eût pas souffert qu’on lui demandât de l’abdiquer. Jamais il n’eût pu suivre le conseil qu’il prête à certain dévot : « J’ai entendu un dévot, parlant contre des gens qui discutent des articles de foi, dire naïvement : Messieurs, un vrai chrétien n’examine point ce qu’on lui ordonne de croire. Tenez, il en est de cela comme d’une pilule amère : si vous la mâchez, jamais vous ne pourrez l’avaler l. y>

Certes, nous sommes fort loin de prétendre que, dans ce que Chamfort a dit sur ces grandes questions, il y ait autre chose que des mots; nous reconnaissons volontiers qu’il les aborda avec le préjugé du doute préalable qui était l’esprit même du siècle. Nous ne voulons nullement surfaire sa portée philosophique, et nous ne pensons point, quoi qu’il en ait dit, qu’il eût pu jamais trouver son plaisir « dans le seul exercice de son intelligence ». Quand il vécut, on avait désappris dès longtemps ce qu’est la contemplation des pures idées ; comment, seul entre tous, fût-il arrivé à cet état de désintéressement, où quelques-uns, comme Goethe, ont atteint plus tard, où l’on n’a plus d’autre joie

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