Ed. Auguis, V
à ce passage, il semblerait que son rôle s’est borné à ajouter au travail de Mirabeau quelques développements, quelques morceaux à effet. Malgré ce qu’il a dit lui-même, il me semble qu’il fit davantage. Dans une lettre de Mirabeau, datée du 27 juin 1784, c’est-à-dire du moment où il put concevoir le projet de publier son pamphlet, on lit les lignes suivantes : « J’attends avec une impatience proportionnée à l’objet, à la situation et à l’opinion que j’ai de l’homme et du sujet traité par un tel homme, la traduction que vous savez. Ne la négligez pas, je vous en prie ; vos futures moissons y sont fortement intéressées 1 » . De quel homme peut-il être question ici, de quelle traduction, sinon de Franklin, et de la traduction de son livre sur les Cincinnati qui avait paru, en anglais, au commencement de 1784, à Philadelphie. Or, à ce moment, Mirabeau ne savait pas l’anglais ; il se mit à l’apprendre, dans le voyage qu’il fit à Londres, en août de cette même année 1784 ; mais, à son arrivée, il nous dit lui-même qu’il ne le comprenait point. Insulté par un « Gilles de carrefour » avec sa compagne, Mme de Nehra, il conte que des Anglais bien mis sont intervenus dans cette bagarre : « ils nous donnaient, dit-il, des conseils que malheureusement nous n’entendions pas 2 ». La traduction serait donc l’œuvre de Chamfort, qui, dès le collège, possédait bien la langue anglaise ; et c’est sur ce texte enrichi de quelques passages brillants composés par son ami,