‹ ChamfortChapitre 88 sur 207 · Hd. Auguis, I · texte numérisé non relu

Hd. Auguis, I

l'observateur et le moraliste 133

Ministres d’hier, d’aujourd’hui et même de demain, Choiseul, Calonne et Necker, ambassadeurs et premiers commis, Breteuil et Renneval, diplomates étrangers, Caraccioli et Creutz, princes du sang, Condé et d’Artois, favoris de la cour et de la mode, Yaudreuil et Lauzun, dames de l’ancienne cour élevées au rang d’arbitres des élégances et du bon ton, comme Mesdames de Luxembourg, de Rochefort et de Créqui, jeunes femmes, qui, au temps de Louis XVI, sont devenues les reines des salons par leur faveur et leur beauté, comme Mme de Polignac et son entourage, toute la société de cette époque passa sous ses yeux, et non à distance. Car on ne peut dire de lui comme de La Bruyère, qu’il n’assista à la comédie de son temps que d’une place de coin ; il put voir le spectacle de face et même parfois entra dans les coulisses et se mêla aux acteurs. Les grands seigneurs du XYine siècle, qui n’avaient pas moins d’orgueil que les gentilshommes du règne de Louis XIV, ne savaient pas garder la même réserve avec les hommes de lettres et se laissaient approcher de plus près. Il arrivait même que les hommes en place et ceux qui aspiraient à se mêler aux affaires publiques demandaient à certains écrivains de collaborer anonymement à leurs mémoires et leurs projets. « La vanité des gens du monde se sert habilement de la vanité des gens de lettres. Ceuxci ont fait plus d’une réputation qui amené à de grandes places L » Il n’est guère possible de douter

Page 1