‹ ChamfortChapitre 90 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

CÜAMFORT

II ne faut donc point se laisser tromper par quelques paroles cruelles qui lui furent arrachées, à un moment, par l’amertume de ses déceptions. Il pense autrement dès qu’il a repris possession de lui-même, et remarquant que, « dans les choses, tout est affaires mêlées, dans les hommes tout est pièces de rapport », que « au moral et au physique tout est mixte : rien n’est un, rien n’est pur 1 2 », il condamne les moralistes qui portent sur la vie un jugement absolu : « Il y a deux classes de moralistes et de politiques : ceux qui n’ont vu la nature humaine que du côté odieux et ridicule, et c’est le plus grand nombre, Lucien, Montaigne, La Bruyère, La Rochefoucauld, Swift, Mandeville, Helvétius, etc... ; ceux qui ne l’ont vue que du beau côté et dans ses perfections : tels sont Shaftesbury et quelques autres. Les premiers ne connaissent pas le palais dont ils n’ont vu que les latrines ; les seconds sont des enthousiastes qui détournent les yeux de ce qui les offense, et qui n’en existe pas moins. Est in medio verum »

Mais siChamfort,le plus souvent et le plus longtemps, se tint ainsi fort loin du pessimisme, même le moins systématique, s’il n’eut pas, au vrai, la prévention radicale et définitive qu’on lui a prêtée à tort contre la vie et la nature humaine, s’il ne fut lié par aucun système, peut-on dire de même qu’il resta libre de toute passion ? A la question ainsi posée, la réponse est déjà faite : nous savons quels étaient ses sentiments et ses ressentiments, quand

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