DU GOUT POUR LA RETRAITE ET DE LA DFGRITÉ DU CARACTÈRE
Un philosophe regarde ce qu’on appelle un état dans le monde comme les Tartares regardent les villes, c’est-à-dire comme une prison : c’est un cercle où les idées se resserrent, se concentrent, en ôtant à l’âme et à l’esprit leur éten-
due et leur développement. Un homme qui a un grand étal dans le monde a une prison plus grande et plus ornée ; celui qui n’y a qu’un petit état est dans un cachot; l’homme sans étal est le seul homme libre, pourvu qu’il soit dans l’aisance, ou du moins qu’il n’ait aucun besoin des hommes.
On est plus heureux dans la solilude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que, dans la solitude, on pense aux choses, et que, dans le monde, ou est forcé de penser aux hommes?
Les pensées d’un solitaire, homme de sens, et fût-il d’ailleurs médiocre, seraient bien peu de chose, si elles ne valaient pas ce qui se dit et se fait dans le monde.
Un homme qui s’obstine à ne laisser ployer ni sa raison, ni sa probité, ou du moins sa délicatesse sous le poids d’aucune des conventions absurdes ou malhonnêtes de la société ; qui ne fléchit jamais daus les occasions où il a intérêt de fléchir, finit infailliblement par rester sans appui , n’ayant d’autre ami qu’un être abstrait qu’on appelle la vertu,' qui vous laisse mourir de faim.
Il ne faut pas ne savoir vivre qu’avec ceux qui peuvent nous apprécier : ce serait le besoin d’un amour-propre trop délicat et trop diflicile à contenter ; mais il faut ne placer le fond de sa
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vie habituelle qu’avec ceux qui peuvent sentir ce que nous valons. Le philosophe même ne blâme point ce genre d’amour-propre.
On dit quelquefois d’un homme qui vit seul : « Il n’aime pas la société. » C’est souvent comme si on disait d’un homme qu’il n’aime pas la promenade, sous le prétexte qu’il ne se promène pas volontiers le soir dans la forêt de Bondy.
Est-il bien sûr qu’un homme qui aurait une raison parfaitement droite, un sens moral parfaitement exquis, pût vivre avec quelqu’un? Par vivre, je n’entends pas se trouver ensemble sans se battre : J’entends se plaire ensemble, s’aimer, commercer avec plaisir.
Il n’y a personne qui ait plus d’ennemis dans le monde qu’un homme droit, fier et sensible, disposé à laisser les personnes et les choses pour ce qu’elles sont, plutôt qu’à les prendre pour ce qu’elles ne sont pas.
Le monde endurcit le cœur à la plupart des hommes ; mais ceux qui sont moins susceptibles d’insensibilité sont obligés de se créer une sorte d'endurcissement factice pour n’êlre dupes ni des hommes, ni des femmes. Le sentiment qu’un honnête homme emporte, après s’ètre livré quelques jours à la société, est ordinairement pénible et triste : le seul avantage qu’il
produise , c’est de faire trouver la. retraite aimable.
La nature ne m’a point dit : Ne sois point pauvre ; encore moins : Sois riche ; mais elle me crie : Sois indépendant !
Quiconque n’a pas de caractère n’est pas un homme : c’est une chose.
On a trouvé le moi de Médée sublime; mais celui qui ne peut pas le dire dans tous les accidents de la vie est bien peu de chose, ou plutôt n’est rien.
Quand un homme s’est élevé par son caractère au point de mériter qu’on devine quelle sera sa conduite dans toutes les occasions qui intéressent l’honnêteté, non-seulement les fripons, mais les demi-honnèles gens le décrient et l’évitent avec soin; il y a plus, les gens honnêtes, persuadés que , par un effet de ses principes, ils le trouveront dans les rencontres où ils auront besoin de lui, se permettent de le négliger, pour s’assurer de ceux sur lesquels ils ont des doutes.
Presque tous les hommes sont esclaves par la raison que les Spartiates donnaient de la servitude des Perses, faute de savoir prononcer la syllabe non. Savoir prononcer ce. mot et savoir vivre seul sont les deux seuls moyens de conserver sa liberté et son caractère.
Tôut homme ijui setmonaît des sentimenis
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élevés, a le droit, pour se faire traiter comme il convient, de partir de son caractère plutôt que de sa position.