XXXVIII PRÉFACE
a poursuivre les abus dont ils vivaient. La belle raison 1 la preuve que Ghamfort ne fut point ingrat, c'est qu'il resta attacbé aces amis dépouillés d'abus, comme il l'avaii été quand ils en étaient revêtus. » La vérité est que Chamfort n’oublia alors que luimême. Rœderer ajoute : « Si Chamfort ne passait rien aux autres, il ne se passait rien non plus à luimême : il se déchaîna contre les pensions jusqu’à ce qu’il n’cùt plus de pension; contre l’Académie, dont les jetons étalent sa seule ressource, jusqu’à ce qu’il n’y eût plus d’ Académie. Son intérêt n’a donc été pour rien dans sa conduite, disonsplus, il en fut toujours l’ennemi. »
On le voit , Chamfort eut non-seulement des amis qu'il aimait, mais il en eut qui l’aimaient et surent le défendre. Ce que nous citons de Rœderer est emprunté à un travail sur Chamfort qu’il a publié dans le Journal de Paris, et où, sous la forme de dialogue entre un ami et un ennemi de Chamfort, il répond à ses accusateurs. Si la réponse transige avec l’accusation quelquefois, c’est que tout ce que Chamfort avait écrit n’était pas encore connu de Rœderer.
Voici un fragment de la correspondance de Chamfort à propos de la loi qui supprimait les pensions :
« J’entends crier à mes oreilles, tandis que je vous écris : Suppression de toutes les pensions de France; et ie dis: Supprime tout ce que tu voudras, je ne changerai ni de maximes, ni de sentiments.
» Les hommes marchaient sur leur tête, et ils marchent sur les pieds; je suis content: ils auront toujours des défauts, des vices même; mais ils n’auront que ceux de leur nature, et non les difformités monstrueuses qui composaient un gouvernement monstrueux. t>