SUR L'EDUCATION
On ne cesse d'écrire sur l'éducation, et les ouvrages éiîrits sur cette matière ont produit quelques idées heureuses ; quelques métliodes utiles ont fait, un un mot, quelque bien partiel. Mais quelle peut être, en grand, l'utilité de ces écrits, tant qu'on ne fera pas marcher de front les réformes relatives à la législation, à la religion, à l'opinion publique ? L'éducation n'ayant d'autre objet que de conformer la raison de l'enfance à la raison publique relativement à ces trois objets, quelle instruction donner tant que ces trois objets se combattent? En formant la raison de l'enfance, que faites-vous que de la préparer à voir plus tôt l'absurdité des opinions et des mœurs consacrée par le sceau de l'autorité sacrée, publique ou législative, par conséquent à lui en inspirer le mépris ?
Ce serait une chose curieuse qu'un livre qui indiquerait toutes les idées corruptrices de l'esprit humain, de la société, de la morale, et qui se trouvent dév^eloppées ou supposées dans les écrits les plus célèbres, dans les auteurs les i)lus- consacrés ; les idées qui propagent la superstition religieuse, les mauvaises maximes politiques, le despotisme, la vanité du rang, les préjugés populaires de toute espèce. On verrait que presque tous les livres sont des corrupteurs, que les meilleurs font presque autant de mal que de bien.
L'éducation doit porter sur deux bases, la morale et la prudence : la morale, pour appuyer la vertu ; la prudence, pour vous défendre contre les vices d 'autrui. En faisant pencher la balance du côté de la morale, vous ne faites que des dupes ou des martyrs ; en la faisant pencher de l'autre côté, vous faites des calculateurs égoïstes. Le principe de toute société est de se rendre justice à soi-même et
aux autres. Si l'on doit aimer son prochain comme solmême, il est au moins aussi juste de s'aimer comme son prochain.