II. — L'Œuvre
CHAMFORT offre, h curieux exemple d'un écrivain dont on a recueilli avec soin les mots d'esprit et les boutades, mais dont V œuvre écrite est tenue en milice valeur.
De sa poésie, « polissage de vers étiques », disait I^ Brun, il est charitable de ne point parler. Quant à son théâtre, le mot rf'« enfantillage », e m ployé par Grinim pour la Jeune Indienne, pourrait lui itre appliqué. Qu'on en juge par l'analyse de cette pièce:
Betty, rencontrée dans une île sauvage par un jeune Anglais, Belton, l'amène à son père et le nourrit. Suit l'éloge obligatoire au X VI II* siècle des primitifs aux dépens des civilisés. Belton retourne chez son père avec la jeune fille et veut l'épouser. Refus de ce dernier. Un quaker intervient et offre généreusement la dot exigée.
Le Marchand de Smyme, dont Cîiamfort faisait l'apologie en disant qu^on y voyait « les nobles et les aristocrates de toutes robes mis en vente au rabais et finalement donnés qiour ritn », ne vaut que par quelques épigraninn ■< gaies et n'a aucune prétention à la satire sociale, encore moins à la peinture des caractères.
On devine si Chamfort devait avoir le sens du tragique. Son ^ÎUi5tapha et Zéangir, auquel il prétendait avoir travaillé quinze ans et dont Sainte-Beuve a dit que « ce serait beaucoup d'y avoir mis six mois », ne recueillit d'applaudissements que ceux que le roi, et les courtisans à S07i exemple, voulurent bien lui donner. L'amitié fraternelle des dpux fifs de Soliman que l'amour, l'ambition et la 7}ai.<- ■'^anre devraient séparer et qui pourtant meurent dans les bras l'un de l'autre, eut le don de faire verser des larmes au tendre Louis XVI. Il y voyait une allusion aux liens bien connus qui l'attachaient à ses frères.
Xi /'Eloge de Molière, qui valut à l'auteur une lettre approbative de Voltaire, ni celui de La. Fontaine, ni les lettres, ni les poésies de Chamfort ne sont restés gravés