‹ Champignons et truffes (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · ESSAIS DE MULTIPLICATION ARTIFICIELLE DE LA TRUFFE · texte numérisé non relu

ESSAIS DE MULTIPLICATION ARTIFICIELLE DE LA TRUFFE

Truiftères artificielles. S'il fallait prendre au pied de la lettre les ouvrages de ceux qui ont écrit à diverses époques sur les moyens de multiplier la truffe, ces moyens, car ou en prône plusieurs, ne seraient plus inconnus; on multiplierait à volonté la truffe, sans plus de difficulté que la pomme de terre , et il n'y aurait plus lieu de chercher la solution d'un problême résolu depuis fort longtemps. L'un de ces auteurs , M. Lavalle (de Dijon) dit dans son Traité des champignons comestibles , p. 22 : « Au printemps, •on recueille dans les bois de petites truffes qu'on a ^oin d'extraire avec la terre qui les entoure, et de transporter aussi rapidement que possible au lieu de la plantation. On a dû préparer à l'avance un sol convenablement humide et très-riche en terreau obtenu par la décomposition des feuilles de chêne et de charme. On y plante à 8 ou iO centimètres . de profondeur les peliles truffes qu'on a eu soin de recouvrir d'abord d'une certaine quantité de la terre dans laquelle elles ont été récoltées. Si

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celte plantation a lieu dans un parc ou dans une forêt, tout est terminé, et la truffière est établie. Si on a opéré dans un endroit découvert , il est indispensable d'y planter de jeunes plants de chêne et de charme, afin d'ombrager le terrain. Dès la seconde année, on peut faire une récolte de trufl'es. »

J'ai transcrit ce passage, parce qu'il est affirmatif d'un bout à l'autre, et qu'il semble en le lisant qu'il n'y ait qu'à suivre de point en point la marche indiquée pour avoir des truffes à discrétion. Malheureusement il n'en est rien.

M. LavaUe dit en terminant qu'on peut récolter des truffes par cette méthode ; mais on peut aussi n'en pas récolter, et c'est ce qui a lieu le plus souvent, sans quoi les truffes seraient depuis de longues années descendues au prix le plus minime. On affirme, d'après des expériences faites dans le Midi, avec toutes les précautions qui pouvaient en assurer le succès, que 9 fois sur 10 les tentatives d'établissement de truffières ne donnent que des résultats purement négatifs.

Un autre auteur, M. Delastre (de la Vienne), n'est pas moins affirmatif sur le même sujet. Il ne tiendrait qu'à celui qui lit son Aperçu de la végétation du département de la Vienne, de croire que les heureux habitants de ce département

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récoltent les truffes parheclolitres, et qu'il suffit de semer des glands dans une terre stérile argilo-ferrugineuse pour qu'à Tabri des jeunes chênes, les truffes s'y propagent à foison. La vérité, c'est que la truffe naît capricieusement, sans qu'on puisse en aucune manière compter sur sa propagation naturelle 'OU artificielle, et que dans les terrains en apparence le mieux préparés pour qu'il y vienne des truffes, plusieurs années se passent sans qu'on en trouve une seule. Je pourrais citer dans tout le Midi des centaines de truffières établies dans les meilleures conditions, et où jamais une truffe n'a été récoltée.

Truiftères du département de Taiieluse. Rien n'a mieux élucidé la question des truffières artificelles que la note publiée dans le Journal d* agriculture pratique (numéro du 20 février 1856), par M. le comte de Gasparin. A la grande exposition de 1855, M. Rousseau, de Carpentras (Vaucluse), avdit exposé de fort belles truffes dans un parfait état de conservation ; cet exposant se mettait sur les rangs pour obtenir le prix destiné à la production artificielle de la truffe. Ses titres à cette récompense ne parurent pas suffisants au jury, qui décerna seulement à M. Rousseau une médaille pour la conservation des truffes. Quelque temps après, M. de Gaspar^

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rin voulut voir le terrain dans lequel esl élablie la truffière artificielle de M, Rousseau. C'est un champ de 2 hectares, dans lequel des glands de chênes verts et de chênes blancs , dits chênes truffiers, ont été semés en lignes espacées entre elles de 6 mètres. Les chênes venus dece semis avaient six ans, lorsqu'on y a récolté â ^n^/fe5 pour la première fois. Quand M. de Gasparin visita la truffière de M. Rousseau, elle était cofisidérée comme en plein rapport , on le fit même assister à la récolte de quelques truffes qu'une truie fort intelligente allait déterrer au pied des jeunes chênes. Mais, à quoi s'élève celte récolte ? « Au bout de huit ans, dit M. de Gasparin, on a obtenu 15 kilogrammes de truffes sur 2 hectares de terrain, soit 7 kilogrammes 500 grammes par hectare. »

On comprend que pour arriver à un tel résultat, ce n'est pas beaucoup la peine de créer des truffières artificielles, qu'il n'y a pas là de quoi proclamer que le jîroblème de la multiplication de la truffe est résolu , et que des centaines de truffières comme celle de M. Rousseau (de Carpentras) ne sont pas appelées à rendre la truffe commune et à bas prix. Or, partout où l'on a, jusqu'à ce jour, tenté d'établir des truffières artificielles , soit qu'on y ait planté de petites truffes dans l'espoir qu'elles en produiraient

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de grosses, soîl que, comme M. Rousseau, on s'en soit rapporté à la nature du soin de faire croître des truffes, et qu'on se soit appliqué seulement à réaliser les conditions considérées comme favorables à ce genre de production, les récoltes n'ont jamais dépassé de beaucoup les limites constatées par M. de Gasparin dans le départefhent de Vaucluse. Le problème n'est donc nullement résolu , et il reste de la marge pour ceux qui en cherchent encore la solution.

Les observations qui précèdent n'ont pas pour but de décourager ceux qui^ dans les départements dont le sol et le climat conviennent à la truffe, cherchent à établir des truffières artificielles; je veux seulement bien constater à quel point en est de notre temps la question de la multiplication de la truffe, afin d'encourager les essais de ceux qui cherchent à faire avancer cette question dans un sens différent. Je dois donc donner, quant au truffières artificielles, tous les détails de nature à éclairer ceux qui se proposeraient d'en établir.

En premier lieu , il paraît bien constant que ce sont toujours les terrains maigres, plutôt légers que trop forts, argilô-sableux , contenant plus ou moins de fer, qui offrent pour l'établissèment des truffières le plus de chance de succès; on ne trouve guère, en effet, que dans co

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genre de terrains la Iriiiïè à l'état sauvage , dans Vaucluse, dans le Lot et dans la Dordogne, les trois départements qui en produisent le plus. La présence des plantations de jeunes chênes verts et blancs , associés à quelques charmes , est une condition indispensable de succès; dans le département de Vaucluse, on fait alterner, de loin en loin , un rang de vigne entre deux rangs de chênes qu'on nomme dans ce pays chênes truffiers. Ces chênes n'appartiennent pas, comme leur nom pourrait le faire croire, à une espèce ou variété distincte: ce sont des chênes verts ou des chênes blancs, mais plus particulièrement des chênes verts, au pied desquels on trouve assez souvent des truffes. Dès que ces chênes sont assez grands pour porter fruit , leurs glands sont soigneusement recueillis et employés à l'exclusion des autres, comme devant donner naissance à des chênes truffiers, pour les semis en lignes dans les truffières. Ce moyen ne réussit pas toujours ; ainsi, par exemple^ dans la truffière de M. Rousseau (de Carpentras), les chênes vraiment truffiers, au pied desquels on trouve de temps en temps quelques truffes, sont marqués sur récorce d'un trait de peinture à l'huile ; le plus grand nombre des chênes, dans la truffière do M. Rousseau d'une étendue de 2 hectares, n'a pas de marque ; on n'a jamais trouvé de

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truffes au pied de ces arbres, et comme il est probable qu'on n'en trouvera jamais , ils doivent être successivement supprimés pour éclaircir la plantation et laisser le champ libre aux autres. Tous proviennent cependant de semis de glands, récoltés sur les chênes les plus truffîers de tout le pays.

Truttèreii du départemeiit delaTienne.

On regarde comme ayant réussi , dans le déparlement de Vaucluse, une truffière qui, après huit ans d'attente, donne par la vente des truffes, un produit net de 30 à 35 fr. par hectare; la valeur du bois des chênes qui croissent lentement et ne prennent jamais dans les terrains propres aux truffières un accroissement considérable, est regardée comme insignifiante, et il n'en est pas tenu compte. Il n'en est pas de même dans le département de la Vienne , où les truffières sont formées sur les mêmes bases et d'après les mêmes données que dans Vaucluse, mais sur des terres plus favorables à la croissance des chênes verts ou blancs, dont le bois a une assez grande valeur.

La truffe, selon M. Delastre, se rencontre dans les terrains graveleux du département de la Vienne; un sol chaud et aride, où la végétation est peu active^ paraît lui être particulièrement favorable; elle ne se propage bien, selon les

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observations du même auteur, qu'à proximité des racines les plus déliées de certains arbres , tels que le chêne , le charme et le noisetier. A mesure que ces arbres grandissent, la quantité de truffes récoltées dans leur voisinage, va graduellement en diminuant; elle est nulle ou presque nulle, quand les arbres ont atteint rage auquel ils peuvent constituer un taillis aménagé en coupe réglée; c'est d'après ces données que sont formées les truffières dans le département de la Vienne.

Le sol, d'après les analyses de M. Delasire, est formé de 5 à 6 centimètres d'une terre argilo-ferrugineuse, à peu près stérile, contenant sur 4000 parties, 500 de calcaire, 325 d'argile et de fer, 150 de sable quartzeux, et tout au plus 25, soit quatre centièmes seulement de terre végétale proprement dite, Bien que, dans un sol de cette nature, les semis de glands et d'autres graines d'essences forestières offrent peu de chances de succès , on ne tient pas compte de cette circonstance; tant que les arbres ne peuvent constituer un taillis en coupe réglée, la truffe, bien qu'elle ne s'y trouve pas en plus grande abondance que dans le département de Vaucluse , est le produit principal.

«Aujourd'hui, dit M. Delastre, beaucoup de propriétaires font des semis de chênes calculés

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de façon à en avoir chaque année quelques portions à exploiter comme truffières. Il faut ordinairement de 6 à iO ans pour qu'une truffière soit en rapport; elle conserve sa fertilité pendant 20 à 30 ans, selon que le chêne y prospère plus ou moins. Lorsque les taillis ont acquis une certaine vigueur, et que leurs rameaux entrecroisés ne permettent plus au sol ombragé de recevoir Tinfluence fécondante du soleil et des variations successives de l'atmosphère, alors le foyer s'éteint peu à peu ; mais le pays y a gagné de voir convertir en bosquets multipliés des plaines désolées, et jusques-là improductives. » En attendant qu'on trouve dans un avenir plus ou moins éloigné le vrai moyen de produire des truffes à volonté , il est certain que les propriétaires qui boisent des terrains incultes et stériles , propres à l'établissement des truffières , et qui regardent les truffes comme un produit transitoire couvrant les frais du boisement, tandis que les jeunes arbres croissent, font tout ce qu'il est possible de faire de mieux pour la multiplication de la truffe. Ce sont leurs truffières, si peu productives qu'elles soient, . qui versent dans^ le commerce la plus grande partie des truffes livrées à la consommation et qui empêchent le prix de cet aliment si recherché , d'arriver à un taux par trop excessif.

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Hétltode de H. de niToé. Les succès obtenus par M. le comte de Noé pour la multiplication de la truffe, ont eu un grand retentissement, quoiqu'ils fussent à moitié dus au hasard. M. .de Noë, sans trop compter sur le résultat d'une telle. expérience, fit un jour nettoyer et ratisser dans son parc une place ombragée par des charmes et des chênes ; il y fit déposer, sans les enterrer, non pas des truffes entières ou coupées en morceaux, mais simplement des cpluchures de truffes provenant de sa cuisine ; le tout fut recouvert de 7 à 8 centimètres de terreau et d'autant de feuilles mortes ; puis cet essai fut complètement oublié. '

Deux années s'étaient écoulées , lorsque le jardinier de M. de Noé remarqua que la terre semblait s'être soulevée à l'endroit où avaient été déposées les épluchures de truffes; on fouilla' légèrement, et l'on trouva une assez grande quantité d'excellentes truffes. La même méthode, si un procédé si simple mérite le nom de méthode, fut appliquée depuis avec persévérance par M. de Noé ; elle donna constamment le même résultat. Elle reçut par les journaux d'agriculture et d'horticulture une large publicité ; elle fut consignée dans le livre de M. Roques , livre qui est entre les mains de tous ceux qui s'occupent de la multiplication des champignons

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et des truffes ; et malgré tout cela, la truffe n'est devenue sur les marchés ni moins chère ni plus abondante, preuve évidente que la méthode de M. de Noé , comme celle des truffières artificielles , ne peut aboutir qu'à une production de truffes assez limitée.

J'ajoute, pour être juste, que M. de Gasparrin, dans sa visite à la truffière artificielle de M. Rousseau (de Carpentras), remarqua une application couronnée de succès de 1% méthode de M. de Noé. «On nous a montré, dit-il , dans la note citée plus haut, une prairie fumée avec des pelures de truffes , et qui donne des résultats prodigieux. »

La grande difficultédevant laquelle ont échoué tous ceux qui , à notre connaissance, ont voulu tenter de sérieuses applications de cette méthode , a toujours été de se procurer des pelures de truffes en assez grande quantité. Si ces tentatives étaient reprises de nos jours , dans ceux de nos déparlements méridionaux où elles peuvent offrir le plus de chances de succès , il faudrait que l'expérimentateur se mît en rapport avec Paris, Lyon et les autres lieux de grande consommation de truffes , et qu'il se fît expédier par chemin de fer toutes les épluchures de truffes qu'il serait possible de réunir; encore faudrait-il que le prix de ces épluchures ne fût

pa^ excessif et hors de proportion avec le résultat utile qu'il est permis d'espérer de leur emploi.

Bfouirelles données sur la multiplication de la truffé. Les progrès récents de l'entomologie ont ouvert une nouvelle voie à toute une série d'expériences à tenter pour multiplier la truffe en quantités illimitées. Ceux qui veulent arriver à ce résultat, toujours inutilement poursuivi depuis des siècles, doivent, selon nous, dans l'état actuel des connaissances acquises en histoire naturelle , renoncer à regarder la truffe comme un cryptogame, et cesser de tenter d'en obtenir la jnultiphcation artificielle , en cherchant à la faire croître comme un végétal.

Dès la plus haute antiquité, la nature particulière de cette singulière production avait été remarquée. Pline, le naturaliste, qui n'est en ce point comme en beaucoup iVaulres que Vécho de naturalistes beaucoup plus anciens, n'est pas bien sûr que la truffe soit un végétal ; il ne voit pas comment elle adhcro au sol où on la trouve; si elle y tient, diL-il, ce ne peut être que par des filaments ini perceptibles. Si plui^ tard les régénérateurs «le la botoiiitiue ouf. tranché la question en classant la Irulfo dans la Gryptogamie, sous le nom de Lycoperdon luher, ils n'ont pas changé la nature de- la truffe ; ils

n'ont même pas , malgré de nombreuses observations microscopiques, fait faire de progrès sensible à la connaissance de sa structure et de son mode de développement. C'est seulement de nos jours que quelques naturalistes se sont hasardés à émettre des doutes sur la nature végétale de la truffe. Les entomologistes ont constaté, pour leur part, l'existence d'un diptère, probablement du genre Tiptile (très-voisin du Cousin^ que tout le monde connaît), insecte voltigeant le soir en colonnes nombreuses audessus des places qui recèlent des truffes dans le sol. Déjà M. Dupuis , professeur de botanique à Grignon, écrivait en 1854: «Une espèce de tipule qui dépose ses œufs sur la truffe dont se nourrissent ses larves , en indique aussi la présence.»

Il n'est pas difficile de vérifier que les truffes ne sont point à l'intérieur habitées et rongées par des larves d'insectes. Un autre observateur, M. B. Robert , approche davantage de la vérité , bien qu'il n'ose l'exprimer que sous la forme du doute.

« Ne pourrait-on même pas admettre , dit M. Robert (Joimial iT agriculture pratique, numéro du 1er niars 1847), que les truffes doivent leur naissance à une circonstance a peu près pareille à celle qui donne lieu sur la feuille

158 TUOISIÈME PARTIE.

(le cerlaiiis chênes, à celle espèce d'excroissance d'où résultent les noix de Galle, c'est-àdire à la piqûre de quelque insecte ? »

Je pense que c'est là l'exacte vérité sur la nature de la truffe , qu'il n'y a plus de place au doute à ce sujet, et que si l'on a échoué jusqu'à présent en prétendant cultiver la truffe comme un tubercule souterrain , c'est qu'elle n'est en réalité qu'une noix de Galle souterraine produite par la sève de quelques arbres, fextravasée par la piqûre de l'insecte femelle qui s'enterre pour aller y déposer ses œufs.

En adoptant cette donnée, il reste à étudier à fond l'insecte (tipule ou autre) qui produit la truffe; on ^ait déjà que cet insecte pique les racines les plus déliées et Içs plus voisines du sol, du charme, du chêne vert, du chêne blanc, auxquels il faudrait ajouler le noisetier, selon M. Delastre, et le cade ou genévrier du Midi, selon M. B. Robert. Il n'est jamais impossible, ni même bien difficile â l'homme civilisé de faire multiplier à volonté les insectes dont il peut tirer un parti quelconque ; c'est ainsi qu'il a su amener à une espèce de demi-domesticité l'industrieuse abeille , qu'il sait faire filer le ver à soie à son profit , qu'à la Chine il récolte d'amples provisions de cire végétale produite sur le troène à feuilles persistantes , par la piqûre de

la femelle d'un insecte, proche parent du Cynips, qui produit la noix de Galle. Il n'y a pas de raison pour que la lipule de la truffe ne subisse pas la même loi.

Faisons observer que dès à présent le succès, tout limité qu'il est, obtenu dans la formation des trufÇères artificielles , semble concorder avec cette donnée. Personne, même parmi ceux qui croient le plus fermement à la nature végétale des truffes, ne nie l'influence sur leur production, d'un certain nombre d'arbres hors du voisinage desquels on ne les rencontre jamais. Ces arbres ne sont favorables à la croissance de la truffe que dans leur jeunesse et seulement dans les terres stériles qui offrent à leurs racines peu d'aliments et qui rendent leur croissance très-lente. C'est que, dans ces circonslances seulement, les racines de ces arbres sont contraintes à s'étendre dans tous les sens à une très-faible profondeur, parallèlement à la surface du sol , ce qui place leurs extrémités fibreuses à la portée des femelles d'insectes. Quand les arbres ont grandi, que leurs racines en prenant possession du sous-sol, se sont trop éloignées de la surface, il ne se produit plus de truffes dans leur voisinage ; l'insecte femelle ne trouve plus les conditions favorables pour opérer sa ponte.

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IGO TROISIÈME PARTIE.

M. B. Robert, excellent observateur, fait à ce sujet une remarque fort judicieuse qui confirme pleinement la réalité du fait capital qui doit désormais être le point de départ de ceux qui cherchent à multiplier artificiellement la truffe dans de larges proportions.

«Eu considérant, dit M. Robert,, que les branches ont un rapport direct avec les racines , lesquelles meurent lorsqu'on coupe les branches qui les alimentent, en même temps que la production des truffes correspondante aux branches coupées cesse également, on sera en f[Uf^lqae sorte conJuit à admettre que ce sont les racines des arbres aux environs desquels les Irulîes seprotlujseiil. qui leur donnent naissance. Cette proJLicLiun cesse tout à fait si Ton coupe l'nbrc en entier, parce que les racines périssent aliïrs presque entièrement. Les racines des plantes, semblables aux organes de la circulation chez les animaux, se divisant en s'éloignant du tronc, se terminent toutes par des filaments excessivement déliés , destinés à puiser dans la terre les sucs nourriciers ; c'est à Textrémité de ces filaments devenus capillaires et imperceptibles que naissent les truffes qui ne paraissent en aucune manière être fixées à la terre. Lorsque , par un été pluvieux , la végétation est activée dans le chevelu des racines , les filaments

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se miiltiplrent et les truffes naissent en plus grande abondance.»

Tout cela est d'une exactitude incontestable ; plus les arbres donnent de jeunes racines fibreuses peu éloignées de la surface du sol, plus les femelles d'insectes trouvent de facilité pour les piquer et provoquer la formation des truffes. Que reste-t-il donc à faire, en prenant les choses dans l'état où elles sont? D'abord, continuer à choisir avec le plus grand soin les chênes truffiers ; ce sont assurément ceux qui donnent le plus de racines chevelues à la portée de la piqûre des lipules ; maintenir ces arbres le plus. longtemps possible au degré de végétation qui leur fait donner le plus possible de racines semblables ; étudier à fond les mœurs de la tipule truffière , l'époque de sa ponte , ses conditions de multiplication, et favoriser par tous les moyens possibles la propagation de cet insecte. Ce dernier point, je le répète, n'a rien de très-difficile ; c'est à l'entomologie à fournir à ce sujet, par des observations réitérées , de nouvelles lumières , à l'aide desquelles la tipule truffière deviendra l'auxiliaire de l'homme pour la production des truffes , comme le cynips lui sert à produire la cire végétale, comme le bombyx lui donne la soie, comme l'abeille lui donne la cire et le miel.

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