‹ Champignons et truffes (volume 2)Chapitre 5 sur 17 · CULTURE DU PALOMET , DE L'AGARIC ATTÉNUÉ , DU CHAMPIGNON NAPOLITAIN · texte numérisé non relu

CULTURE DU PALOMET , DE L'AGARIC ATTÉNUÉ , DU CHAMPIGNON NAPOLITAIN

Cnlfiure du climnpigiion PAlomei dams les liaiide«. Tai fait remarquer que, de même que les divers végétaux utiles à rhomme à quelque titre que ce soit , toutes les espèces de champignons comestibles , sans exception , pourraient et par conséquent devraient être cultivées; il ne s'agirait, pour cela que d'étudier les conditions de leur végétation naturelle à l'état sauvage, et de reproduire ces conditions artificiellement. On y gagnerait une très-grande sécurité dans l'usage de ce genre d'aliment, aucun champignon d'espèce nuisible ne pouvant être mêlé aux bons champignons 'obtenus par la culture, et, au lieu de compter sur une production aléatoire qui manque assez souvent, on serait toujours en mesure de proportionner la •production des diverses espèces de champignons comestibles aux besoins de la consommation :

c'est ce que font les habitants d'une partie du département des Landes , pour le champignon Palomet, dont ils se nourrissent pendant plu-

sieurs mois, et qui , par ce moyen , n'a jamais donné lieu à aucune méprise funeste , quoiqu'il ressemble assez à divers champignons dangereux.

Après avoir mis à part une bonne quantité de Palomets parvenus atout leur développement, ils en remplissent un grand chaudron et les font bouillir à grande eau pendant un bon quart d'heure. Cette eau étant refroidie , ils en arrosent largement la terre nettoyée et légèrement ratissée, sous un bosquet de chênes verts. La place à Palomets ainsi préparée est entourée d'une palissade, afin que les porcs et le gros bétail, fort avides de ce genre de champignons, ne puissent en faire leur profit. Il est très-probable que l'usage de faire cuire les Palomets est fondé seulement sur la routine , et que si , pour arroser les places à Palomelô, on préparaît seulement l'eau nécessaire par simple macération, on obtiendrait le même résultat. On connaît si peu la véritable nature des spores des champignons, sorte de germe qui fait pour ces végétaux les fonctions de semences , qu'il n'y a rien ti'étonnant à ce que les spores du Palomet résistent à la chaleur de l'eau bouillante qui ferait périr les germes d'une foule d'autres graines ; mais il est permis de croire que l'ébullition n'est nullement nécessaire au succès de l'opération.

* Les habitants des Landes cultivent de la même manière le Bolet comestible (Cep, Bruguet, Gyrolle). Ce procédé est tout ce qu'il y a de plus primitif; en voyant à quel point il réussit, on ne peut douter de la facilité avec laquelle on arriverait par quelques essais bien dirigés à la reproduction illimitée de toutes les espèces de bons champignons. Les places à Palomets à l'ombre des chênes verts ne sont pas longtemps productives, peut-être par la raison qu'on y récolte jusqu'au dernier champignon, au lieu d'en laisser un certain nombre pourrir sur place, pour assurer leur reproduction par semis naturel ; on doit renouveler tous les ans les places à Palomet. Le procédé de culture que je viens de décrire (si cela peut se nommer une culture) , peut recevoir de grandes améliorations.

ChiUure de l'agarie aUénué. Dans plusieurs de nos départements de l'Ouest, l'année où les champs de céréales ont reçu une fumure complète , ils se couvrent en automne de champignons comestibles à support mince et allongé que les botanistes nomment Agaric atténué et qui possèdent la saveur et les propriétés alimentaires du champignon de couches. Ce champignon, dont bien des gens se méfient, craignant de le confondre avec des champignons dangereux , peut aisément être reproduit à volonté par

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la culture ; voici comment on y procède. On scie horizontalement à Tépaisseur de 3 à 4 centimètres seulement de minces rondelles de bois de peuplier tout récemment abattu, dont une surface a étç frottée avec les lames broyées de l'agaric atténué parvenu à tout son développement. Au printemps, ces rondelles sont enterrées très-près les unes des autres , dans un sol frais et bien aéré ; les rondelles ne doivent être recouvertes que de quelques centimètres de terre et la surface qui a été frottée avec les lames d'agaric atténué , doit être placée en dessus ; pendant les sécheresses prolongées , cette sorte de clmmpignonière doit être arrosée de temps en temps ; elle ne réclame pas d'autre soin de culture que celui de la sarcler aussi souvent qu'il est nécessaire , pour qu'elle soit toujours nette de mauvaise herbe. Les champignons ne s'y montrent qu'au commencement de l'automne ; à mesure qu'on les récolte, ils repoussent avec une extrême abondance jusqu'à l'arrivée des premiers froids un peu sévères. Ce genre de champignonière doit être renouvelé tous les ans. L'application du procédé qui vient d'être décrit est possible partout, et quoiqu'elle soit cantonnée dans une partie de nos départements de rOuest , elle réussirait également dans tous les autres, à l'exception seulement des plus mé-

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ridionaux , où les chaleurs sèches sont Irèsprolongées. Je fais observer à ce propos que , comme le rapporte le père Abot, missionnaire français qui avait longtemps habile la Chine, on connaît et Ton pratique de toute antiquité dans ce pays Tart de faire multiplier les bonnes es* pèces de champignons dans des champignonières artificielles où Ton enterre dans ce but à fleur de terre du bois pourri et des écorces à demidécomposées de divers arbres , tels que le châtaignier, le mûrier, Forme et le peupher.

Culture du eltampignoii napolitain. On a longtemps regardé comme un phénomène bizarre et des plus curieux la manière dont à Naples et dans tout le Sud de Tltalie se cultive un excellent champignon^ le Boletus tuberasler des botanistes , plus connu sous son nom vulgaire de champignon napolitain. On vend à Naples et dans toutes les villes de province de ritalie méridionale, une sorte de concrétion d'apparence demi-terreuse , demi -pierreuse, qu'on nomme dans le pays Pierre à champignons (Pietra fungaïa). Cette pierre se conserve indéfiniment; on la transporte sans aucune précaution spéciale, à de grandes distances. On la dépose habituellement dans une cave saine, et là, on l'arrose assez souvent pour la maintenir constamment humide. Au bout d'un certain temps

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elle se couvre de champignons. Après une production abondante, il suffit de laisser reposer la pierre à champignons en continuant à Tarroser par intervalle ; au bout de trois mois elle recouvre sa fertilité et donne ainsi de trois en trois mois d'abondantes récoltes de champignons pendant un temps indéfini.

Quelque étrange que puisse paraître ce mode de reproduction du champignon napolitain, quand on l'examine superficiellement, il ne diffère pourtant en rien du mode de reproduction de tous les autres champignons comestibles ou vénéneux. Le Mycélium de ce champignon est composé de filaments très-durs qui , au lieu de s'accrocher et de s'enlacer les uns dans les au Ires, comme ceux du blanc de champignons de l'agaric comestible, percent et traversent dans tous les sens la terre argilo-calcaire dans laquelle ils prennent naissance à l'état sauvage. Dans les places où le champignon napolitain croit naturellement, les paysans enlèvent par blocs le Mycélium de ce champignon , avec les portions de terre et de tuf calcaire qu'il pénètre en tout sens et qu'il est d'ailleurs impossible d'en séparer. Ainsi, quand on met à la cave une pierre à champignons, et qu'en l'arrosant on la rend productive, on ne fait pas aulre chose en réalité que quand on met le blanc de champignons de

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couche dans les conditions propres à développer sa fertilité ; le mode de production de ces deux genres de Mycélium est exactement le même.

C'est ce qu| démontrent jusqu'à l'évidence les expériences faites par M. le comte de Boret sur la pierre à champignons des Napolitains. Ayant analysé celte pierre avec beaucoup de soin, il reconnut qu'elle contient, outre les filaments du Mycélium du champignon napolitain, un tuf argileux mêlé de beaucoup de parties calcaires. S'élant procuré une certaine quantité de tuf exactement de même nature , mais ne contenant pas de Mycélium de champignon napolitain , il broya ce tuf et après l'avoir exactement mélangé avec un tiers de bon terreau , il en remplit une caisse spacieuse au milieu de laquelle il plaça une pierre à champignons. Pendant quinze jours la caisse fut arrosée avec de l'eau dans laquelle 'avaient été lavés des champignons de même espèce que ceux de la pierre objet de l'expérience. En moins d'un mois, la surface de la terre contenue, dans la caisse fut entièrement couverte d'excellents champignons. Le Mycélium de la pierre à champignons, trouvant à sa portée une terre de nature convenable, s'y était établi et s'en était entièrement emparé , absolument comme le blanc du champignon comestible

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s'empare de rintérieur des meules des champignonistes parisiens. Si M. deBoret avait laissé sécher le contenu de sa caisse, et qu'il Teûl divisé en blocs, il est probable que ces blocs auraient été de vraies pierres à champignons ^ semblables à celles qu'on vend dans toutes les villes du Sud de rilalie. On peut regarder comme assuré le succès de la culture du champignon napolitain dans tous nos déparlements méridionaux, par le procédé qui a si complètement réussi à M. le comte de Boret.

Il y a quelques aimées, jjn naturaliste de Naples, M. Gasparrini publia un mémoire fort étendu sur la pierre à champignons qu'il proposait de nommer Mycelithe fungifera et qu'il regardait comme une production souterraine d'une nature particulière, pouvant sous l'empire de certaines circonstances, donner naissance à des champignons. Exclusivement préoccupé de cette idée, M. Gasparrini, qui avait visité dans les montagnes de l'ancienne Lucanie les cantons où les bergers s'occupent de la recherche des pieil'es à champignons, ne s'est point attaché au point capital, c'est-à-dire au mode de production du champignon napolitain par la pierre à champignons. Il a trouvé, dit-il, de ces pierres, des formes les plus diverses, pesant depuis 500 grammes jusqu'à 50 kilogrammes et même au

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delà, et renfermant dans leur intérieur toute sorte de corps étrangers , selon la nature du sol dans lequel elles s'étaient formées. Quoiqu'il ait eu dans le temps où il fut publié un trèsgrand retentissement, le mémoire de M. Gasparrini n'a jeté aucune lumière sur la nature de la pierre à champignons et n'a pas même effleuré les moyens d'en tirer parti. Les expériences de M. de Boret, faites au point de vue pratique, donnent pour la multiplication artificielle de la pierre à champignons et du champignon napolitain toutes les lumières qui peuvent assurer le succès de cette culture.

En résumé , si l'on rapproche l'un de l'autre tous les procédés de culture de divers champignons, tels qu'ils viennent d'être exposés, on voit qu'ils sont basés sur un seul et même principe qui peut être formulé en ces termes : Étudier le mode naturel de végétation du Mycéh'um, la nature du sol qui lui convient le mieux , et le placer autant que possible dans des conditions semblables à celles sous l'empire desquelles il se développe à l'état sauvage.

En fait, partout où l'on agit dans ce sens , les résultats sont constamment les mêmes; c'est ainsi que dans la Nièvre on établit des Moiisseronnières artificielles, en enlevant dans les lieux où il croît naturellement, le mousseron sauvage

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en molle et eii le plaçant dans des conditions propres à la propagation de son Mycélium. C'est ce qu'il faut faire et ce que dans un temps donné on fera pour TOronge, la Galmotte et les autres bonnes espèces de champignons, comme on le fait déjà par les moyens qui viennent d'être exposés, pour la multiplication artificielle du champignon de couches, duPalomet, du Cep et du champignon napolitain. Quand ce progrès aura été réalisé, on ne livrera à la consommation que des champignons cultivés, et il ne pourra plus être question d'empoisonnements accidentels par les mauvais champignons.

De nombreuses expériences ont été faites à différentes époques, pour constater la valeur alimentaire des champignons comestibles. L'une des, plus concluantes est celle du docteur Lclellier qui, à plusieurs reprises, s*est nourri exclusivement pendant trente-six heures , de 300 grammes de champignons mangés seuls, sans pain, sans autre assaisonnement qu'un peu de sel, et arrosés d'un ou deux verres d'eau fraîche. Il s'est toujours trouvé suffisamment nourri par ce régime, n'éprouvant ni faim sensible , ni tiraillements d'estomac^ et se livrant sans plus de fatigue que de coutume, à ses occupations ordinaires.

On sait qu'en Russie et en Pologne la partie

pauvre de la population se nourrit pendant plusieurs mois de Tamiée des champignons sauvages qui abondent dans les forêts de leur pays ; mais il est faux qu'ils les cueillent tous indistinctement; ils connaissent et éliminent les mauvais champignons, et néanmoins les cas d'empoisonnement par les champignons ne sont que trop fréquents parmi les paysans russes et polonais. S'ils ne le sont pas davantage, cela tient à ce qu'on fait subir aux champignons dans ces deux pays une fermentation qui atténue plus ou moins les propriétés délétères des champignons vénéneux accidentellement mêlés aux champignons sauvages des espèces comestibles.

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