‹ Champignons et truffesChapitre 10 sur 40 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

Classification. Lcs cliampignons vénéneux ne sont pas rares en France ; on croit, inutile d'insister sur ceux dont l'aspect livide et l'odeur révoltante sont des garanties suffisantes contre toute tentation d'y goûter ; il est au contraire nécessaire de faire connaître avec le plus de précision possible les caractères distinctifs des mauvais champignons qui se rapprochent le plus des espèces comestibles , et qui peuvent être confondus avec les bons. 11 est d'autant plus indispensable à ceux qui veulent faire usage des bons champignons sauvages de bien connaître les mauvais, que leur principe vénéneux échappe à l'analyse chimi(|ue et ne peut pas être isolé comme l'ont été la Nicotine du tabac, et la Mor-

pbine de l'opinm. Parmentier, ayant soumis successivement à l'analyse chimique le champignon de couches , comparativement avec les champignons les plus vénéneux, n'a pu trouver dans les uns et les autres que les mêmes principes, bien que le champignon de couches soit un excellent aliment, et que les autres analysés en même temps fussent des poisons mortels. Depuis Parmentier, nombre de chimistes ont essayé d'isoler le principe délétère des champignons vénéneux, et toujours leurs tentatives ont al)Outi à un résultat négatif; on est donc en droit d'en conclure que l'analyse chimique ne fournit aucune lumière pour distinguer des espèces alimentaires les champignons vénéneux, et que l'étude approfondie de leurs caractères extérieurs est le seul moyen de ne pas prendre les mauvais pour les bons. D'après les expériences de Letellier, le poison des champignons vénéneux ne produit pas seulement son effet quand il a été introduit dans les voies digestives ; quelques gouttes de suc d'Agaric meurtrier et de fausse Oronge, ayant été injectés par lui dans le dos d'une grenouille, l'animal ne parut pas en souffrir pendant les dix premières minutes; mais, passé ce temps, la grenouille tomba dans un engourdissement analogue à celui (|ue produisent les poisons narcotiques;

puis, elle fut prise de convulsions, cl mourut en une demi-heure. Je rapporte ce fait pour engager ceux qui se livrent à des expériences ou à des recherches chimiques sur les champignons vénéneux, à user des plus grandes précautions pour ne pas se couper ou s'égratigner avec la lame d'un couteau ayant servi à couper de mauvais champignons; ils pourraient avoir le sort de la grenouille du docteur Letellier.

Les champignons vénéneux qui croissent en France, rangés selon le degré de leurs propriétés délétères, se iirésentent dans l'ordre suivant :

Fausse Oronge (Amcmita nmscaria),

Oronge-Ciguë (Atnanita venenosa).

Amanite à verrues {Amanita vernicosa).

Champignon meurtrier (AgaricAts necator).

Champignon émétique (Agariciis pedinaim).

Champignon sanguin (Agaricus sanguincus) .

Champignon Tête-de-Méduse {Agaricus annularius).

Champignon styptique (Agarmis styptictts) .

Bolet pernicieux (Boletics luridus).

Bolet indigotier (Bolehis cyanescens).

Fausse Oronge. L'extrême ressemhlance de l'Amanite fausse Oronge avec l'Oronge vraie la rend si dangereuse et donne lieu si souvent à des cas d'empoisonnement, qu'on ne saurait la

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décrire avec trop* de soin. Son caractère le plus saillant et le plus sûr comme indication, parce qu'il ne manque jamais, c'est la couleur des lames et du sup])ort ou pédicelle, qui soutient le chapeau. Dans l'Oronge vraie, les lames et le su])port sont jaunes ; ces mêmes parties sont blanches dans la fausse Oronge; ainsi, tout champignon récolté dans le voisinage de l'Oronge vraie , mais dont le support et les lames ne sont pas d'un jaune assez prononcé, est une fausse Oi'onge et doit être rejelé, quand même il paraîtrait bon sous tous les autres rapports. On peut tirer aussi une utile indication de la Volva, sorte d'enveloppe blanche dans laquelle l'Oronge vraie, au moment où elle sort de terre, est complètement enfermée, tandis que la fausse Oronge n'y est jamais enfermée (]ue d'une mnn'ièïe incomplète. De plus, la surface du chapeau de la fausse Oronge, de la même couleur que l'Oronge vraie, est visqueuse, tandis que celle du chapeau de l'Oronge vraie est sèche. 11 en résulte que, quand la volva complète de l'Oronge vraie se fend pour donner issue au chapeau, celui-ci en sort uniformément rouge, parce qu'il ne retient aucune partie de sa volva. Au contraire, quand la volva incomplète de la fausse Oronge se détache du chapeau, celui-ci étant visqueux, retient des parcelles de la volva.

C1IAMPIG>'0^^S VÉiNÉNEUX. 100

de sorte qu'il se montre tout parsemé de petites taches blanches qui ne peuvent exister chez l'Oronge vraie. Ainsi, toute Oronge mouchetée de blanc est fausse et vénéneuse, et doit être rejetée ; mais la fausse Oronge n'offre pas toujours ce caractère , et il y a des fausses Oronges dont le chapeau est d'un rouge aussi uniforme que celui de l'Oronge vraie ; seulement^ la fausse Oronge est toujours visqueuse, et l'Oronge vraie toujours lisse et sèche. Les stries blanches, indiquées comme signe de la bonne qualité des Oronges, ne sont pas non plus un signe constant; elles existent le plus souvent sur les bords du chapeau; mais d'une part, elles manquent assez souvent chez les meilleures Oronges, de l'autre elles existent quelquefois, quoique plus rarement, chez l'Oronge fausse; c'est donc une indication qui n'a de valeur réelle qu'autant qu'elle coïncide avec la couleur jaune bien prononcée 'des lames et du support. En apporlant dans l'examen de ces divers signes une attention suffisante, il n'est pas bien difficile d'éviter des erreurs éminemment dangereuses et de distinguer avec une entière certitude l'Oronge vraie de la fausse Oronge.

Un fait très-remarquable parmi les propriétés de la fausse Oronge , c'est celui de produire une ivresse furieuse, accompagnée de rêves bizarres,

analogues à ceux que le haschisch et l'opium procurent aux Orientaux. On sait que le besoin d'oublier le monde réel fait braver à ces peuples les dangers de l'abus des narcotiques, absolument comme le même besoin fait oublier aux peuples européens les dangers, moins graves il est vrai, de l'abus du tabac. Au Kamtscbatka, où probablement la vie réelle est moins agréable qu'ailleurs, on prépare avec l'Amanite fausse Oronge et quelques autres champignons vénéneux du même genre, une boisson fermentée, dont les grmids du pays (où n'y a-t-il pas des grands?) ont seuls le privilège de faire usage. La fermentation modifie assez le principe vénéneux de la fausse Oronge pour qu'il ne puisse plus donner la mort; la liqueur d'Amanite fausse Oronge n'en est pas moins un poison dont les ravages chez les grands du Kamtscbatka, ne sont pas moins rapfdes que ceux de l'opium chez les mandarins du Céleste-Empire.

Oroiige'-Ciguë. Les botanistes ont donné à cette Oronge le nom d'Amanite vénéneuse , comme si c'était le champignon vénéneux par excellence ; l'Oronge-Ciguë n'est pas plus vénéneuse que la fausse Oronge ; elle l'est seulement autant, et c'est bien assez. Il en existe trois variétés, qui se distinguent seulement par la couleur du chapeau, comme l'indiquent leurs noms

CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. ili

lV Amanite blanche , Amanile cilrine et Amanite verte. Chez toutes les trois, le pédicelle est blanc, creux dans son intérieur quand l'Oronije- Ciguë est complètement développée ; la longueur du support ou pédicelle est alors de i décimètre et le diamètre du chapeau de 7 à 8 centimètres. L'un des signes les plus prononcés de ce redoutable champignon, c'est le renflement très-volumineux de la base du support qui le fait ressembler à un oignon ; ce caractère manque aux bons champignons qui peuvent être confondus avec rOronge-Ciguë. Les lames sont blanches et de grandeur très-inégale ; c'est encore un caractère facile à reconnaître et qui ne manque jamais. La variété blanche est la plus dangereuse, à cause de sa grande ressemblance extérieure avec le champignon comestible, soit sauvage, soit cultivé ; les variétés citrine et verte sont assez reconnaissables à leur couleur accompagnée d'une odeur très -prononcée de viande pourrie qui se manifeste dès que l'Oronge-Ciguë commence à se corrompre.

L'Oronge-Ciguë blanche est assez souvent hérissée de verrue ; le bon champignon, soit de couches, soit de prairies, noiïvQ jamais ce caractère. La peau du chapeau de l'Oronge-Ciguë blanche i\e peut s'en détacher ; tout bon champignon comestible se pèle facilement. La persis-

lance de l'anneau sur le support, la blancheur des lames, le renflement bulbeux de la base du pédicelle sont autant de caractères saillants de rOronge-Ciguë blanche, qui manquent chez les bons champignons. Cependant, quand on ne les examine que superficiellement, cette Oronge et le bon champignon de couches ou de prairies se ressemblent tellement, que l'Oronge -Ciguë blanche est de tous les champignons vénéneux qui croissent en France celui qui, sans en excepter la fausse Oronge^ donne lieu chaque année au plus grand nombre d'empoisonnements. Amanite à verrues. Ce champignon lient le milieu entre la fausse Oronge dont il a les propriétés vénéneuses, et la Galmote comestible ; lorsqu'il donne heu à des cas d'empoisonnement , c'est qu'il a été pris pour une Galmote ; aussi l'Amanite à verrues est-elle souvent désignée sous le nom vulgaire de fausse Galmote. En effet, sa forme, ses dimensions, la couleur de ses lames et la nuance de son chapeau lui donnent une grande ressemblance avec la vraie Galmote ou Amanite rougeâtre. Elle n'en diffère véritablement que par les aspérités nombreuses ou petites verrues, presque toutes terminées en pointes, qui hérissent la surface de son chapeau. Ce n'est qu'à une époque très-récente que ce caractère a été reconnu comme constituant

une espèce distincte sous le nom cV Amanite à verrues; précédemment, cette Amanite n'élait pas botaniquemcnt distincte de l'Amanite rougeâtre. Dans les déparlements de l'Est de la France, où la'GalmoLe abonde , ceux qui en font la récolte ont remarqué de tout temps que celles qui ont des verrues ne valent rien ; ils considéraient ces verrues comme une maladie de la Galmote, maladie qui la rend vénéneuse. On admet aujourd'hui qu'il y a une fausse Galmote comme une fausse Oronge , et que la Galmote n'est pas, comme on l'a cru longtemps, tantôt inoffensive, tantôt vénéneuse, selon qu'elle a ou qu'elle n'a pas de verrues.

Ciiaiiiiiic|iioii iiieiirtrier. Ce champignon est seulement aussi vénéneux que ceux qui ont été signalés ci-dessus ; il ne l'est pas davantage, malgré le surnom que lui on( donné les botanistes ; on peut même dire qu'en fait il l'est moins , parce que ses caractères sont si prononcés qu'on le confond très-rarement avec les espèces comestibles. Le chapeau du champignon meurtrier est d'un rouge de brique, avec des zones ou lignes concentriques, d'une nuance un peu plus foncée ; sa forme est d'abord un peu convexe , puis elle devint bientôt légèrement concave au centre. Ses lames irrégulières sont blanches ; lorsqu'on le coupe, il en sort un suc

laiteux abondant, dont la saveur est d'une âcreté intolérable. Tous ces signes sont amplement suffisants pour que le ebampignon meurtrier ne puisse être confondu avec aucun ebampignon comestible.

En général, à l'exception du ebampignon délicieux et du Lartaire doré que j'ai signalés et décrits parmi les cbampignons comestibles (voy. cbap. 1er), tout ebampignon duquel s'écoule un suc laiteux lorsqu'on le coupe, doit être considéré comme vénéneux à divers degrés, quand même il offrirait sous d'autres rapports les caractères des cbampignons inoffensifs. Cette remarque s'applique particulièrement au ebampignon meurtrier qu'on trouve fréquemment dans les bois vers la fin de l'été. Les zones ou lignes foncées concentriques du cbapcau, principal signe distinctif de ce ebampignon , manquent quelquefois, et alors il peut être pris pour un ebampignon inoffensif. S'il existe le moindre doute à cet égard, on doit fendre en long, du'baut en bas, le cbapeau et son support: si c'est un ebampignon meurtrier, la saveur acre. et l'odeur nauséeuse du lait abondant qui en sortira, décèleront ses propriétés vénéneuses. Je ne puis trop recommander, lorsqu'on a coupé de mauvais cbampignons, de frotter avec des cendres de bois et de laver à grande eau la lame du cou-

teau dont on s'est servi ; sans cette précaution le suc desséché du champignon vénéneux empoisonnerait la lame du couteau, et il en pourrait résulter de graves accidents.

Cliaiiipiiinoii éniétiqtHe. Ce champignon , comme son nom l'indique, provoque des vomissements douloureux et tient sa place parmi les poisons les plus actifs ; quoiqu'il ne soit pas très-commun, il donne lieu assez souvent à des accidents à cause de l'inconstance de sa forme et de sa couleur. Lorsqu'il sort de terre, son chapeau régulièrement convexe, ses lames blanches, son support exempt de renflement à la base lui donnent une grande ressemblance avec plusieurs champignons appartenant à des espèces comestibles; mais, en quelques heures, son chapeau se déforme pour devenir légèrement concave et se colore en gris, quelquefois en rose clair ; les lames du champignon émétique sont aussi parfois jaunes au lieu d'être blanches. Ce défaut de fixité dans ses caractères ne permet pas toujours de le distinguer nettement ; mais il diffère toujours assez, de manière ou d'autre, des champignons d'espèces comestibles, pour qu'avec un peu de prudence et d'attention on puisse se préserver des accidents auxquels pourrait donner lieu son mélange, même à faible dose, avec de bons champignons. On ne perdra

pas de vue qu'il vaut mieux laisser perdre mille champignons sauvages comestibles, que d'en admettre un seul vénéneux dans leur société. En pareil cas cependant le champignon émétique est un peu moins dangereux que plusieurs autres champignons vénéneux, parce qu'il provoque immédiatement les vomissements et ne séjourne pas dans l'estomac.

Clianipigiioii ssMigviiii. Ce champignon est tout à la fois un des plus beaux, des plus dangereux et des plus communs parmi ceux qui croissent à l'état sauvage dans les bois du centre de la France ; il s'y fait remarquer par le rouge uniforme de son plateau, couleur éclatante à laquelle il doit son nom. Le support de ce champignon est assez souvent un peu incliné de côté; ses lames, d'un blanc pur. sont remarquables par leur forme particulière ; au lieu d'être simples, comme le sont celles de la plupart des champignons bons ou mauvais des genres Amanite et Agaric, celles du champignon sanguin sont bifurquées et quelquefois trifurquées. Ce signe, facilement reconnaissable, est pour ainsi dire le seul par lequel le champignon sanguin diffère essentiellement du champignon alutacc et de plusieurs autres qu'on mange impunément dans quelques pays. Je me suis abstenu de mentionner ces champignons parmi ceux d'espèces

comestibles, à cause de leur grande ressemblance avec le cbampignon sanguin , ressemblance telle que l'usage alimentaire de ces cbampignons n'offre aucune sécurité et qu'il est prudent de s'en abstenir, même quand on se croit certain de les bien connaître. Le champignon sanguin, lorsqu'on le coupe, ne laisse écouler aucun suc ; mais , si l'on pose le bout de la langue sur la coupure, on la trouve d'une âcreté intolérable; sa forme et sa couleur sont trèsconstantes et ne subissent aucune des variations du champignon émétique , ce qui rend assez facile de le reconnaître et de l'éviter.

Tête-de-IVIéduse. On ne peut confondre ce champignon avec aucun autre , bon ou mauvais, quoique ses formes et ses nuances manquent de fixité ; mais il présente une particularité qui n'appartient qu'à lui ; il croît en automne dans les bois de haute futaie en très-grosses touffes ; ce sont les supports longs et eiïîlés de ce champignon, entrelacés les uns dans les autres, qui lui ont valu le nom de Tête-de-Méditse ; il n'y a donc pas lieu de s'y tromper. Le pédicelle et le chapeau sont l'un et l'autre tantôt fauves, tantôt roux, quelquefois striés, quelquefois d'une teinte uniforme ; les lames sont également de couleur variable^ tantôt jaunes, tantôt blanches, trèslarges et de grandeur inégale. Le chapeau est

assez régulièrement convexe ; le support ou pédicelle est entouré d'un anneau en forme d'entonnoir.

Plusieurs auteurs, qui assurément n'avaient jamais goûté de champignon Tète-de-Méduse , n'ont pas craint de le ranger parmi les champignons comestibles et d'affirmer que la cuisson lui fait perdre ses propriétés vénéneuses : c'est une grave erreur. Le champignon Tête-de-Méduse, mangé cru ou cuit, est très-décidément vénéneux ; il n'y a pae lieu au moindre doute à ■cet égard; des expériences directes, faites en Belgique avec beaucoup de soin sur des chats et des lapins adultes, ont donné constamment le même résultat. Ces animaux , après avoir mangé de ce champignon même à faible dose, soit seul, soit en mélange avec d'autres aliments, sont morts, sans exception, avec les mêmes symptômes que dans les cas d'empoisonnement par le champignon meurtrier et la fausse Oronge. On sait que dans plusieurs de nos cantons forestiers où les champignons abondent^ ceux qui croient les bien connaître ne craignent pas d'en ramasser de grandes quantités et de les faire cuire pour en nourrir leurs bestiaux, imprudence qui cause tous les ans la mort d'un grand nombre d'animaux domestiques. Ceux qui, sur la foi des livres les plus répandus sur cette ma-

tièrc, croiraient pouvoir utiliser de cette manière le champignon Tète-de-Méduse, empoisonneraient leur bétail ; il est utile qu'ils en soient prévenus.

Ciiaiiipigiioii styptique. Le nom de ce champignon est du à la saveur amère, astringente et d'une âcreté insupportable qui lui est propre. Quoique très-vénéneux, le Champignon styplique n'est point du nombre des plus dangereux, tant son aspect prévient peu en sa faveur. C'est en automne et pendant l'hiver, à la suite des dégels, que ce champignon se rencontre en grand nombre sur les souches des arbres abattus l'année précédente. Le support et le chapeau sont l'un et l'autre d'une nuance fauve claire assez uniforme ; le chapeau est remarquablement petit, car son diamètre ne dépasse presque jamais 3 ou 4- centimètres ; les bords sont roulés en dessous, et ne s'étalent pas comme chez les autres champignons du genre Agaric. La forme du chapeau est oblongue au lieu d'être ronde , et les lames , très-étroites , de la même nuance que le reste du champignon , sont inégales entre elles.

Malgré la saveur affreuse de ce champignon , quelques auteurs ont prétendu qu'il n'est pas vénéneux, et que, par une longue ébullition dans l'eau , on peut le dépouiller complètement

de tout mauvais goût, le rendre ainsi très-mangeable, et l'utiliser soit pour la nourriture de l'homme , soit pour celle des animaux domestiques. C'est, dans tous les cas, une expérience dangereuse, et je ne conseille à personne de la renouveler sur lui-même ; celui qui tenterait un essai de ce genre , serait plus que probablement victime de sa témérité,

Bolet iieriiieieiix. Dans les cantons oii le Bolet comestible, connu sous les noms de Cep^ Gyrolle ou Bruguet, fait partie de la nourriture habituelle des habitants, on doit apporter la plus scrupuleuse attention à éviter les espèces dangereuses qui, malgré les assertions contraires

de plusieurs auteurs, sont très-nombreuses dans le genre Bolet, et peuvent d'autant plus aisément donner lieu à des accidents qu'elles diffèrent peu des espèces comestibles.

Le Bolet pernicieux, un des plus vénéneux de ce genre, est heureusement assez facile à reconnaître à un caractère qui n'appartient qu'à lui: son support, qui n'est presque pas renflé vers sa base , est sillonné de lignes rouges su r un fond d'un vert olivâtre; ces lignes sont quelquefois parallèles entre elles, quelquefois entrecroisées en forme de réseau ; aucun Bolet inoffensif ne présente ce caractère. Les tubes qui garnissent le dessous du plateau sont jaunes sur

toute leur longueur, mais l'orifice de chaque tube est teinté de rouge. La forme du chapeau est régulièrement ronde et convexe ; il est revêtu d'une sorte de duvet cotonneux , de couleur olivâtre comme la nuance du fond du support. Cette nuance du chapeau n'est pas constante ; elle passe graduellement au brun rougeatre^ et alors la surface du chapeau , de cotonneuse qu'elle était, devient visqueuse et gluante. L'aspect du Bolet pernicieux, parvenu à ce degré de développement, est tellement repoussant qu'il est impossible de le confondre avec aucun Bolet comestible.

Les caractères qui viennent d'être indiqués ne se rencontrent pas toujours tous réunis chez le Bolet pernicieux à ses diverses périodes de développement. Lorsqu'on peut craindre qu'il ne s'en trouve quelqu'un mêlé à des Bolets comestibles , on peut s'en assurer par le procédé suivant. On coupe le Bolet en deux, dans le sens de la longueur de son support, et on laisse les parties coupées exposées au contact de. l'air. Chez les Bolets comestibles, la chair, mise à nu, ne change pas de couleur ; chez le Bolet pernicieux , elle prend , en moins d'un quart d'heure, une teinte bleuâtre très-prononcée.

Bolet iiidigotiei*. La grandeur et la forme de ce Bolet sont celles du Bolet pernicieux ; le

support et le chapeau sont l'uu et l'autre d'une nuance rousse très-claire , qui finit par devenir blanchâtre quand le Bolet indigotier a pris tout son développement. Si on le coupe dans le sens de la longueur de son support , sa chair, d'un blanc de lait , devient presque instantanément d'un bleu indigo foncé, ce qui justifie le nom iVIncligotier que lui ont donné les botanistes.

L'un des auteurs qui ont écrit avec le plus de détails sur l'histoire naturelle des champignons, dit, après avoir décrit très-exactement le Bolet pernicieux et le Bolet indigotier :

(L On les regarde généralement comme véné- (( neux ; cependant on n'a pas d'exemples au- « thentiques d'empoisonnements causés par ces (( champignons. Il paraîtrait même d'après quel- (( ques auteurs qu'on les mange dans certains (( pays.»

Rien de plus dangereux que de pareilles indications, même quand elles sont présentées sous la forme du doute , et quoique l'auteur ajoute que la pi^udence commande de s'en abstenir. 11 peut toujours se trouver, dans les cantons boisés oii abondent le Bolet pernicieux et le Bolet indigotier, des imprudents qui, pendant la mauvaise saison, manquant de fourrages pour l'hivernage de leurs bestiaux, seront tentés de chercher une ressource dans les Bolets d'espèces

dangereuses. Quant aux propriétés délétères du Bolet pernicieux et de l'Indigotier, elles ne sont nullement douteuses ; s'il est vrai qu'on ne puisse citer de cas d'empoisonnement par ces Bolets , parce que fort heureusement tout le monde s'en méfie et personne n'en mange , de nombreuses expériences, entre autres celles de feu le docteur Sclieidweiler , ont surabondamment démontré qu'à faible dose , le Bolet pernicieux et le Bolet indigotier donnent la mort à de jeunes chiens et à des lapins adultes, absolument comme les champignons les plus vénéneux des genres Amanite et Agaric.

Le Bolet pernicieux et le Bolet indigotier ont une grande ressemblance l'un et l'autre avec le plus gros des champignons du genre Bolet , le Bolet lubéreux ; ce Bolet est inoffensif; son goût n'est pas assez agréable pour qu'il serve à la nourriture de l'homme ; on peut, dans les cantons boisés , où il est très-abondant , le faire servir, en automne, à l'alimentation des bestiaux. Je me suis néanmoins abstenu de mentionner le Bolet tubéreux parmi les champignons comestibles, à cause de la difficulté de le distinguer avec certitude des Bolets pernicieux et indigotier. Il vaut beaucoup mieux , pour les cultivateurs de ces cantons , se priver d'une ressource fourragère de peu d'importance, que de

risquer de se ruiner en empoisonnant leurs bestiaux avec des Bolets vénéneux.

Vesse-tle-lioup. Les mêmes motifs doivent faire proscrire d'une manière absolue le champignon Vesseloup ou Vesse-de-Loup (Lycoperdon), que plusieurs auteurs affirment être de bon goût et très -nourrissant, tant que sa substance reste blanche et qu'il n'a point passé la première période de son développement. Comme, plus tard, il est incontestablement pernicieux , je dois engager les habitants des cantons où ce champignon foisonne sur les pelouses sèches , à côté du champignon comestible, à ne jamais s'en servir, ni pour eux ni pour leur bétail, jusqu'à ce que des expériences nombreuses et concluantes aient prouvé qu'on peut l'utihser avec une entière sûreté. Je crois néanmoins devoir transcrire de l'ouvrage de Lavalle sur les champignons (p. 64) le récit suivant, en lui en laissant, bien entendu, toute la responsabilité :

« J'avais quinze ans , dit Lavalle ; étant grand amateur de champignons , j'étais parti dès la pointe du jour pour aller à la recherche de l'Agaric comestible. Du reste , complètement vignorant sur les caractères qui permettent de distinguer une espèce de toutes les autres , je n'avais pour me guider que la parole d'une servante , qui m'avait indiqué une vaste friche ,

en me disaiU : « Dans cet endroit-là il ne vient ((que de bons champignons.»

«Arrivé sur la pelouse, je vis ctinceler une prodigieuse quantité de champignons d'un hlanc pur. Je m'empressai d'en cueillir et d'en manger quelques-uns. Le premier avait une chair Irès-blanche , ferme, d'un odeur et d'un goût agréables. Le second se trouva rempli d'une poudre noire ; je le rejetai , et je mis tous mes soins âne recueillir que ceux dont la plus grande blancheur était un indice d'une chair convenable. Ma récolte faite, et très-satisfait de la grande quantité de champignons que j'avais su trouver, là où tout le monde en recueillait à peine quelques-uns, je revins à la maison. Dire combien je mangeai de ces champignons me serait aujourd'hui impossible; mais, ce qu'il y a de certain , c'est que j'en pris- plusieurs douzaines. Ce ne fut qu'à mon arrivée qu'on me fit apercevoir mon erreur, et qu'on voulut me faire prendre je ne sais plus quelle potion antivénéneuse. Ne me sentant nullement indisposé , je refasai , et je n'eus pas lieu de m'en repentir. Je déjeunai quelques instants après , et je ne m'aperçus pas que ma digestion en fût moins facile et moins prompte qu'à l'ordinaire. L'espèce de champignon que j'avais recueillie , était \iiVessclmip-Protée. »

Tel est le récit de l'expérience involontaire faite par Lavalle sur lai-même. Si , plus tard , occupant une chaire de botanique , ayant par conséquent toutes les facilités désirables pour expérimenter directement , il eût , lorsqu'il travaillait à son Traité des chcmijoignons ^ expérimenté sur de jeunes lapins à jeun les propriétés du champignon Vesse-de-Loup , à divers degrés de développement, on saurait positivement si ce champignon mérite ou non d'être rangé parmi les champignons inoffensifs, soit pour l'homme, soit pour les animaux domestiques.

11 paraît malheureusement bien constaté que les champignons d'espèces vénéneuses , dans les localités où ils sont excessivement abondants , peuvent occasionner des maladies épidémiques, soit par leurs spores répandues dans l'air sous forme d'une poussière invisible et impalpable, soit par l'odeur infecte et malsaine qu'ils exhalent quand ils tombent en putréfaction. C'est un danger qu'on peut prévenir en faisant ramasser ces champignons, et en les enfouissant à l'état frais dans les carrés des jardins , où ils produisent autant d'effet , comme engrais , que le fumier le plus énergique.

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