A L.\IN
Mais pourquoi donc alors ne répond-elle pas? Chaque jour, doublement, hâtait notre trépas, Elle l'appril cent fois par vo.s lettres pressées, A moins que. . .
Bacquevili.e, vivement
Ce mystère absorbe mes pensées ; Je souffre amèrenieni, car je l'aime, et crois moi, Ainsi (jue de son ici'ur je suis sûr de sa foi ; El, si je la voyais, la reconnaissani Iclle. . .
Alai.n Oui, mais elle, à son tour, vous rcconnailrait-elle '.'
liACi.iUF.vii.i.i;
.\h ! doute amer! c'est vrai, j'ai pâli, j'ai changé, Sept ans, un même hiver sur ma léle a neigé. Triste comuKî nu vieillard, comme un (Mifanl j'es|)ère, El moi ipii suis l'épiiiix, j'aurais l'air du grand pèi'e ! Mais le mal n'est pas là, puisipTen tous lieux, siw moi. J'ai gardé l'anneau d'or qui lui promit ma foi !
Alain Quel anneau d'or?
JJacoukvillk
C'est vrai, lu ne sais pas ! écoute : Nous étions au momcMit de partir. — Siii- la roule. Les chevaux harnachés m'allendaicnl en pialfani, Et ma feinriH! était là, l'i-rle comme un eidànl,
Prolonyeant nos adieux encor, sur la ferrasse,
Kl posant ses lii'as Ijlaiiissur ma soinbie cuirasse :
« 0 disait-elle, amis, [luisqu'enlin j'ai su voir
Que mes plenis ti'élaient rien devanl votre devoir,
Je ne vous reliens plus, et vous, ma seule joie.
Parlez avec mon àme où l'honneur vous envoie.
Mais avant de partir jurez-moi, cher époux,
D'ètie pai tout à moi comme je reste à vous ;
Qu'en tous lieux, à toute heure, à la hataille, aux fêles,
Mon amour soit en vous comme en mon cii'ur vous êtes,
Vous rappelant, au soml)re instant de guerroyer,
L'ange qui vous attend sur le seuil du loyer. «
Or, tout en écoulant ces mots, l'iril triste et vague,
Je vis à mon index hriller lor de ma bague.
Et l'ayant dédoublée : « Acceptez donc de moi
Celte moitié d'anneau pour gage de ma foi ;
Gardez lu iiien, toujours ! — l'autie moitié, Madame,
Brillera siu' uia main comme vous en mou àme,
Kl, nuaud je reviendrai, chacune à nette doigl
Uépondi'a de nous deux comme l'Iionueur le doit. »
Montrant h' bijou.
Voici la i)ague, ami !
Amèrement
Mais (pioi ! (|uelle pensée !
Cette main i|ui la tient demain sera gl;icée, El pouninoi, dans ces lieux où l'on nous exila, Parler encor d'amour lorsque la moit est là ! J'oubliais tout à l'Iieuie, et niainlcnanl ! . . .
Se rejireniint
Qu'importe, Il fait nuit, et la garde épie à notic |hii le ; Couchons-nous, et sans peui, jusipi'au matin veiineil, Oublions notre uiori dans un dernier sommeil !
Bdcqiieville et Alain ft'élendeiU .suc /(/ coarlir de jiailtc. il l'ail une nuit profonde. Quand ils xont endormie tous den.i-, une jeninie irréelle et vèluo de blanc parait dans la prison. Bacqnerille se dresse sur son séant, et éeoute l'énne de son. rère ipii lui dit ^ur une niu.siiiue en sourdine :
Ne tremble pas ! je suis celle qu'on voit en songe Marcher sans y peser par les champs du sommeil, Et qui \ienl dans la nuit que ton cachot prolonge, Blonde comme un malin vermeil.
Tu ci'ois que icllr iiuil doil ùlie la (UM'tiière. (Jue <lem;un, do la vio oleiiidra le llainlieau, El (jue Dieu va donner à ta loi |irisoMiiii'ro La dcliviaiico du lomlieau ".'
Détrompe-toi, cœur uolde où l'Iionneur sut éclore, Laisse celui qui doute en proie au désespoir, Kt loi qui sais priei', pauvre être, espère encore : Ce soir n'est pas ton dernier soir.
Demain, les Tuics viendroni, arniés poiu' Ion supplice, Leur bourreau sera là, tout prêt pour ton trépas, Mais comme il faut enfin que ton sort s'accomplisse, Leuis yeux ne le Irouvcr'ont pas !
Car demain, lu fuiras les cacliols el les i)ai^nes Sentant l'espoir vaiuqueiu- remporter en ses bras ! Va ! la foi ipii |ieut tout soulève les montagnes, El toi lu les traverseras.
Tu les traverseras pour revoir ta patrie. Le vieux sol palernel où lleurit ton blason. Sol plantureux ipii sendile une inmiense |irairie Ayant la nier |)our liorizon.
Tu reconnaîtras tout à ses beautés pareilles. Ainsi que les couleurs les chants seront joyeux, Et tu diras qu'un songe abuse les oieilles. Et lu n'en croiias pas tes yeux.
Mais, ta femme étant là, le doule (]ui t'ariète Fondra comme une bulle au toucber du réel. Et ton cœur renaîtra, comme après la tempête Monte en l'azur un arc en ciel.
lïït votre âme à nouveau se seelU'ra, pareille Aux deux moitiés d'auiK^au dont l'une (!sl en la main. Va ! dors en paix ta miit jusqu'à l'aube vermeille, Tu seras loin d'ici demain !
Rideau