‹ Champlain célébré par les Normands et les CanadiensChapitre 17 sur 45 · DEUXIÈME ACTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ACTE

Un coin de forêt coiidnisunl l'i In jiorlc il'un cliâteau que Von voit à gauche.

Au lever du rideau, BacqueviUe est couché à la droite du spectateur, sur Vhcrhe, au pied d'un <jros arbre, dans la position du premier acte, et dans le même costume. Il dort encore. Le jour se levé. On entend très loin, dans la coulisse, l'air : Mariiiierite est au bord du bois, dont on ne distingue pas les paroles. Tout à coup. Bacquerillc ouvre les yeux sans se lever.

Bac(juevili.e

Est-ce un rêve? j'ai cru qu'on parlait tout à i'iieure !

Un ange aux purs reiiards traversait mon sommeil, On eut dit un rayon vermeil

Traversant les rameaux que le zépbir eflleure. Le chant continue pendant qu'il parle.

Et que voyais-je donc en mon rêve? Mais oui.

C'est vrai, j'étais Iros baul dans l'azur, ébloui,

Emporlé par le gouffre où l'oiseau seul voltige

Au sein d'un lourbillon d'angoisse et de vertige,

Et soutenu dans l'air où toul manque à nos pas,

Par quelqu'un de trr's grand que je ne voyais pas.

Les champs, les bois, les mers, les lleuves, tout, en foule,

Se déployait sous moi comme un drap qu'on déroule.

Et j'allais ! — Tout à coup j'ai senti dans mon vol

Devant moi la verdure et sous mes pieds le sol ;

J'ai cherché, plus tremblant qu'un bandit qu'on emmène.

Et j'étais dans l'endos d'un immense domaine

Dont le château riant se montrait au lointain

Doré par la caresse immense du malin.

Une vaste forêt dont je suivais la sente.

Dans l'ombre, autour de moi s'éveillait, bruissante.

Et plus loin, à travers la riche frondaison.

La mer avec les bois chantait à l'horizon.

Mais hélas ce n'était qu'un beau songe !

Les chants sont un pe>i plus jirorlie.il écoule :

Qu'entends-je?

Ce sont des clianis joyeux et luintiiins'.' — C'est étrange ! Ils s'approchent sans cesse, et, dans leur son plus clair. Il me semble à présent que je dislingue un air. Tout-à-couji, regardant autour de lui, il se lève d'un hond, stupéfait de voir une forêt :

Mais que vois-je? ce n'est pas vrai ! non ! c'est un leurre ! Je m'abuse! J'étais en prison tout à l'heure; J'allais mourir, la corde aux poings, la hache au cou. Je rêvais et je rêve encore, ou je suis fou !

// iiKirrlw li vi'ijardr (iuloiir ili- lui, éperdu !

Une Ibrèt! c'est bien une forêt ! l'air vil>re.

Tout murniuro, ol moi je puis marcher, je suis libre !

Plus (le barreaux, [il us de (haines! Les bois, l'azur.

l.M liberté ! je vais, '\e viens, j'en suis iiioi

1 sur

Se reprenant :

Non ! non ! ce n'est pas viai ! c'est faux ! c'est impossible ! Un ange a l'ail pour moi tout l'irréel visible, Ef , confondant mes sens avec les arbres verts, Me fait rêver encor quand mes yeux sont ouverts !

On entend clinnter loin, dtinn l<i coulisse, et se rapproeiKod peu à peu, l'air : Voici la Saint-.leau. Bueipievillc écoule :

Etces clianls?... Mais je les connais!... je nie lappelle...

Oui, celui-là surtout !... sa fiaîche rilournelle...

Je me souviens l'avoir entendu tous les ans.

Jadis, en plein élé, lorsque les paysans

Couvrant de fleurs et d'or leurs agrestes cortèges,

Du même pas joyeux s'en allaient à Jumièges.

L'azur resplendissait des feux de la Saint-Jean,

Ainsi que l'boi izon la mer était d'argent.

Et les cloches tintaient au loin, sui' la falaise.

Et souriants parés, se sentant plus à l'aise.

Nos amoureux, tous à la fois fille et garçon.

Allaient à l'assemblée ainsi qu'en la chanson.

.Ml ! que de pareils chants Ijeicent bien la soulTrance !

Oui, c'est bien là, mon âme, une chanson de France!

Seule elle sait ainsi, la France des aïeux.

Faire à la fois, d'un mot, bondir nos cœurs joyeux,

Kt, dans cette naïve et simple mélodie.

J'entends déjà chanler toute la Normandie,

Elcoutez !

Iles jeunes ijei}s el une j/'uue fille puruisseid. portant des /leurs, fornutnl au jouil un ijroupe ilansaid, et elianlant Vair : Voici la Saiid-.loan. ip/'ils acliiieent sur la sci'ue. Pais, voipiut /iaequerille. ils s'arrêtent brusquement et concertent cutre eu.r :

l'iil-.MIKIt l'.\Vri.\.N

Tiens ! quel e^-l cet homme?

DiMxiK.MK I'avs.vn

Oïl donc ?

l'iiKMir.K Paysan, le montrant

Ici, Sous cet ai bn^ ?

Deuxième Paysan

Il a l'air sombre, et plein de souci !

PiiEMiER Paysan

Que peul-il bien cliercher tout seul, de si bonne heure, Dans la fonM '.'

Deuxième Paysan C'est drôle !

La jeune Fille, tranquille

Il cherche une demeure.

C'est quelque mendiant, sans doute.

Bacqueville. à lui mrmc, Ictt examinant, tandis qitih continaent à se concerter à roi.r liasyc.

Bacqueville

Qu'ils sont beaux !

Tofis, filles et jinrcnns, les pieds dans les sabots, Le bonnet ou la coilVeau vent, la taille haute, Pélillants et joyeux coiiime un cidre qui saule !

Ah ! vieux sol paternel ! je reconnais en eux Tes enfants! leur teint frais, leur re^aid lumineux, Et ce même air vainqueur qui jadis, loin du chaume. Les entraînait en jruerre avec le duc Guillaume.

Voyant lespaijsan» ijui restent au fond : Mais je leur faisje crois un peu peur, planté là, Comme un pieu ! — Si je leur parlais pour voir.

Les inlerjicllant :

Holà !

Ils fipprorhent :

Pardonnez au passant (]ui, comme un trouble l'cle.

Effarouche en ces lieux vos plaisirs qu'il aricle.

Et qui, sous la fenillée aux lari;es parasols,

S'abat comme un corbeau parmi les rossij^'nols.

Vous chantiez, mes amis, el j'écoulais, car j'aime

Tous ces vieux chants fleuris, plus doux que les Heurs même,

Chants merveilleux où perle, en un naïf accord,

La fraicheuî des vini^t ans que vous avez encor.

Chantez donc, et riez ! — Mais avant, ô jeunesse,

Dites au voyageur, pour qu'il se reconnaisse,

Son chemin ; je me suis égaré, je suis las.

Où suis-je?

Les paysans étonnes ne se répondent ([u entre eux.

l'l;l> MlKll P.WS.VN

Ont" (lit-il?

Df.iixikme Paysan

Je ne sais pas, j'ai p.is Compris !

PiiRMiici; Paysan

Ni moi !

La jeune Fille, ait troisième paysan :

Je crois qu'il demande sa roule, Dis lui toi!

Deuxième Paysan, ù lu jeune fille :

Non, toi !

Bacqueville, i'oij((i)l ijii'ih III- ri-po})(leiil point :

Quoi ! je vous fais peur?

A la jeune fille :

Ecoute, Toi, lille, tu pai-ais moins sauvai;e, ot tes yeux Plus euijaj^eanls ont l'air île me couiprenilre mieux. Dis moi, sur votre mine éveillée et l'arouclie. Je vois Ijien des Normands de bonne et vieille souciie'? Je suis en Normandie?

La jeune Fille, s'aeanraiil iieee son boiKiuel : Oui, donc !

Bacqueville

A quel endroit '.'

La jeune Fn. LE, lui montrant :

A Bacqueville dont voici le lioiu'i;, lont droit Devant vos yeux, là bas.

Bacqueville (à pari)

(Ce n'est donc pas un rêve, 0 mon Dieu ! )

Haut :

Bacqueville, as-tii dit ?... Mais ac héve :

P]t ce château qu'où voil dans la clairière im (leur. Ici près ?

La M'Ine I''ille

C'est celui de nolie ancien seigneur.

Bacqueville Ancien? Il est donc moii ?

La jeune Fii.i.E

On ne sait pas encore, Hélas ! et comme moi, chacun ici l'innore ; Pensez, il est parti depuis sept ans, là bas, Chez les Turcs! - Il a du mourir dans les comhals.

Bacoueville Et sa femme, vit-elle encor?

La jeune Fille

La pauvre dame !

Ah ! comme elle a soufl'ert ! c'était à fendre l'âme. Pensez ! si jeune, et seule, un si triste abandon, Pauvre dame!

Bacqueville, un peu impatienté :

Ce n'est pas cela, réponds doccl Vit-elle encore, te dis-je?

La jeune Fille

Oui, sans doute ; peut-être Même allez-vous bientôt la voir ici paraître.

Lui montrant son boiKiiicl :

Tenez, nous ratlendons pour lui donner ces lleurs.

Racqueville Vous l'aimez donc beaucoup?

La jeune Fille

Certes, de tous nos cœurs!

Il n'est, de l'enfant pauvre à la grand'mère âgée, Pas une affliction qu'elle n'ait soulagée, Et, du toit misérable à la cbaumiéie en fleur. Pas un de nos plaisirs qui n'ait fait son bonheur. Tenez, tous nos habits que la mer use et mouille. Souvent, sont faits du lin (pi'a filé sa quenouille, Il est donc bon qu'on l'aime et lui dise à genoux. C'est noire providence et notre fée à nous.

Baç.qukvii.le Mais votre seigneur, qu'on croit mort chez l'infidèle, Son mari, l'aimiez- vous aussi'.'

La jeune Fille

Celles, aillant qu'elle.

On m'apprit qu'au bon temps, jadis, loin du tombeau, Il n'était i]as moins bon qu'il n'était brave et beau.

Je no m'en souviens pas, moi, j'élais liop pelKo QiiaïKl il partit, j'avais Iiiiit ans. Tout passe vile ! Kii tiiiil cas, quoiqu'il puisse arriver désormais, Noti-e nouveau seigneur ne le vaudi'a jamais.

Bacqukvii.i.i;, ^iijfoqué

Voire nouveau?. . . comment !. . . c'est une rêverie!

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