‹ Champmeslé, comédie en 1 acte et en versChapitre 17 sur 26 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

CRAMPMESLÉ, $eul.

Quelle coquetterie, ô Marie, est U v6Ue!

Racine d’un côté, monsieur Clermont de Tautre. Que faire ? Le génie et le rang contre moi;

Mais je me défendrais, fût-ce contre le roi.

Cette idée, oui vraiment !... Oh î quelle destinée !

11 faut débattre ainsi presque chaque journée, Toujours être sur pied, toujours mentir, trembler; La pierre de Sisyphe est moius luurde’à rouler. M'importe, je les tiens, c'est un vrai coup de

[maître :

Au comte le portrait, à Racine la lettre!

Le comte, recevant le portrait d'un rival,

Sentira son amour frappé d'un coup fatal ; Indigné de l’outrage et de la perfidie,

Il croira qu oa le raille et qu'un le congédie. Taudis que le poêle, iustruit du rendei-vous,

Le cœur plein de tristesse ainsi que de courroui. Viendra, tout empressé de montrer la mtssive. Faire entendre une voix rigoureuse et plainÜTe. La brouille éclatera, je gagnerai du temps.

Et de la Cbampmesié le» voeux sont ioconstanU, Ce traître médaillon me te prouve de reste.

Mais je commence à craindre un accident funeste; J’ai bien peur que Marie, en sa fragilité.

M'ait réduit mon honneur à quelque extrémité. Ccpimdant. lorsque tout me revient en mémoire, Racine, par exemple, uh ! non je ne puis croire... La poésie entre eux a formé ces rapports.

Sympathiques élan.s, indicibles transports Qu’un noble auteur ressent pour ractrice ap-

[plaudie,

En qui vient s’incarner toutesa tragédie.

Je les observai bien; au fond j’ai démêlé Leurs seutimcnis secrou. Je crois la Cbampmeslé Orgueilleuse des vœux qu’a Racine elle inspire j Mais son cœur de l'amour n'apassubilVmpire... J’ai b«*au me rassurer, je «'eu tremble pas moins. Je suis, je suis jaloux; aussi de tous les poinu. iusques a mes amis, excepté La Fontaine,

Se dresse contre moi toute 1a race humaine.

Mais qu'on ne pense pas que, débonnaire époux, Je verrais mon affront d'un œii tranquille et

[doux.

Halte là, monseigneur; poète, un peu moins

vite ‘

Usons d abord de ruso, et nous verrons ensuite.

J ai su jusqu’à présent, Dieu sailpar quels elTorts I Écarter mes rivaux et leur donner des torts.

Continuons : il faut jusqu'au bout nous défendre ;

Page 1