SCÈNE III
RoXANE (seule)
Eh bien! Roxane Vas-tu dans ce moment perdre la Tramontane? Pour la seconde fois il faut te couronner, Sinon on pourrait bien t'envoyer promener... Choisis!... ô Mahomet! que faut-il que je fasse! Saurais-je sans maigrir supporter ma disgrâce? Non, je ne me sens pas les rognons assez forts, Mais je puis, si le Ciel seconde mes efforts,
Remplacer en ce jour l'époux que je regrette Et voir le diadème assuré sur ma tête; Il ne faut pour cela qu'épouser Bajazet... Mon enfant, réfléchis, ce serait bientôt fait! C'est un joli garçon, puis il sera le maître. Allons, que la douleur sorte par la fenêtre, Vite, vite, la joie, oublions nos chagrins, Remercions le ciel de nos heureux destins.
J'épouse Bajazet aimais-je tant son frère?...
Mon Dieu non!... car c'était un mauvais caractère,
Un vrai fesse-mathieu, hargneux, triste, grondeur,
Un petit libertin, et de plus un boudeur.
Bajazet au contraire, a la jambe bien faite.
Surtout je lui connais plus de cœur que de tête,
Je pourrais le mener, il aime les romans.
Oh! comme nous allons passer d'heureux moments!
Je l'épouse, c'est sûr, très sûr, et tout de suite.
Il doit bientôt venir me faire une visite.
Crac, je le lui propose... Et s'il allait biaiser!...
Et si ce Nicodème osait s'y refuser!...
Un moment, mon bijou, je saurai t'y contraindre.
Si tu ne veux m'aimer, je puis me faire craindre.
Quel bonheur... en mes mains je tiens le testament,
De ma félicité, ce sera l'instrument.
Au prince Bajazet il assure l'Empire;
S'il ne fait à l'instant tout ce que je désire.
Je le brûle à sa barbe !