‹ Champollion inconnuChapitre 7 sur 21 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Atalide (seule)

La bonne âme! Elle veut m'enjoler avec son ton mielleux; Mais je hais à la mort les discours doucereux, Je sais ce qu'en vaut Vaune; elle est bonne la gouaille, Quoi!... devant Bajazet tu prétends donc que j'aille, Pour te faire adorer, cherchant mille raisons. Etaler tout l'éclat de tes perfections! ! De tes mâles beautés, lui coiffer la cervelle !... Sultane de mon cœur, ma douce tourterelle, Attends-toi-zy. D'abord, il faut penser à soi, Et le beau Bajazet ne sera pas pour toi.

As-tu connu Giraud?... Torche! ma toute belle, Il n'est pas pour ton nez... Je ne suis pas cruelle, J'ai le cœur assez tendre, et dès le premier jour, Où mon cher Bajazet m'avoua son amour^ Je sus l'apostropher par une douce œillade, Ça le ravigotta, car il était malade.

Je lui donnai mon cœur... Il est constant, discret, Et malgré les jaloux, il m'adore en secret. Pour adoucir un peu son douloureux martyre, Mon amour complaisant lui permet de m'écrire. En venant dans ce lieu, j'ai reçu ce poulet. Voyons ce que m'écrit mon petit Bajazet. (Elle lit).

Bajazet à Atalide.

Lumière de mes yeux! charme de mes prunelles!

O vous que j'aimerai toujours!

0 vous mes uniques amours!

Il faut donc obéir à vos rigueurs cruelles? Si vous ne révoquez vos ordres absolus, Je me sens de calibre à faire une incartade. Je ne puis vous parler qu'à votre promenade. Et le reste du jour je ne vous parle plus!...

Je voudrais vous voir à toute heure, Si vous vous refusez à mon tendre désir,

De douleur il faut que je meure : Si vous le remplissez, je mourrai de plaisir!

Comme c'est délicat, que d'esprit, que de grâce! Un amour aussi vif fondrait un cœur de glace... Comme je l'aime donc ce petit Bajazet!

Et comme il m'aime aussi, si j'en crois son billet : Lumière de mes yeux : accrochez ma Roxane, Mes uniques, amours ! rien que çà ma sultane. Ah! ah! vous avez beau me guincher de travers, C'est cependant pour moi qu'on fait ces jolis vers!... Oui, madame, pour moi! ! pour moi, ne vous déplaise; Maintenant, vous pouvez l'aimer tout à votre aise, Je m'en bats Toeil! on vient et j'entends quelque bruit, C'est Roxane, grands dieux! et Bajazet la suit.

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