‹ Chanson de RolandChapitre 16 sur 197 · VIEUX GALLICISMES · texte numérisé non relu

VIEUX GALLICISMES

On trouvera dans le glossaire l’explication des vieux gallicismes qu’emploie la chanson de Roland (1). Nous signalerons seulement ici les locutions telles que <c Espagne la terre, France le regnét » au lieu de « la terre d’Espagne, leregnét de France ». On rencontre d’ailleurs aussi : a de France le regnét ».

On remarquera encore l’emploi de la conjonction que devant la proposition qui exprime l’hypothèse qu’on repousse, après « il est mieux » ou « il vaut mieux », etc.

Assez est mielz qu’il perdent les chiés,

Que nos perdons fhonor ne la deintiét. (v. 44-45.)

Mielz voeil morir que boutages m’ataignet. (v. 1091.)

(1) On y trouvera en général toutes les remarques de syntaxe que nous avons pu y faire entrer. Le glossaire complète donc ces notions élémentaires.

INTRODUCTION

Nous dirions aujourd’hui : « que si nous devions perdre l’honneur, que si la honte devait m’atteindre », ou bien nous tournerions la phrase de manière à amener un infinitif précédé de que de ; « J’aime mieux mourir que de m’exposer au déshonneur. »

SECTION III. — versification,

La chanson de Roland est écrite en vers de dix syllabes; la césure est placée au quatrième pied. On sait que l’ancienne versification admettait après la césure, comme à la fin du vers, une voyelle muette qui ne comptait pas, même quand cette voyelle ne -pouvait pas être élidée :

Tant chevalchié-rent Guènes et Blanchandrins.

Les chansons de geste sont divisées en laisses (sur ce mot voyez ci-dessus page xn) (i), et tous les vers d’une même laisse assonent entre eux. L’assonance diffère de la rime en ce qu’elle porte seulement sur la voyelle tonique des mots, et non sur les consonnes qui suivent cette voyelle : ainsi confondre assonera avec oncle , avoir avec courtois ou avec soi, etc. On trouvera plus loin, page 147, un tableau des assonances de la Chanson de Roland. Les assonances sont masculines quand l’accent tonique est placé sur la dernière syllabe des mots, par exemple dans la laisse qui commence au vers 24, dans celle qui commence au vers 62, etc. Les assonances sont féminines quand l’accent tonique est placé sur l’avant dernière syllabe, autrement dit quand les mots se terminent par une syllabe contenant un e muet, comme dans la première laisse de la Chan son de Roland.

L’hiatus était admis dans l’ancienne versification, et l’élision était souvent facultative. Ainsi on lira, sans élision, au vers 269 :

Et jo irai al Sarrazin espan,

(1) Dans le ms. d’Oxford de la Chanson de Roland , à la fin de beaucoup de laisses on trouve le mot a aoi », qui paraît être une sorte de refrain.

INTRODUCTION

Et avec élision, au vers 290 :

J'i puis aler, mais n’i avrai guaraot.

Comparez encore les deux vers suivants :

Dient paien : de ço avons assez. (v. 77.)

Ço dist Rollanz : c’iert Guènes, mes padastre. (v. 277.)

Les exemples que nous venons de citer montrent que l’o des mots proclitiques ço et jo , s’élidait comme un e muet. On trouve aussi quelquefois élidé l’i de l’article ou du pronom liy et celui du pronom relatif qui :

Franc chevalier, dist Z’emperédre Charles, (v. 274.)

Guènes respont : a Jo ne sai veirs nul home,

Ne mais Rollant, d’encore en avrat honte (v. 381-382.)

Le t final qui suivait alors Ve muet dans les troisièmes personnes du singulier ne faisait pas obstacle à l’élision, ce qui prouve qu’on commençait à ne plus le prononcer :

De noz François m’i sembl(et) aveir molt poi (v* 1050.)

Passet li jorz, si torn(et) a la vespréde. (v. 3560.)

Mais ailleurs et muet final compte pour une syllabe devant un mot commençant par une voyelle :

VoeilleZ o non, tôt i laisset son tens.

LA

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