‹ Chanson de RolandChapitre 126 sur 323 · MORT D’OLIVIER · texte numérisé non relu

MORT D’OLIVIER

Quand Roland aperçoit la gent maudite Qui est plus noire que de l’encre Et n’a de blanc que les dents :

1935 Ço dist li Quens : « Or sai jo veirement « Que hoi murrum par le mien escient.

« Ferez, Franceis : kar jo Y vus recumenz. »

Dist Oliviers : « Dehet ait li plus lenz! »

A icest mot, Franceis se fièrent enz. Aoi.

1940 Quant paien virent que Franceis i out poi,

Entr’ els en unt e orgoill e cunfort ;

Dist l’uns à Y altre : « Li Emperere ad tort. »

Li Algalifcs sist sur un cheval sor. h .v.

Brochet le bien des esperuns ad or ;

1945 Fiert Olivier derere, en mi le dos,

Le blanc osberc li ad desclos el’ cors,

Par mi le piz sun espiet li mist fors;

E dist après : « Pris avez mortel colp.

« Caries li magnes mar vus laissât as porz.

1950 « Tort nus ad fait, nen est dreiz qu'il s’en lot;

« Kar de vus sul ai bien vengiet les noz. » Aor,

Oliviers sent que à mort est feruz ,

De lui vengier targier ne se voelt plus. Tient Halteclere, dunt li aciers fut bruns: Fiert l’Algalife sur F helme ad or agut, 1955 E flurs e pierres en acraventet jus,

Trenchet la teste d’ici qu’as denz menuz, Brandist sun colp , si l’ad mort abatut;

E dist après : « Paiens , mal aies tu 1 « Iço ne di Caries n’i ait perdut.

1960 « Ne à muillier n’à dame qu’as veut « N’en vanteras el’ régné dunt tu fus « Qu’à Carlun aies un sul denier tolut,

« Je suis très certain , » dit Roland ;

« Oui , je sais clairement que nous mourrons aujourd’hui.

« Frappez, Français : car, pour moi, je vais recommencer la bataille. »

Et Olivier : « Malheur aux plus lents! » s’écrie-t-il.

A ces mots, les Français se jettent dans le milieu même des ennemis.

Les païens , quand ils s’aperçoivent qu’il y a si peu de Français, En sont remplis d’orgueil et tout réconfortés entre eux :

« Non, non, » disent-ils l’un à l’autre, « le droit n’est pas pour l’Empereur. »

Le Calife montait un cheval roux;

De ses éperons d’or il le pique ,

Frappe Olivier par derrière dans le milieu du dos ,

Dans le corps même lui brise les mailles du blanc haubert ,

Et la lance du païen passe de l’autre côté de la poitrine :

« Voilà un rude coup pour vous, » lui dit-il :

« Charles fut mal inspiré de vous laisser aux défilés.

« L’Empereur nous fit tort, mais n’aura guère lieu de s’en louer;

« Car sur vous seul j’ai bien vengé tous les nôtres. »

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