DANS LES QUATRE VERS QUI SONT L’OB
jet de cette note : telle notre conclusion. — Le scribe italien auquel nous devons le manuscrit de Venise IV n’a pas compris seint Qilie, et a substitué : Li ber san Ouielmo. C’est une allusion peu intelligente à Guillaumo d’Orange , qui était, au delà des Alpes , bien plus populaire que saint Gilles. = Pur Td Deus fait vertuz. Saint Gilles, d’après tous les monuments liturgiques, est particulièrement célèbre comme thaumaturge : Miraculùrum coruscans virtutibus, dit la plus ancienne des proses qui lui ont été consacrées. (Mone, Hymni latini medii œvi . II, 165.)
2115 Dient paien : cc L’Emperere repairet;
« De cols de France oez suner les graisles. « Se Caries vient, de nus i avrat perte;
« Se Rollanz vit, nostre guère nuvelet :
« Perdut avum Espaigne nostre tere. »
2120 Tel quatre cent s’en asemblent à helmes E des meillurs ki el’ camp quident estre.
A Rollant rendent un estur fort e pesme : Ore ad li Quens endroit sei mult que faire.
GLXXXVI
Li quens Rollanz , quant il les veit venir, 2125 Tant se fait forz e fiers e maneviz :
Ne s* recrerrat tant cum il serat vifs,
Einz murreit il que il voeillet fuir .
Siet el cheval qu’hum cleimet Veillantif : Brochet le bien des esperuns d’or fin.
En la grant presse les vait tuz envaïr,
2130 Ensembl’ od lui l’arcevesques Turpins.
, Dist l’uns à 1’ altre : « Çà vus traiez , amis* « De cels de France les corns avum oït.
« Caries repairet, li reis poesteïfs. »
CL XXXVII
Li quens Rollanz unkes n’amat cuard,
2135 Ne orgoillus n’ hume de male part ,
Ne chevalier, s’ il ne fust bons vassals.
E l’arcevesque Turpin en apelat :
« Sire, à pied estes, e jo sui à cheval;
Aoi.
Aoi,
2126. Veillantif. C’est dans la Chanson d’Aspremont (nous en possédons un manuscrit do la première moitié
du xiii« siècle) que nous assistons à la conquête par Roland , encore enfant , de l’épée Durendal et du cheval Yeil-
« L’Empereur, » s’écrient les païens! « l’Empereur revient sur ses pas ,
« Et ce sont bien les trompettes françaises qu’on entend. , * Si Charles arrive , quel désastre pour nous ! i Si Roland survit , c’est toute notre guerre qui recommence ,
« Et l’Espagne, notre terre, est perdue. »
Alors quatre cents d’entre eux se rassemblent, bien couverts de leurs heaumes ,
Parmi les meilleurs de toute l’armée païenne.
Et voici qu’ils livrent à Roland un affreux , un horrible assaut. Ah! le Comte a vraiment assez de besogne.
Quand le comte Roland les voit venir,
Il se fait tout fier, il se sent plus fort , il est prêt.
Tant qu’il aura de la vie, il ne se rendra pas :
Plutôt la mort que la fuite .
Il monte son cheval Veillantif,
De ses éperons d’or fin le pique ,
Et, au plus fort de la mêlée, court attaquer les païens. L’archevêque Turpin y va avec lui.
Et les Sarrasins : « F uyez, amis , fuyez, » disent-ils l’un à l’autre ; « Car nous avons entendu les trompettes de France.
« Il revient, le roi puissant! Charles arrive ! »
CLXXXVil
Jamais le comte Roland n’aima les lâches,
Ni les orgueilleux, ni les méchants,
Ni les chevaliers qui ne sont pas bons vassaux.
Il s’adresse à l’archevêque Turpin :
« Sire, » lui dit-il, «vous êtes à pied, et moi à cheval.
lantif . Il les conquiert l’une et l’autre sur le jeune Baumont , fils du roi païen Agolant, La scène de ces exploits est
la Calabre. Voir, dans nos Épopées françaises, l’analyse de la Chanson d’Aspremont. (II, p. 63 et ss.)
« Pur vostre amur ici prendrai estai ; 21 40 « Ensemble avrum e le bien e le mal ,
« Ne vus lerrai pur nul hume de carn ;
« Encoi rendrum à paiens cest asalt ;
« Li meillur colp cil sunt de Durendal. » Dist FArcevesques : « Fel ki bien n’i ferrât! « Après icesl n' avrum jamais asalt.
2145 « Caries repairet, ki bien vus vengerai. »
Dient paien : « Si mare fumes net!
« Cum pesmes jurz nus est hoi ajurnez !
« Perdut avum noz seignurs e noz pers.
« Caries repairet od sa grant ost , li ber : 2150 ce De cels de France odum les graisles clers; « Grant est la noise de Munjoie escrier.
« Li quens Rollanz est de tant grant fiertet, « Ja n’iert vencuz pur nul hume carnel;
« Lançum à lui; pois, si F laissum ester. » 2155 E il si firent : darz e wigres asez ,
Espiez e lances e museraz enpennez ;
L’escut Rollant unt frait e estroet ,
E sun osberc rumput e desaffret ,
Mais enz eF cors ne Funt mie adesel ;
2160 Veillantif unt en trente iius naffret,
Desuz le Cunte si Fi unt mort getet. Q Paien s’en fuient; pois, si F laissent ester; Li quens Rollanz à pied i est remés.
Païen syen fuient mult esfrééement .
Dist l}uns à Valtre : « Vencuz nus ad Rollanz . « Li Emperere repairet veirement :
« Oez les graisles de la franceise g eut;
« Fiz est de mort ki el’ camp les aient :
CLXXXVIÏÏ
2163. — Lacune comblée. Voir la note du v. 318.
« Par amour pour vous, je veux faire halle.
« Nous partagerons ensemble le bien et le mal ,
« Et, pour aucun homme du monde, je ne vous abandonnerai.
« Tous les deux nous rendrons aux païens leur assaut :
* Les meilleurs coups sont ceux de Durendal ! a — Honte à qui ne frappe pas de son mieux, » dit l'Archevêque. « Après cette bataille nous n'en aurons plus d'autre,
« Charles arrive , qui vous vengera. »
« Nous sommes nés pour notre malheur, » disent les païens, « Et ce jour s’est levé pour nous bien funeste!
« Nous avons perdu nos seigneurs et nos pairs.
« Et voilà que Charles , le baron , revient avec sa grande armée :
« Nous entendons d’ici les claires trompettes de ceux de France « Et le grand bruit que fait le cri de Monjoie.
« Rien n’égale la fierté du comte Roland,
« Et il n’est pas d’homme vivant qui le puisse vaincre.
« Tirons de loin, et laissons-le sur le terrain. »
Ainsi firent-ils. Ils lui lancent de loin dards et javelots , Épieux , lances et flèches empennées ;
Ils ont mis en pièces et troué l’écu de Roland;
Ils lui ont déchiré son haubert dont l’orfroi est enlevé ;
Mais point ne l’ont touché dans son corps.
Pour Veillantif, il a reçu trente blessures Et sous le Comte est tombé mort.
Les païens* cependant, s’enfuient et laissent Roland seul ,
Seul et à pied.
Les païens s'enfuient , pleins d'effroi :
« Roland, » se disent-ils l'un à Vautre, « Roland nous a vaincus, « Et le grand Empereur revient sur ses pas .
« Entendez les clairons de V armée française,
« Attendre les Français, c'est être assuré de mourir .
« Tanz gentilz reis ad rendu z recreanz !
« Jamais Marsilies ne nus serat guarani.
« Perdut avum Espaigne la vaillant,
« Se VAmiralz pur nus ne la defent . » Aoi.