‹ Chanson de RolandChapitre 143 sur 323 · CCV · texte numérisé non relu

CCV

2375 Li quens Rolianz se jut desuz un pin :

Envers Espaigne en ad turnet sun vis...

De plusurs choses à remembrer li prist :

De tantes teres que li ber ad cunquis,

De dulce France, des humes de sun lign,

2380 De Carlemagne, sun seignur, ki Y nurrit,

E des Franceis dunt il esteit si fiz .

Ne poet muer n’en plurt e ne suspirt.

Mais lui meïsme ne voelt melre en ubli ;

Cleimet sa culpe , si priet Deu mercit :

« Veire paterne s ki unkes ne mentis,

2385 « Seint Lazarua de mort resurrexis « E Daniel des leuns guaresis,

« Guaris de mei l’anme de tuz perilz « Pur les pecchiez que en ma vie fis ! »

Sun destre guant à Deu en puroffrit,

2384. Veire Paterne . Dans sa savante Étude sur les Sarcophages chrétiens antiques de la ville d’Arles (Paris, Impr. nationale, 1878, p. 39), M. Edmond lo Blant a rapproché ces

vers d’un grand nombre le textes des liturgies primitives et de monuments figurés des ive et ve siècles : cc Ce qui semble dominer dans le cycle des représentations figurées sur les tombes

Il bat sa coulpe , il répète son mea culpa.

Pour ses péchés, au ciel il tend son gant:

Les Anges de Dieu descendent d'en haut et , sans retard , le reçoivent .

Roland sent que son temps est fini.

Il est là, au sommet d’un pic qui regarde l’Espagne;

D’une main il frappe sa poitrine :

« Mea culpa , mon Dieu, et pardon au nom de ta puissance, a Pour mes péchés, pour les petits et pour les grands,

« Pour tous ceux que j’ai faits depuis l’heure de ma naissance « Jusqu’à ce jour où je suis ainsi frappé. »

Il tend à Dieu le gant de sa main droite ,

Et voici que les Anges du ciel s’abattent près de lui.

Il est là, gisant sous un pin, le comte Roland ;

Il a voulu se tourner du côté de l’Espagne.

Il se prit alors à se souvenir de plusieurs choses :

De tous les pays qu’il a conquis ,

Et de douce France, et des gens de sa famille,

Et de Charlemagne, son seigneur, qui l’a nourri;

Et des Français qui lui étaient si dévoués.

11 ne peut s’empêcher d’en pleurer et de soupirer.

Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli,

Et, de nouveau, réclame le pardon de Dieu :

« O notre vrai Père, » dit-il, « qui jamais ne mentis,

« Qui ressuscitas saint Lazare d’entre les morts « Et défendis Daniel contre les lions ,

« Sauve, sauve mon âme et défends -la contre tous périls,

« A cause des péchés que j’ai faits en ma vie. »

Il a tendu à Dieu le gant de sa main droite;

chrétiennes, c’est l’idée même dont s’inspirent les liturgies funéraires, et qui fit mettre aux lèvres du preux Uoland ce cri suprême : « O notre vrai « Père, toi qui ressuscitas saint Lazare

« d’entre les morts et qui défendis Da- « niei contre les lions , sauve mon âme « et protège -la contre tous périls »

C’est à tort que les Remaniements donnent plus d’étendue à cette naïve prière.

2390 E de sa main seinz Gabriel l’ad pris. Desur sun braz teneit le chief enclin : Juintes ses mains est alez à sa fin.

Deus li tramist sun angle chérubin , Seint Raphaël , seint Michiel de Y Péril. 2395 Ensemble od els seinz Gabriel i vint. L’anme de Y Cunte portent en pareïs.

Aoi.

Saint Gabriel l’a reçu.

Alors sa tête s’est inclinée sur son bras,

Et il est allé, mains jointes, à sa fin.

Dieu lui envoie un de ses anges chérubins. Saii t Raphaël et saint Michel du Péril. Saint Gabriel est venu avec eux.

Ils emportent Pâme du Comte au paradis, «.

LA

(texte, traduction et commentaire)

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