‹ Chanson de RolandChapitre 164 sur 323 · CCCX · texte numérisé non relu

CCCX

Dedesuz Ais est la prée mult large.

Des dous baruns justée est la bataille;

3875 Cil sunt produme e de grant vasselage ,

E lur cheval sunt curant e aate.

Brochent les bien, tûtes les resnes lasquent. Par grant vertut vait ferir li uns V altre ;

Tuz lur escuz i fruissent e esquassent,

3880 Lur osbercs rumpent e lur cengles départent; Les seles turnent e chiedent en la place :

Cent milie hume i plurent ki ’s esguardent.

A tere sunt ambdui li chevalier :

Isnelement se drecent sur lur piez.

3885 Pinabels est forz , isnels e legiers.

L’uns requiert Paître (n’ unt mie des destriers). De cez espées enheldées d’or mier Fièrent e caplent sur cez helmes d’acier,

Grant sunt li colp as helmes detrenchier.

3890 Mult se dementent cil franceis chevalier :

« E Deus ! » dist Caries , « le dreit en esclargiez. »

Àoi.

Aoi.

Aoi.

Puis revêtu leurs blancs hauberts , qui sont à la fois forts et légers.

Ils ont sur leur tête assujetti leurs heaumes clairs Et ceint leurs épées à la garde d’or pur.

A leur cou ils suspendent leurs écus à quartiers.

Dans leur poing droit ils tiennent leurs épieux tranchants ; Puis sont montés sur leurs rapides destriers.

Alors on vit pleurer cent mille chevaliers,

Qui pour Roland ont pitié de Thierri.

Mais Dieu sait comment tout finira.

Au-dessous d’Aix est une vaste plaine :

C’est là que les deux barons vont faire leur bataille.

Tous deux sont preux , et leur courage est grand.

Rapides, emportés sont leurs chevaux,

Ils les éperonnent, leur lâchent les rênes,

Et, rassemblant toute leur vigueur, se vont frapper mutuellement.

Ils brisent, ils mettent en pièces leurs écus,

Ils dépècent leurs hauberts , ils déchirent les sangles de leurs chevaux ,

Si bien que les selles tournent et que les cavaliers tombent...

Cent nulle hommes les regardent, tout en pleurs.

Voici nos deux chevaliers à terre :

Vite ils se redressent sur leurs pieds.

Pinabel est fort, léger, rapide.

L'un cherche l’autre. Ils n’ont plus de chevaux ;

Mais, de leurs épées à la garde d’or pur,

Ils frappent, ils refrappent sur leurs heaumes d’acier.

Ce sont là de rudes coups, bien faits pour les trancher...

Et tous les chevaliers français de se lamenter vivement :

« O Dieu, » s’écrie Charles, « mon Irez -nous où est le droit. »

Dist Pinabels : « Tierris , kar te recrei :

« Tis hum serai par amur e par feid,

« A tun plaisir te durrai mun aveir ;

3895 « Mais Guenelun fai acorder à V Rei. »

Respunt Tierris : « Ja n’en tiendrai cunseill,

« Tut seie fel, se jo mie l’otreii « Deus facet hoi entre nus dous le dreit! »

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