‹ Chanson de RolandChapitre 166 sur 323 · CCCXVIII · texte numérisé non relu

CCCXVIII

Caries apelet ses cuntes e ses dux :

« Que me loez de cels qu’ai retenuz ?

« Pur Guenelun erent à plait venut,

3950 « Pur Pinabel en ostage rendut. »

Respundent Franc : « Ja mar en vivrat uns. »

Le haubert déchiré jusqu’au ventre.

Mais Dieu est là qui préserve et garantit Thierri.

Thierri voit qu’il est blessé au visage ;

Le sang tout clair coule sur le pré herbu.

Alors il frappe Pinabel sur le heaume d’acier bruni, Dont il fait deux morceaux jusqu’au nasal.

Toute la cervelle de sa tête se répand à terre. Thierri brandit son épée, et l’abat raide mort.

Ce coup termine la bataille.

« Dieu a fait un miracle, » s’écrient les Français.

« Maintenant il est juste que Ganelon soit pendu,

« Lui et ses parents qui ont répondu pour lui. »

CCCXV11

Thierri est vainqueur :

L’empereur Charles arrive ,

Et , avec lui , quatre de ses barons ,

Le duc Naimes, Ogier de Danemark,

Geoffroi d’Anjou et Guillaume de Blaye.

Le Roi a pris Thierri entre ses bras ;

Il lui essuie le visage avec ses grandes peaux de martre ;

Puis il les rejette de ses épaules , et on lui en revêt d’autres. Tout doucement on désarme le chevalier;

On le fait monter sur une mule d’Arabie,

Et c’est ainsi qu’il s’en revient tout joyeux, le baron.

On arrive à Aix, on descend sur la place.

Alors va commencer le supplice de Ganelon et de ses parents.

GCCXVI1I

Charlemagne appelle ses comtes et ses ducs :

« Quel conseil me donnez-vous sur les otages que j’ai retenus? « Ils sont venus au plaid pour Ganelon;

« Ils se sont portés caution pour Pinabel.

« —Qu’ils meurent, qu’ils meurent tous,» répondent les Français.

Li Reis cumandet un soen veier, Basbrun :

« Va, si ’s pent tuz à l'arbre de mal fust.

« Par ceste barbe , dont li peil sont canut ,

3955 « S' uns en escapet , morz ies e cunfunduz. »

Cil li respunt : « Qu’en fereie jo plus? »

Od cent serjanz par force les cunduit.

Trente en i ad d’icels ki sunt pendut.

Ki traïst hume , sei ocit e altrui. Aoi.

CCCXÏX

3960 Pois , sunt turnet Baivier et Aleman E Peitevin e Bretun e Norman.

Sur tuz les altres l’unt otriet li Franc Que Guenes moerget par merveillus ahan.

Quatre destriers funt amener avant;

3965 Pois, si li lient e les piez e les mains.

Li cheval sunt orgoillus e curant;

Quatre serjant les acoeillent devant Devers une ewe ki est en mi un camp.

Guenes est turnez à perditiun grant ;

3970 Trestuit si nerf mult li sunt estendant,

E tuit li membre de sun cors derumpant;

Sur l’herbe verte en espant li clers sancs.

Guenes est morz cume fel récréant.

Ki traïst altre, nen est dreiz qu’il s’en vant. Aoi.

3975 Quant Y Emperere ad faite sa venjance. Si ’n apelat ses evesques de France , Gels de Bavière e icels d’Alemaigne :

« En ma curt ad une caitive franche,

3958. Trente en i ad d’icels là sunt ; pendut . Dans Huon de Bordeaux, l’abbé de Cluny, avec ses quatre-vingts moines, se porte otage pour Huon

dans son duel avec Amaury. Mais déjà les idées se sont adoucies, et si Huon est vaincu, ses otages seront seulement privés de leurs terres. Ce-

Alors le Roi appelle un sien viguier, Basbrun :

« A cet arbre maudit, là-bas, va, pends-les tous.

« Par cette barbe dont les poils sont chenus ,

« S'il en échappe un seul , tu es perdu , tu es mort, a — Qu'ai-je autre chose à faire? » répond Basbrun.

Avec cent sergents il les emmène de force ,

Et il y en a bientôt trente qui sont pendus.

Ainsi se perd le traître; ainsi perd -il les autres.

Là-dessus, les Bavarois et les Allemands s’en vont,

Avec les Poitevins, les Bretons et les Normands.

C'est l’avis de tous, et plus encore l’avis des Français,

Que Ganelon meure d’un terrible et extraordinaire supplice. Donc, on fait avancer quatre destriers;

Puis on lie les pieds et les mains du traître.

Rapides et sauvages sont les chevaux.

Devant eux sont quatre sergents qui les dirigent Vers une jument là-bas, dans le milieu d’un champ.

Dieu! quelle fin pour Ganelon!

Tous ses nerfs sont effroyablement tendus ;

Tous ses membres s’arrachent de son corps;

Le sang clair ruisselle sur l’herbe verte...

Ganelon meurt en félon et en lâche.

Il n’est pas juste que le traître puisse jamais se vanter de sa trahison.

GGCXX

Quand l’Empereur a fait ses représailles,

Il appelle ses évêques de France ,

De Bavière et d'Allemagne :

« Dans ma maison, » dit -il, ce il y a une prisonnière de noble race ;

pendant Charles les a tout d’abord menacés de les faire traîner à ronds, et ils sont enchaînés tant que dure le duel. Je ne vois pas qu’on

ait encore songé à rapprocher ce passage d ’Huon du dénouement de notre Roland .

« Tant ad oït e sermuns e essamples,

3980 « Creire voelt Deu, chrestientet demandet.

« Baptiziez la , pur que Deus en ait Paume. »

Cil li respundent : « Or seit fait par marraines,

« Asez creües e enlinées dames. »

As bainz ad Ais mult sunt granz les cumpaignes :

3985 Là baptizièrent la reine d’Espaigne,

Truvet li unt le num de Juliane.

Ghresliene est par veire conoissance... Aoi.

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