‹ Chanson de RolandChapitre 181 sur 323 · II. DU SUBSTANTIF · texte numérisé non relu

II. DU SUBSTANTIF

6 Première déclinaison romane (Déclinaison féminine). Elle correspond à la première déclinaison latine et aux noms féminins de la troisième. On y peut joindre quelques noms féminins des 4e et 5e déclinaisons latines.

7. Le type est la première déclinaison latine. Au singulier ( sujet ou régime), pas d’s ; rose (de rosa, rosce, rosam ). — Au pluriel (sujet ou régime), une s à tous les cas : roses, fait sur rosas, qui était depuis longtemps employé dans le latin populaire au lieu du nominatif rosce.

8. Dans cette déclinaison rentrent , comme nous venons de le dire , les noms féminins de la troisième déclinaison latine. Ces noms se subdivisent en deux groupes : a. Noms où l’accent tonique avait en latin la même place aux cas régimes qu’au cas sujet. Ces noms, dans le Roland, ont déjà la tendance à se passer d’s au cas sujet du singulier (la lei, au lieu de la leis) ; mais le fait n’est pas encore constant dans notre poème. Au pluriel, partout une s. ~ b. Noms où l’accent tonique n’avait pas en latin la même place au cas sujet qu’aux cas régimes. Ces féminins (latins ou romans), tels que vertet, dulur, n’ont en français qu’un seul cas pour le sujet et le régime singuliers, lequel a été formé sur le régime latin veritatem, dolorem.— Au pluriel, partout une s ou un z.

9. En résumé, « pas d's au singulier, une s au pluriel ; » telle est la loi de la Déclinaison féminine , et I on n’y trouve qu’assez peu d’exceptions dans le texte du Roland qui est conservé à Oxford.

10. Deuxième déclinaison romane (Déclinaison masculine). Elle coures» pond à la seconde déclinaison latine, et aux noms masculins de la troisième. On y peut joindre quelques mots masculins de la quatrième déclinaison latine.

11. Le type est la seconde déclinaison latine. Le cas sujet du singulier prend une e {murs, de murus). Le cas régime du singulier ne prend pas d’s {mur, de mûri, muro, murum). Le cas sujet du pluriel ne prend pas d’s {mur, de mûri ). Le cas régime du pluriel prend une s {murs , de mûris, muros).— Le plus grand nombre des neutres latins avaient été depuis longtemps masculinisés, et sont soumis à la règle que nous venons d’énoncer. = Les génitifs pluriels latins avaient donné lieu à quelques formes spéciales : La, geste Francor, etc.

12. Dans cetta déclinaison rentrent , comme nous venons de le dire , les noms masculins de la troisième déclinaison latine. Ces noms se divisent en deux groupes : a. Noms où l'accent tonique avait en latin la même place aux cas régimes qu’au cas sujet : 1° Un certain nombre de ces mots viennent de vocables latins qui ont une s au nominatif singulier. Ces noms suivent les lois de la seconde déclinaison latine {li pains, li reis , li sancs; del pain del rei, del sanc). 2° D’autres viennent de mots latins qui n’ont pas d’s à leur nominatif singulier (pere, de pater). Le plus souvent encore, dans le Roland d’Oxford, ces noms ne prennent pas d’s au cas sujet du singulier; mais déjà cette s est très fréquente dans notre vieux poème, et il arrivera que bientôt tous les substantifs de ce groupe la prendront par analogie. Le fait sera général dans le français du xrae siècle. = b. Noms où l’accent tonique n’avait pas en latin la même place aux cas régimes qu’au cas sujet. : 1° Un certain nombre de ces noms ont un cas spécial pour le sujet {emperere, d 'imper ator), et un cas spécial pour le régime {empereur, d'imperatorem ). Le plus souvent , dans le texte d’Oxford , emperere et les mots congénères n’ont pas d’s; mais déjà l’s s’y montre fréquemment , et bientôt tous les noms de ce groupe la prendront par analogie. 2° D’autres noms n’ont qu’une seule et même forme pour le cas sujet et le cas régime, et ce cas est fait sur le régime latin {leun , de leonem). Le plus souvent encore , ces mots ne prennent pas dans le Roland une s à leur cas sujet du singulier; mais déjà il y a, dans notre texte, une tendance assez marquée à ce que l’s pénètre dans ces nominatifs comme dans ceux de tous les noms masculins.

13. Dans ces deux catégories de noms masculins de la troisième déclinaison latine, le nominatif pluriel aurait dû prendre une s, d’après le nominatif pluriel latin, et il aurait partout fallu li baruns , li seignurs , etc. Mais, depuis les premiers temps de notre langue , on trouve , au nominatif pluriel , des formes sans s. L’analogie le voulait ainsi. On a dit avec raison que cette loi avait sa racine dans le latin vulgaire, où l’on trouve latroni au lieu de latrcmes , etc. etc.

14. Observations communes a toutes les déclinaisons romanes. Les quatrième et cinquième déclinaisons latines n’ont pas eu de véritable influence sur la formation de notre langue. Les noms masculins de ces deux déclinaisons ont été assimilés à ceux de la deuxième déclinaison latine , et les féminins à ceux de la première.

15. Le vocatif roman est formé tantôt sur le cas sujet, tantôt sur le cas régime du latin. En d’autres termes, l’ancienne langue « a oscillé, au vocatif, entre la forme du sujet et celle du régime ».= Le vocatif pluriel , dans les noms dérivés de la troisième déclinaison latine, est presque invariablement calqué sur le cas régime du roman : partout seignurs et baruns, et non seignur et barun.

16. Les scribes anglo-normands, et le nôtre en particulier, ont négligé les règles de la déclinaison romane. De là tant d’erreurs dans notre manuscrit.

17. Conclusion sur la déclinaison. Il résulte de tout ce qui précède que la déclinaison romane, à travers vingt évolutions, a toujours été en se simplifiant. Dans le Roland , il n’y a guère plus que deux déclinaisons. A la fin du xne siècle , il n’y en aura plus décidément que deux : celle des noms masculins , ramenés à la deuxième latine ; et celle des noms féminins , ramenés à la première, Jusqu’à ce qu’on en arrive enfin à une dernière révolution, qui sera le triomphe définitif d’une seule et même déclinaison. Et ce sera la déclinaison féminine : « Pas d’s au singulier, une s au pluriel. »

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