‹ Chanson de RolandChapitre 182 sur 323 · III. De l’adjectif · texte numérisé non relu

III. De l’adjectif

18. Les adjectifs suivent la loi des substantifs, selon la déclinaison à laquelle ils appartiennent. En d’autres termes , tous les adjectifs féminins suivent la loi de la première déclinaison latine; tous les adjectifs masculins ceux de la seconde.

19. Il est cependant hors de doute qu’un certain nombre d’adjectifs et de participes sont de véritables neutres. Il y en a plus d’un dans le Roland : « Por ço que plus bel seit . Il est juget que nus les ocirum , etc. » Et notre langue les a conservés.

20. L’adjectif peut être épithète (l’homme bon) ou attribut (l’homme est bon). Dans la Vie de saint Alexis, l’adjectif s’accorde avec le nom quand il est épithète ; mais , comme attribut , il prend le cas régime. C’est une habitude angl o- normande , et « qui ne saurait s’expliquer, dit M. G. Paris , que par l’influence d’une langue germanique ». = Dans le texte du Roland il n’y a pas, au contraire , de différences très considérables dans la façon dont on traite l’adjectif-épithète et l’adjectif-attribut. Notons seulement que l’accord de l’adjectif-attribut est plus fréquent quand cet attribut précède le verbe : Fols est U reis, etc.

21. Les adjectifs latins qui n’avaient qu’une seule et même terminaison pour le masculin et le féminin, fortis, grandis, etc., ont donné lieu à des adjectifs romans qui n’avaient aussi qu’une terminaison pour le masculin et le féminin : forz, granz, etc. Cependant on trouve dans le manuscrit d’Oxford grandes, une fois comme épithète (vers 281) et une fois comme attribut (vers 3656 ) , et dolente (vers 1404 et 2823) qui peut, il est vrai , venir d’un type dolenta. Déjà , dans le Saint Alexis , on avait six fois dolente et une fois commune. Grande s’y trouve comme attribut ; on y dit la ledice est grande, et la grant ledice.

22. Quant aux degrés de comparaison , il y a deux manières de les exprimer. Il y a le mode synthétique , où l’on calque les comparatifs et les superlatifs latins: mieldre , meindre, graindre, altisme, seintisme.il y a le mode analytique, avec l’adverbe plus. = Après le comparatif , on emploie de au lieu de que : Plus fei de lui n’outen sa cumpaignie (vers 1632).= Certains comparatifs et superlatifs ont perdu leur sens primitif, et n’ont plus que le sens d’un simple : E cum il est en sun paleis halçur (vers 3698). Ct.plusur,pesmes, etc. Quelques comparatifs sont employés substantivement : Des mielz e des pejurs ( vers 1822 ).

23. Les adjectifs possessifs se divisent en adjectifs possessifs conjoints : M es, mis , mun, ma. — Tes, tis, tun, ta — Ses, sis, sun, sa. — Nostre, vostre; noz, voz, lur. Et en adjectifs possessifs absolus : Miens, soens ; meie, tue, sue. Ces derniers s’emploient avec ou sans substantif, mais, pour ie moins, avec l’article. On a pu les regarder comme des pronoms. = Pour les adjectifs démonstratifs , v. le § 30.

24. Les adjectifs numéraux doivent être rapprochés des noms de nombre.

A côté de uns , un, une ; (Lui. dous ( ambdui, ambesdous): treis, quatre, cinc, sis, set, oit..., dis..., duze...,vint , trente, quarante, etc., cent, mil, milie, etc., il faut placer premier..., tierz, quart , quint , siste, sedme, oidme, noefme , disme, etc. == Mil vient de mille; milie de millia. On dit, généralement, mil pour un seul millier; milie pour plusieurs.

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