‹ Chanson de RolandChapitre 190 sur 323 · III. Du COUPLET ÉPIQUE · texte numérisé non relu

III. Du COUPLET ÉPIQUE

11. Le Couplet qui est également appelé laisse est en moyenne, dans le Roland, composé de quinze vers. Il débute ex abrupto et forme une division naturelle du récit.

12. Le lien qui réunit entre eux tous les vers d’un même couplet, c’est l’assonance qui, dans le Roland comme dans tous nos anciens poèmes, n’atteint que la dernière voyelle accentuée.

13. Sont dits féminins les couplets dont tous les vers se terminent , soit par un e muet, soit par cet e suivi d’un t, d’un s ou d’un nt post-toniques. Les autres laisses sont dites masculines.

14. Nous avons relevé une a une, sans en excepter une seule, toutes les assonances du Roland. Tous les couplets de notre vieux poème appartiennent à une des vingt et une séries que nous allons successivement énumérer. 1 Couplets musculins en a. Dans ces laisses, les voyelles sur lesquelles tombe l’assonance dérivent de l’a latin tonique en position latine ou romane : ( Ex. : couplet XCIV : serai, leuparz , apelat, ja , laissât, part, cuard, mais, calz, carn, Durendal , dunat , avrat, vassal . Cf. les couplets LXI , LXXYII, CÏI, CCLXIX , etc. Dans le couplet LXI est admise une assonance en ai { Ais , d’agms), etc. 2 Couplets féminins en a (purs et mixtes). Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance dérivent ici de l’a latin tonique, en position latine ou romane, lequel est accompagné d’un a post-tonique dans la dernière syllabe latine, ou est suivi de deux consonnes. Or, l’a post-tonique se change en un e muet, et les deux consonnes sont également soutenues par un e muet. Ex.:coupl. LXII : Alhe , chevalchet , guardet, Caries, passages, guarde, fillastre, vasselage, reguardet, diables, rage, guarde, Danemarche , facet. Cf. les couplets XIII, etc. — Parmi ces couplets , les uns sont purement en a féminin , comme les précédents. Les autres sont en a féminin, mêlés d’assonances en ai féminin. Ces dernières viennent d’un a latin tonique , sur lequel Vi atone de la syllabe suivante a exercé une influence phonétique : pâlie , repaire, cuntraire, saive, vaillet, bataille, etc. Ex. : couplet CXLIY, etc. Dans un certain nombre de couplets en a féminin, il ne se glisse qu’une assonance en ai féminin. Ex.: couplets XXX, LVI, LXII, LXIY, XCIII, CXI, CLÎII , CuXXV, CCXXXIIL= s Couplets masculins en an (purs et mixtes). Dans le Saint Alexis, les laisses en an sont encore distinctes de celles en en (G. Paris, Saint Alexis, 36-37). Il n’en est plus de même dans le Roland, sauf cependant dans les trois laisses LXXY, CYII, CXXYII. Dans ces derniers couplets, les voyelles sur lesquelles porte l’assonance viennent uniquement du son latin an tonique. Mais, dans la grande majorité des strophes de notre poème, on admet à la fois les assonances en an et en. Ex. : couplets XIX, où il n’y a qu’une fois en; XXV, où il n’y a qu’une fois an; XXXII, LI, XCI, CXIX, CXXXIX, CXLI , CLII, CLYII , CLXII, etc. Enfin, dans quelques couplets en an, en, on admet les assonances en ain {mains, cumpainz). Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance dans ces derniers couplets, dérivent de l’a latin tonique placé devant une nasale. Ex. : couplets XXI, XLVT, LXXX1I , XCVII. — * Couplets féminins en an, ain. Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance dérivent du son latin an tonique + un 6 français après la tonique {angles, estrange, France ), ou de ce même son modifié en ain par le passage de l’i qui suit la

tonique + e ( Espaigne , graindre ), ou de Va latin tonique devant une nasale devenu ai et suivi d’un e muet dans la syllabe suivante ( aimet ). Ex. : couplets LXXIII , XCII, CIII. = 6 Couplets masculins en è, er. Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance dérivent de l’a latin tonique, long ou bref. On y a fait entrer Deus et Malien. Ex. : couplets V, XI , XXIX , etc. — • Couplets féminins en è. Les voyelles sur lesquelles tombe l’assonance dérivent de l’a latin tonique bref ou long + un e français après la tonique ( fermée , empe rere). Ex. : couplets LIX, CXXY1 , etc. C’est par exception que remestrent est admis dans la laisse LIX. — 7 Couplets masculins en iê. Les voyelles sur lesquelles tombe l’assonance dérivent de Ve latin bref tonique ( niés, crient ) ; de l’a long tonique après une gutturale qui persiste ( pecchiez , chiez, cargiez, marchiet) ; ou qui laisse un i en sa place ( paiens ), de Vœ assimilé à Ve bref (ciel) ; de l’a long tonique « après les dentales, en y comprenant s, ss, n, r, quand la syllabe précédente contient un i provenant d’une gutturale vocalisée » ( Initier, etc.) ; de l’a latin tonique accompagné d’un i atone dans la syllabe suivante ( chevalier ), ou dans la syllabe précédente ( aprois miez, chrestiiens; d’un e long tonique accompagné, dans la syllabe suivante, d’un i atone (mestier). Ex.: couplets VIII, XXXIX, XLV, etc. — 8 Couplets féminins en iè. L’existence de ces couplets n’est peut - être qu’une hypothèse, et je la hasarde avec M. G. Paris, en prenant pour base le couplet CCXLVIII : eschieles, tierce, Bavière, preisièrent , laissiée, chière , cunquierent, puigniere et fière.= • Couplets masculins en è, ai, etc. Les syllabes sur lesquelles tombe l’assonance dérivent de Ve latin tonique en position (bel, quarrel) ; de l’a latin tonique devant une gutturale qui tombe et laisse un i en sa place (fait, frait) ; de l’a latin tonique sur lequel l’f atone de la syllabe suivante a exercé une influence phonétique ( sai ). Il s’y mêle la notation ei venant de l’e latin -h c (dreit). Ex.: couplets L, CXIV, etc. = 10 Couplets féminins en è, ai. Mêmes observations que pour les précédents, sauf l’addition de Ve muet, qui représente en français un a latin atone après la tonique (feste) , ou qui vient soutenir deux consonnes latines ( estre ), etc. Ex. couplets IV, XXVII, LXIX, etc. = 11 Couplets masculins en ei. Les syllabes sur lesquelles porte l’assonance dérivent non seulement de Ve long latin tonique ou de Vi bref tonique , mais aussi de la notation ensis par la chute de la nasale (Franceis), etc. Il faut remarquer que certains mots, comme ireiz , portereiz , avreiz, se trouvent dans les couplets en è sous la forme irez, porterez, aurez. Dans le Saint Alexis, la notation ei avait, dans ce cas, complètement disparu. Ex. : couplets VI , XLII , LXXXV , CCCII. — 12 Couplets féminins en ei. Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance dérivent de Vi bref tonique ou de Ve long tonique, plus un e français après la tonique ; ou de a devant une nasale donnant ain ou ein, + e, etc. Ex.: couplet LXXXIV.= 13 Couplets masculins en i. Les voyelles sur lesquelles porte l’assonance viennent presque partout de Vi latin long tonique (exception : mercedem, = mercit, etc.) : et aussi du son in. Ex.: couplets X , XII , XXXIV, etc. = 14 Couplets féminins en i. Deitonique + Ex.: couplets VII, XIV, XXIV, etc.= 18 Couplets masculinseno. Del’o latin en position ou de la diphtongue au. Ex. : couplets LXXXIX, XCIX, CXXXIV, CLX, etc. = 18 Couplets féminins en o. Mêmes observations, en ajoutant Ve muet après la tonique. Ex. Couplet CXXXVII.= 17 Couplets masculins en oe. Principalement d’ ô bref tonique. Deux exemples seulement. Le premier ( couplet XXII ) contient les assonances suivantes : estoet , poet , soer , estoet, prozdoem , fleus , oilz, coer, estoet ; le second (CCXCIII) : voelt, avoec, doels, coers, oilz, estoet, poet, iloec. 18 Couplets masculins en o intermédiaire (qui est le plus souvent notéw dans la Chanson de Roland, et qui se prononçait ou). De l’o latin long tonique, et de l’o H- n ou m (ou o nasal). Il y a des couplets où les assonances de ces deux origines sont mêlées (Ex.: cou-

plet C). Il y en a où les assonances dérivent senlement de l’o long (LXXII), et un assez grand nombre où sont seulement admises les assonances en un (CXXX1II, etc. ). Il est inutile d’ajouter que les premières personnes du pluriel font partie de ces assonances. Dans le couplet CCXVI, on admet les assonances qui, comme suceurs, urs, acurt, viennent de Vu latin en position. = *• Couplets féminins en o intermédiaire. Mêmes observations que pour le groupe précédent. De F o latin long tonique + un e français après la tonique ; de l’o nasal -f- e ; de Vu nasal -{- e ; de Vu en position -f- e ; de Vu bref tonique -f- e (sue). Ex. -.couplets II, LXXX , etc. = 30 Couplets masculins en u. De l’it long tonique. Ex. : couplet XVI , etc.= 31 Couplets féminins en u. De Vu long tonique + e. Ex.: couplets CX, CCI, CCXCV. = V. dans le Romania , 1874 , p. 290, l’énumération sommaire, par M.G. Raynaud, des assonances du Roland , et dans les Épopées françaises (2e éd. I, 336 et ss.), le « Tableau complet, selon l’ordre des voyelles, des différentes laisses assonancées qu’on peut rencontrer dans les chansons de geste. »

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