A CORDOUE. — “ CONSEIL TENU PAR CHARLEMAGNE
L’Empereur se fait tout joyeux et est de belle humeur. Il a pris Cordoue , il en a mis les murs en pièces,
Avec ses machines il en a abattu les tours;
Ses chevaliers y ont fait un butin très abondant D’or, d’argent, de riches armures.
Dans la ville il n’est pas resté un seul païen
Qui ne soit forcé de choisir entre la mort et le baptême.
Le roi Charles est dans un grand verger;
Avec lui sont Roland et Olivier,
est fils de Renier de Gennes : Vus fûtes filz à V Ion cunte Renier. (V. 2208.) Le premier de nos poèmes où il apparaisse avec un rôle important, c’est Girars de Viane (fin du xne, commencement du xme siècle). Il y figure parmi les advereaires de Charlemagne, et on l’y voit
lutter avec Roland (pp. 106-155 de l’édition P. Tarbé). Après un duel sans pareil , les deux héros finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre ( Ibid., pp. 155, 156), et tel est le commencement de cette amitié touchante qui fait d’Olivier et de Roland i’Oreste et le Pylade,
105 Sansun li dux e Anseïs li fiers ,
Gefreiz d’Anjou le rei gunfanuniers ,
E si i furent e Gerins e Geriers :
Là ù cist furent , des altres i out bien :
Asez i out des harbez e des vielz .
Des Francs de France i ad quinze milliers.
le Pytliias et le Damon de notre épopée nationale. Dans le même temps, la sœur d’Olivier est fiancée à Roland , et nous allons bientôt la rencontrer dans notre drame. = Une chanson du xne siècle, le Voyage à Jérusalem (ce n’est, à vrai dire, qu’un fabliau épique), nous montre Olivier à Constantinople, où il a de la fille du roi Hugon un fils qui sera le Galien de nos romans.
= Mais le poème où la gloire d’Olivier jette le plus d’éclat, son poème, c’est Fierabras (xme siècle) : il en est le héros. C’est lui qui, dans un combat interminable , lutte ici contre le géant sarrasin ; c*est lui qui convertit Fierabras. (Vers 369-1691 de l’édit. Krœber et Servois.) Cependant le vainqueur tombe lui-même entre les mains du roi païen BalantCv. 1692-1862) et il fût mort très misérablement, s’il n’avait été délivré par la fille de Balant, par Floripas. (Vers 271 3-5861.) = Dans rentrée en Espagne (xme -xive siècle), Olivier est vaincu par Ferragus, fait prisonnier par les païens et délivré par Roland. ( Ms. xxi de Venise , f° 27, et 80, 81.) Il combat avec son ami sous les murs de Pampelune, le suit à Nobles (Ibid., f° 177- 202), tue le Sarrasin Folquenor (fe 202- 211 ) et plaide tendrement pour son cher compagnon, pour son Roland que l’Empereur insulte. = La Chronique du faux Turpin ( écrite en 1109-1119) ne donne pas tant d’importance à Olivier, et se contente de raconter qu’il fut enseveli à Belin. = Il a certainement existé, dès le xme siècle , un Galien en vers, qui n’est point parvenu jusqu’à nous , mais dont trois versions en prose nous sont restées (Bibh nat. fr. 1470, xv* siècle; Bibl. de l’Arsenal, 3351, xv« siècle; Galien incunable) .On y voit le fils de notre Olivier, Galien , cherchant son père sur toute
la surface de la terre, et le trouvant enfin sur le champ de bataille de Roncevaux, où Olivier a le temps de le reconnaître. = Parmi tous ces éléments de la légende d’Olivier, il en est de fort anciens, et ce sont ceux qui se trouvent dans notre Roland* Les plus dignes d’attention sont ensuite ceux que nous offre Girars de Viane , et néanmoins ils nous semblent postérieurs d’un ou de deux siècles.Le Voyage à Jérusalem , Y Entrée en Espagne et Galien n’ont rien de profondément traditionnel , et quant à la lutte d’Olivier contre Fierabras dans le poème de ce nom , il n’y faut voir qu’une des formes de ce sujet banal : « Combat d’un héros français contre un géant païen , » qui a été traité tant de fois par nos épiques.
105. Sansun li dux. Ce personnage est compté au nombre des douze Pairs : 1° par la Chanson de Roland ; 2« par la Karlamagnus Saga ( histoire islandaise de Charlemagne , xme siècle ) ; 3° par lesRemaniements de notre Roland ( xme siècle ; mss. de Paris , de Venise s de Cambridge, etc.); 4e par Guide Bourgogne (xne siècle) ; 5° par la Chronique de Weihenstephan (le manuscrit est du xve siècle, et l’original du xive), et 6° par V Entrée en Espagne (xmexive siècle). Il est partout représenté comme duc de Bourgogne, et c’est le père de Gui de Bourgogne. L’auteur de notre Roland le fait mourir à Roncevaux (v. 1535) de la main du païen Valdabrun.
* Anseïs. Il s’agit Ici d’Ànseïs « le Vieux » ( v. 796 ). Il est mis au nombre des douze Pairs par la Chanson de Roland, par les Remaniements de Paris, de Venise, de Cambridge, etc., par la Chronique de Weihenstephan, par V Entrée en Espagne, et par Otinel
Le duc Samson , le fier Anséis ,
Geoffroi d’Anjou, qui porte le gonfanon royal,
Gerin et son compagnon Gerier Et, avec eux, beaucoup d’autres,
Hommes barbus et vieux ,
Quinze mille chevaliers qui sont des Français de France.
( xm» siècle ). Il ne faut pas le confondre ayec Anseïs le Jeune ou Anseïs de Carthage, personnage purement imaginaire et qui n’a rien de traditionnel.
Ce dernier est le héros d’un poème de notre décadence épique où il est représenté comme le successeur de Roland et comme le premier roi d’Espagne après les grandes représailles de Charles contre les Sarrasins.