‹ Chanson de RolandChapitre 29 sur 323 · Gefreiz... le rei gunfanuniers · texte numérisé non relu

Gefreiz... le rei gunfanuniers

Geoffroi d’Anjou est un personnage historique qui a été introduit dans la légende de Roland vers la fin du xe siècle : c’est Geoffroi Grise-Gonelle , mort en 987. Il était contemporain de Richard le Vieux , duc de Normandie, dont il sera question plus loin. De l’introduction de ces deux héros dans l’épopée rolandienne , on peut conclure qu’une partie de notre légende s’est formée sous les derniers Carlovingiens et les premiers Capétiens, et il faut admettre qu’il a pu dès lors exister certains poèmes consacrés à Roland : notre Chanson n’est pas la première dont il ait été le héros. D’un autre côté , l’importance des Angevins dans notre légende a permis de regarder le Roland comme l’œuvre d’un poète de cette province , lequel aurait voulu flatter le comte Geoffroi ou ses premiers successeurs. On en arrive ainsi à supposer que le dialecte de la première rédaction de notre poème aurait été celui d’Anjou , lequel ne se distinguait pas nettement de celui de France. = Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, Geoffroi l’Angevin joue un grand rôle dans tous nos vieux poèmes.Il fait partie de cette expédition de Charles en Italie, qui se termine par la défaite du Sarrasin Agolant. ( Chanson d'As- • prernont , xm« siècle.) Dans la guerre des Saxons, il tue le roi Caloré ( Chan-

son de Saisnes, xn« siècle, couplets 107 et suiv.) , et nous est offert comme un des chefs des barons Hérupois , soulevés contre l’Empereur. (Ce sont les Normands, les Manceaux, les Bretons, les Tourangeaux et les Angevins, toute l’ancienne Neustrie. ) = Geoffroi est compté au nombre des douze Pairs par Renaus de Montau> ban ( xme siècle ) , la Chronique dtf Weihenstephan (xive-xve siècle) et Fierabras ( xme siècle). = C’est Geoffroi enfin qui, dans les Remaniements du Roland j a la charge, avec Girart d’Orléans et Guion de Saint - Orner ( couplets 339 et suiv. du ms. de Paris, édition Fr. Michel), de se rendre en message auprès de Girart de Viane et d’amener la belle Aude àl’Empereur.= Thierry, qui doit vaincre Pinabel à la fin de notre chanson , est représenté dans le Roland comme le frère du duc Geoffroi (v. 3819). Dans Gai don (xm® siècle), dans ce poème de la décadence, il nous est offert comme son fils , et c’est lui qui , sous le nom de Gaidon , devient duc d’Angers.

* Gunfanuniers. Le gonfanon de Charlemagne n’est autre que la bannière de saint Pierre ou des Papes. De là son nom de Romaine : Seint Piere fut; si aveit num Romaine; mais notre poète nous dira plus loin que, depuis la grande bataille de Saragosse, cette enseigne s’appela MUnjoie. V. la note du v. 3094.

107. Gerins... Geriers. Ils sont compris au nombre des douze Pairs par la Chanson de Roland , par les Remaniements de Paris et de Cambridge, par la Karlamagnus Saga, etc. = Gerin seul est conservé par l’auteur d ’Otinel et par celui du Voyage à Jérusalem,

110 Sur pâlies blancs siédent cil chevalier,

As tables juent pur els esbaneier,

E as eschas li plus saive e li vieill ;

E escremissent cil bacheler legier.

Desuz un pin, delez un eglentier,

115 Un faldestoel i out, fait tut d’or mier :

Là siet li reis ki dulce France tient ;

Blanche ad la barbe e tut flurit le chief,

Gent ad le cors e le cuntenant fier.

S’est ki 1’ demandet, ne Y estoet enseignier.

120 E li message descendirent à pied,

Si 1’ saluèrent par amur e par bien. Aoi.

Blancandrins ad tut premereins parlet, E dist à 1’ Rei : « Salvez seiez de Deu,

« Le Glorius, que devez aürer!

125 « Iço vus mandet reis Marsilies li bers : « Enquis ad mult la lei de salvetet;

« De sun aveir vus voelt asez duner,

« Urs e leuns e veltres caeignez ,

« Setcenz cameilz e mil osturs muez,

111. As tables juent. Le jeu des tables (c’est le trictrac), et, plus encore, celui des échecs tiennent une très grande place dans nos romans; c’est, par excellence, le jeu des barons. Une partie d’échecs est la péripétie principale d’une de nos plus anciennes chansons, d ’Ogier le Danois. Le fils l’Ogier, Baudouinet, joue aux échecs avec Chariot, le fils de Charlemagne:

il gagne la partie. Chariot, furieux d’avoir été échec et mat en quelques coups , se précipite sur son adversaire et, d’un coup d’échiquier, le tue sur place. De là toute la guerre de Charlemagne contre Ogier. Dans Renaus de Montauban, même épisode. La lutte entre les fils d’Aimon et le grand empereur a pour cause ou pour prétexte une partie d’échecs , à la suite de laquelle le neveu de l’Empereur, Bertolais, est

tué par Renaud. (Édit. Michelant, p. 51.) — Voy., dans le Saint Martin deM.Lecoy delà Marche (Marne, 1881, p. 38), la représentation d’un pion pour jeu de tables.

11S. Gent ad le cors. S’il faut en croire la Chronique de Turpin, le grand empereur avait huit pieds de haut. Sur ses deux mains il élevait un cavalier armé et brisait aisément trois ou quatre fers à cheval. Tous nos poètes out célébré la barbe blanche de Charles, ses yeux extraordinairement ardents et sa terrible regardeüre. Et tout le moyen âge a eu peur de ce regard, semblable à cet évêque dont parle le moine de Saint- Gall, sur lequel l’Empereur jeta seulement un coup d’œil et qui fut soudain foudroyé. Cf. nos Épopées françaises, 2e édition, II, 121.

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