‹ Chanson de RolandChapitre 30 sur 323 · Le Glorius. On pourrait aisé · texte numérisé non relu

Le Glorius. On pourrait aisé

Ils sont assis sur des tapis blancs,

Et, pour se divertir, jouent aux tables;

Les plus sages, les plus vieux jouent aux échecs,

Et les bacheliers légers à l’escrime. ..

Sous un pin , près d’un églantier,

Est un fauteuil d’or massif:

C’est là qu’est assis le roi qui tient douce France.

Sa barbe est blanche et son chef tout fleuri ;

J Son corps est beau , et fière est sa contenance.

A celui qui le veut voir il n’est pas besoin de le montrer. Les messagers païens descendent de leurs mules Et saluent Charles en tout bien , tout amour.

Blancandrin, le premier, prend la parole,

Et dit au Roi : « Salut au nom de Dieu ,

« Du Glorieux que vous devez adorer !

« Voici ce que vous mande le roi Marsile , le vaillant :

« Après s’être bien enquis de votre loi , qui est la loi du salut . « Il veut largement partager ses trésors avec vous.

« Vous aurez des lions, des ours, des lévriers enchaînés, cc Sept cent chameaux , mille autours après la mue ,

ment composer une théodicée d’après les seuls textes de nos Chansons de geste. La spiritualité de Dieu est, de tous ses attributs , celui que nos poètes ont mis le plus volontiers en lumière , et l’épithète qu’ils accolent le plus souvent au mot « Dieu » est celle - ci :

« Dieu qui est un pur esprit, Pex Vespirital. » C’était là une protestation contre la pluralité des anciens dieux et contre leur matérialité grossière.

= Dans la Chanson de Roland et dans la plupart de nos autres poèmes , Dieu est encore qualifié de glorieux, et par ce mot il faut à la fois entendre la suprême béatitude , la suprême puissance, la suprême invisibilité. = On peut rapprocher de cette expression les suivantes, qui sont à peu près synonymes : « Le Dieu de majesté , le Roi du monde , le Dieu du paradis ,

le Roi très grand qui est au-dessus 3e nous. » — Les autres attributs de Dieu ne sont pas , d’ailleurs , exprimés avec moins de clarté. Le Dieu de nos épopées est tout-puissant. Il est éternel, e6 à tout instant nos poètes s’écrient : Cil Damedex qui fut , est et qui ierf.MaisIe titre que les trouvères se planent surtout à lui décerner, c’est celui de « créateur » : Par Peu le creator. — Par Peu qui tout forma. — Qui fist pluie et gelée. — Qui fist la rose en mai. — Qui nus fist à s'image , etc. etc. Rien n’était en réalité plus utile que de telles épithètes si souvent répétées , puisque i e dogme de la création avait été méconnu de toute l’antiquité païenne. Et tel est le point de vue pratique et élevé auquel on doit surtout considérer nos anciens poèmes.

130 « D’or e d’argent quatre cenz muls trussez,

« Cinquante cares que carier ferez;

« Tant i avrat de besanz esmerez « Dunt bien purrez voz soldeiers luer.

« En cest païs avez estet asez ,

135 « En France ad Ais bien repairier devez;

« Là vus sivrat, ço dit mis avoez.

« Si recevrai ta lei que vus tenez;

« Juintes ses mains, iert vostre cumandez:

« De vus tiendrat Espaigne le regnet. »

Li Emperere en tent ses mains vers Dieu ; Baisset sun chief, si cumencet à penser.

Li Emperere en tint sun chief enclin ;

140 De sa parole ne fut mie hastifs,

Sa custume est qu’il parolet à leisir.

Quant se redrecet, mult par out fier le vis. Dist as messages : « Vus avez mult bien dit.

« Li reis Marsilies est mult mis enemis.

145 « De cez paroles que vus avez ci dit « En quel mesure en purrai estre fiz?

« — Par bons ostages , » ço dist li Sarrazins , « Dunt vus avrez o dis o quinze o vint.

« Par num d’ ocire i métrai un mien filz ,

150 « E n’en avrez, ço quid, de plus gentilz.

« Quant vus serez el’ palais seignurill,

« A la grant feste seint Michiel de P Péril,

« Mis avoez là vus sivrat, ço dit,

« Enz en voz bainz que Deus pur vus i fîst ; 155 « Là vuldrat il chrestiens devenir. »

Caries respunt : « Uncor purrat guarir. »

Bels fut li jurz, si prist a décliner .

Les dis muiez fait Caries establer.

ET grant vergier fait li Reis tendre un tref ;

Aoi.

Aoi.

« Quatre cents mulets chargés d’argent et d’or,

« Tout ce que peuvent porter cinquante chars.

« Vous aurez tant et tant de besants de l’or le plus fin ,

« Que vous pourrez enfin payer tous vos soldats.

« Mais il y a trop longtemps que vous êtes en ce pays ,

« Et vous devriez retourner en France , à Aix. k Mon maître vous y suivra, c’est lui-même qui vous le promet, « Et il y recevra votre loi .

« Il y deviendra, mains jointes , votre vassal « Et tiendra de vous le royaume d'Espagne. »

L’Empereur élève alors ses deux mains vers Dieu;

Il baisse la tête et commence à penser.

L’Empereur demeurait là, tête baissée;

Car jamais sa parole ne fut hâtive ,

Et sa coutume est de ne parler qu'à loisir.

Quand enfin il se redressa , très fier était son visage :

« Vous avez bien parlé, » dit-il aux messagers.

« Cependant le roi Marsile est mon grand ennemi,

« Ces paroles que vous venez de prononcer, k En quelle mesure puis -je m’y fier?

« — Vous aurez de bons otages, » répond le Sarrasin;

<£ Nous vous en donnerons dix, quinze, vingt.

« Mon fils sera du nombre, dût-il y périr.

« Et vous n’en aurez pas de plus nobles.

« Lorsque vous serez de retour en votre palais seigneurial ,

« A la grande fête de saint Michel du Péril,

« Mon maître, c’est lui qui vous le promet, vous suivra « A vos eaux d’Aix, que Dieu a fait jaillir pour vous,

« Et là consentira à devenir chrétien.

« — G’estainsi,»répond Charles, «qu’il pourra encorese sauver.»

Le jour fut beau, et commençait à décliner.

Charles fait conduire les dix mules dans ses étables :

Puis, dans le grand verger , fait tendre un pavillon

160 Les dis messages ad fait enz hosteler ;

Duze serjant les unt bien cunreez.

La noit demurent tresque vint à V jur cler Li Emperere est par matin levez ;

Messe e matines ad li Reis escultet.

165 Desuz un pin en est li Reis alez,

Ses baruns mandet pur sun cunseill finer •

Par cels de France voelt il de T tut errer. Aol

Li Emperere s’en vait desuz un pin;

Ses baruns mandet pur sun cunseill fenir : 170 Le duc Ogier, Tarcevesque Turpin,

1 66. Sun cunseill. Prèsde l’Empereur ou du Roi frank se tient toujours, dans nos chansons, un Conseil dont l’origine est germaine. Les Cours plénières de nos romans rappellent les Champs de mai. Mais il faut distinguer entre la « cour plénière » et le ce conseil » proprement dit. Dans le Conseil , l’Empereur prend l’avis de ses barons , mais n’est aucunement forcé de le suivre. En d’autres termes, les conseillers n’ont ici qu’une autorité toute consultative , et c’est au Roi seul qu’appartient la décision. Le Conseil, d’ailieurs, semble se transformer plus d’une fois en haute Cour, quand il s’agit de juger un des hommes du roi : c’est l’ancien placitum palatii; c’est le tribunal qui, à la fin de notre poème, Jugera le traître Ganelon.

U70i) Ogier. Ogier le Danois , un des plus célèbres héros de notre épopée nationale. Il est fils de Geoffroi , roi de Danemark, qui est forcé de le laisser en otage à la cour de Charlemagne.

Les ambassadeurs du roi de France ayant été insultés par Geoffroi , Ogier est condamné à mort et va périr, lorsqu’on se décide soudain à une grande expédition en Italie. Le Danois devient rapidement le héros de l’armée française : il est vainqueur, dans un double combat , de Caraheu et de Brunamont ,

et, grâce à lui, Charles peut faire son entrée à Rome. ( Chevalerie Ogier, poème du xne siècle, attribué à Raimbert de Paris, vers 174- 3102.) Ogier est devenu le favori du roi de France , lorsqu’un jour, dans une de ces parties d’échecs dont nos épopées ont tant abusé, son fils, Baudouinet, est tué par le fils de l’Empereur, par Chariot (v. 3152-31&0). De là une haine irréconciliable du Danois contre le roi de France. Il veut tuer Chariot, et, sur le point de tomber aux mains de ses ennemis, se réfugie à la cour du roi Didier, à Pavie. Charles déclare la guerre au Lombard, et lui livre une formidable bataille où Ogier fait en vain des prodiges de valeur (v. 3181-5838). C’est alors qu’a lieu ce fameux siège de Caetelfort, qui a été si populaire durant tout le moyen âge. Ogier, affamé et tout près de succomber, parvient à s’ouvrir un chemin; mais, de nouveau poursuivi, il est fait prisonnier, et le voilà captif à Reims (v. 5884- 9424). Charles l’y veut laisser mourir de faim ; mais une invasion des Sarrasins le force un jour à faire un nouvel appel au courage du Danois, qui se bat contre le géant Bréhus et sauve la France (v. 9425- 12969). II reçoit en récompense le comté de Hainaut, et y meurt en odeur de sainteté (v.

Et y donne l’hospitalité aux dix messagers : Douze sergents en prennent soin ;

Jusqu’au jour clair ils y passent la nuit.., L’Empereur se lève de grand matin.

Charles entend messe et matines ;

Puis va s’asseoir sous un pin, :

Et mande ses barons pour tenir son conseil : Car il ne veut rien faire sans ceux de France.

L’Empereur va sous un pin ,

Et mande ses barons pour tenir son conseil i C’est le duc Ogier et l’archevêque Turpin;

12970-1304?). — Toute cette légende d'Ogier s’est formée en même temps que celle de Roland, et remonte par conséquent aux vme-ixe siècles.— Ajoutons qu’Ogier n’est pas mis dans notre poème au rang des douze Pairs , mais qu’il reçoit cet honneur dans le Voyage à Jérusalem , Gui de Bourgogne , Re~ naus de Montauban , Fierabras, Otinel et V Entrée en Espagne. — M. Barrois , éditeur du vieux poème que nous avons tout à l’heure analysé, prétend qu’Ogier était un Ardennais, et non pas un Danois. Cette opinion nous semble suffisamment réfutée par ces vers de la Chevalerie Ogier : Mult es quvers et plains de grant outrage. — Bien le dois estre : tu es de Danemarche...

— Ainc n’apartins de France a nul bernage ( v. 4300 et suiv.).

@ Turpin. Il y a eu un véritable archevêque de ce nom, lequel vécut sur siège de Reims, depuis 756 (ou 753, suivant la Gallia christiana ) jusqu’en 811 ou 788 ( ou 794, suivant la Gallia). Il a donc été réellement contemporain du grand désastre de Roncevaux, qui eut lieu en 778. Mais le Turpin de nos épopées présente des traits que l’histoire n’a point fournis. Il est né à Rome, si l’on en croit la Karlamagnus Saga (xme siècle), ou en France, suivant la Chanson d’Aspremont (xin« siècle).

L’auteur de ce dernier poème ajoute que Turpin fut abbé de Jumièges avant d’être élevé au siège de Reims.=:^ Quoi qu’il en soit, il est partout le type de l’évêque militaire. Dans Aspremont , on le voit porter au front de l’armée chrétienne le bois de la vraie croix, qui devient, entre ses mains, éblouissant comme le soleil. Dans Ogier (xne siècle), c’est lui qui livre à Charlemagne le Danois endormi ; mais il a pitié de cet illustre vaincu , et ne permet pas qu’il meure de faim dans sa prison. Après s’être couvert de gloire dans tous les combats que racontent V Entrée en Espagne ( xine-xiv»

siècle) et Gui de Bourgogne (xne siècle), l’ archevêque-soldat meurt à Roncevaux ( v. 2252). = La Chronique qui porte son nom se garde bien de le faire ainsi succomber dans la grande bataille, et le fait survivre au désastre qu’il raconte. C’est lui qui, d’après ce singulier récit , célébrait la messe des morts auprès de Charles, lorsque l’Empereur vit passer dans le ciel les Anges qui emportaient l’âme de Roland. = Turpin est compté au nombre des douze Pairs par les Remaniements du Roland ( xme siècle ), le Voyage à Jérusalem (xne siècle), la Karlamagnus Saga (xme siècle), Otinel (xiii® siècle), V Entrée en Es -

Richard le Vieill e sun nevuid Henri ,

E de Guascuigne le prud cunte Acelin ,

Tedbald de Reins e Milun sun cusin.

E si i furent e Geriers e Gerins.

175 EnsembP od els li quens Rollanz i vint E Oliviers, li pruz e li gentilz;

Des Francs de France en i ad plus de mil;

Guenes i vint , ki la traïsun fist.

Dès or cumencet le cunseill que mal prist. Aoi.

: pagne (xma-xive siècle, et la Chronique de Weihenstephan (xive-xve siècle). En résumé, c’est dans notre poème qu’il faut chercher les éléments les plus antiques de sa légende. = Il est nécessaire de dire ici deux mots de la célèbre « Chronique de Turpin».

Dans sa thèse De pseudo - Turpino , M. G. Paris est arrivé à cette conclusion scientifique « que les cinq premiers chapitres ont été écrits, vers le milieu du xie siècle, par un moine de Compostelle , et les chapitres vi et suivants, entre les années 1109-1119, par un moine de Saint - André - devienne ». Cette dernière partie est la moins sincère. Rédigée par un faussaire d’après quelques - unes de nos Chansons de geste et de nos traditions épiques qui y sont trop souvent défigurées, ce document apocryphe reproduit cependant, par rapport à la légende de Roland, un état delà tradition qui est peut-être antérieur à la donnée de notre chanson.

Î7Î) J Richard. Il s’agit ici (comme le prouvent les v. 3050 et 3470) de Richard, duc de Normandie. Que ce Richard soit un personnage historique, c’est ce qui semble hors de doute, et le poète qui l’a introduit dans notre légende a pensé à Richard I, duc de Normandie, dit le Vieux ou sans Peur (f 996). Nous avons, dans son nom comme dans celui de Geoffroi d’Anjou , un précieux élément de critique, et il devient par là très probable qu’une autre Chanson de Roland a existé avant la nôtre , vers la fin du xc ou le commencement du xie siècle. Il

est , à tout le moins , permis d’affirmer que des chants populaires lyriques étaient depuis longtemps consacrés à notre héros. = La légende épique de Richard est d’ailleurs assez riche. Dans Renaus de Montaiiban (xme siècle) , il se refuse énergiquement à faire périr son homonyme, Richard, fils d’Aimon, qui a été injustement condamné par Charlemagne. Au commencement de Y Entrée en Espagne (xme-xive siècle), il nous est présenté comme le chef du parti de la paix. Mais le poème où il tient le plus de place est la Chanson des Saisnes , et il devait certainement remplir un plus grand rôle dans ce poème perdu , qui avait pour titre :

Les Barons H empois. Dans la Chanson des Saisnes (xra* siècle), Richard est, en effet, avec Geoffroi d’Anjou, Salomon de Bretagne et Huon du Mans, un des chefs des Hérupois révoltés contre le grand empereur. Charles est obligé de traiter avec eux et d’aller, pieds nus, faire amende honorable à ces rebelles. = Richard est placé dans le collège des douze Pairs par Gui de Bourgogne (xne siècle), Renaus de Montaulan (xiii« siècle), Fier air as (xme siècle), etc.

172. Acelin est nommé, une autre fois, au vers 2882, où l’on voit qu’il ne faisait point partie de l’arrièregarde. Il est un de ceux qui soutiennent l’Empereur dans leurs bras, alors qu’il tombe en pâmoison devant le corps inanimé de Roland.

173. Tedbald de Reins est un des comtes qui seront plus tard chargés par l’Empereur de garder les corps

C’est Richard le Vieux et son neveu Henri ;

C’est le brave comte de Gascogne , Acelin ;

C’est Thibaud de Reims et son cousin Milon. Gerier et Gerin y sont aussi ,

Et le comte Roland y est venu avec eux ,

Suivi du noble et vaillant Olivier.

Il y a là plus de mille Français de France.

On y voit aussi Ganelon, celui qui fit la trahison. Alors commence ce conseil de malheur.

des héros morts à Roncevaux. Alors, comme ici, son nom est associé à celui de Milon (v. 2433). C’est à lui qu’est confié , lors de la grande bataille contre Baligant, le commandement du sixième corps (y. 3058).= Ce nom de « Thibaut de Reims » a-t-il pénétré dans la légende de Roland à l’époque où régnait le premier comte de Champagne de ce nom (ann. 1063) ? Nous ne le pensons pas, parce que Reims ne faisait point partie du comté de Champagne.

= Milun est un de ceux qui sont char»

gés de conduire sur des carettes les corps d’Oliyier, de Turpin et de Roland (v. 2971). Dans les Remaniements du Roland, il est un des messagers que Charles envoie à sa sœur Gilles.

178. Guenes, Ganelon, qui est dans notre poème le type du traître, a-t-il été un personnage historique ? Faut-il voir ici le souvenir encore vivace de ce fameux archevêque de Sens, Wenilo, lequel trahit , pour Louis le Germanique , la cause de Charles le Chauve qui l’avait comblé de bienfaits, et se réconcilia, en 859 , avec son bienfaiteur? Cette assimilation nous paraît aujourd’hui beaucoup plus vraisemblable qu’autrefois. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’au x® siècle le nom de «Guenes» était déjà l’objet du mépris populaire , et l’auteur du « poème sur saint Léger » donne ce nom au geôlier de son héros. Nous revenons donc sur notre première opinion à ce sujet, et nous ne saurions adopter le système de Hertz et du baron d* Avril, d’après lequel Ganelon dériverait du Hagen des J Nibelungen. = Quoi qu’il en soit, Ga-

nelon n’a dans le Roland qu’une vie individuelle , et sa famille n’y est pas constituée à l’état de geste. Il en est à peu près de même de V Entrée en Espagne, où il est encore montré sous les traits d’un baron courageux et loyal, et de la Prise de Pampelune, où il est déjà, au contraire , dénoncé comme un traître.

C’est à son instigation que, d’après ce poème traditionnel, Basin et Basile sont envoyés comme ambassadeurs à la cour du roi Marsile, et c’est lui qui tente de faire assassiner par les païens un troisième messager, nommé Guron. = Mais quand nos épiques furent atteints de la monomanie cyclique; en d’autres termes, quand ils voulurent classer tous leurs personnages en des familles distinctes , ils imaginèrent de faire de Ganelon le fils de Grifon d’Hautefeuille, qui lui-même fut présenté comme le troisième fils de Doon de Mayence. Voilà donc Ganelon installé dan3 cette geste de Doon qui , avec celles du Roi et de Garin de Montglane, estime de nos trois grandes Gestes : et de là vient ce nom de Mayençais qui fut donné aux* traîtres de nos romans. On ne s’arrêta pas en si beau chemin : l’auteur de Jourdain de Blaives (xne siècle) alla jusqu’à créer décidément une quatrième geste, «celle des traîtres » , et l’auteur de Parise la duchesse (xne siècle) énuméra avec quelque complaisance les « douze traîtres » de la race de Ganelon. Voir Gaufrey, édit. Guessard, v. 3999 et suiv.; Renaus de Montauhan , édit.

Michelant, pp. 421-442, etc. Cf. la Note de notre première édition, II, pp. 78-81.

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