‹ Chanson de RolandChapitre 52 sur 323 · XL1X · texte numérisé non relu

XL1X

« Faire mourir Roland là-bas, ^

« Ce serait ôter à l’Empereur le bras droit de son corps.

« Adieu les merveilleuses armées de France !

« Charles, désormais, n’assemblerait plus de telles forces,

« Il ne porterait plus au front couronne d'or, ce Et toute l'Espagne resterait en repos. »

Quand Marsile entend Ganelon , il le baise au cou :

Puis il commence à ouvrir ses trésors.

Marsile alors : « Pourquoi de plus longs discours?

« Il n’est pas de bon conseiller, si l’on n’en est point sûr :

« Jurez-moi, sans plus tarder, jurez-moi sa mort.

« Jurez -moi que je le trouverai à V arrière - garde ,

« Et je vous promettrai en revanche, sur ma loi,

« Que je Vy combattrai si je l’y trouve. »

Et Ganelon : ce Qu’il soi t fait, » répondit-il, « selon votre volonté ! » Et voilà que, sur les reliques de son épée Murgleis ,

11 jure la trahison. La forfaiture est accomplie.

Un fauteuil d’ivoire était là ;

Sous un olivier, sur un écu blanc,

CIO Marsilies fait porter un livre avant :

La lei i fut Mahum e Tervagan.

Ço ad juret li Sarrazins Espans :

« S’ en rere-guarde troevet le cors Rollant,

« Cumbatrat sei à trestute sa gent,

615 « E, se il poet, murrat i veirement;

« Li duze Per sunt mort à jugement. »

Guenes respunt : « Bien seit nostre cuvenz l » Aoi.

lu

Atant i vint uns paiens , Valdabruns ;

Icil levât le rei Marsiliun ;

Cler, en riant, Lad dit à Guenelun :

620 « Tenez m’espée, meillur n’en ad nuis hum,

« Entre les helz ad plus de mil manguns :

« Par amistiet, bels sire, la vus duins,

« Que nus aidiez de Rollant le barun ,

« Qu’en rere-guarde truver le poüssum.

625 « — Bien serai fait, » li quens Guenes respunt;

« E vus plevis que nus les cumbatrum.

« E vus afie que nus les ocirum. »

Pois, $e baisièrent es vis e es mentuns, Aoi

Après i vint uns paiens , Climborins ;

Cler, en riant , à Guenelun l’ad dit :

« Tenez mun helme , unkes meillur ne vi ;

621. Entre les helz. Pour les helz, qui sont sans doute les « quillons », et pour

le pommeau, voy. notre Éclaircissement III , sur le costume de guerre.

= Le texte de Versailles est précieux : Entre le heut et le pon ge en son, De l’or d'Espaigne vaut dis mille mangons . = Il est connu que les man -

gons sont une sorte de monnaie (voir Ducange, au mot Mancusa) ; mais le sens est, d’ailleurs, assez difficile à établir. S’agirait -il d’une épée dans le pommeau de laquelle on aurait mis des pièces d*or? C’est ce que semblerait indiquer le vers 1528 : R li dunat s’espêe mil manguns. Mais, à coup sûr, le pommeau n’était susceptible que de recevoir un petit nombre de ces pièces. Il n’y avait donc là que l’équivalent ou la valeur de mille mangons.

626. Pois, se baisièrent. Le baiser sur la bouche était l’un des rites de

Marsile y fait porter un livre

Où est écrite la loi de Mahomet et de Tervagan.

Le Sarrasin espagnol y jure son serment :

« Si, dans l’arrière-garde de Charlemagne, il trouve Roland, « Il le combattra avec toute son armée.

« S’il le peut, Roland y mourra.

« Et les douze Pairs sont condamnés à mort, »

Et Ganelon : « Puisse notre traité réussir! »

LU

Voici venir un païen , du nom de Valdabrun ;

C’est lui qui, pour la chevalerie, fut le parrain du roi Marsile, Clair et riant, a dit à Ganelon :

« Prenez mon épée : aucun homme n’en a de meilleure ;

« Le pommeau et la poignée valent plus de mille mangons;

« Je vous la donne par amitié, beau sire ;

« Mais aidez -nous contre Roland le baron,

« Et faites que nous puissions le trouver à l’arrière-garde.

« — Ainsi sera-t-il, » répond le comte Ganelon,

« Et je vous garantis que nous les combattrons,

« Et je vous 'promets que nous les tuerons, »

Tous les deux se baisent à la joue et au menton.

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