‹ Chanson de RolandChapitre 68 sur 323 · LXXI1I · texte numérisé non relu

LXXI1I

Les douze Pairs sont restés en Espagne :

Vingt mille Français sont en leur compagnie.

Ils n'ont pas peur et ne craignent point la mort.

Quant à l’Empereur, il s’en retourne en France.

II pleure de ses yeux et tire sa barbe blanche ;

Sous son manteau se cache.

A son côté chevauche le duc Naimes :

« Quelle pensée vous pèse? » dit- il au Roi.

« — Le demander, » répondit Charles, « c’est me faire outrage.

« J’ai si grand deuil qu’il me faut pleurer :

« Par Ganelon France sera détruite. —

« Cette nuit, je vis, dans une vision d’ange,—

« Je vis Ganelon me briser ma lance entre les mains ,

« Ce même Ganelon qui fit mettre mon neveu à l’arrière-garde.^' « Et j’ai dû laisser Roland en un pays étranger.

« Si je perds un tel homme, ô mon Dieu, je n’en trouverai jamais le pareil ! »

Charles le Grand ne peut s’empêcher de pleurer :

Cent mille Français sont pris pour lui de grand’pitié Et d’une peur étrange pour Roland.

C’est Ganelon , c’est ce félon qui l’a trahi ;

C’est lui qui a reçu du roi païen riches présents ,

Or et argent , étoffes et vêtements de soie ,

semblance avec celui de Charlemagne ! traioient le cuer de sous le pis (y. 591). dont il a été question plus haut (y. 718) : Cf. Rendus de Montauban, p 112,171 lime san1 oit, leaumentlevous di, — Que et 374 de l’édit. Michelant, et vingt

III lupart m’avoient asailli : — Si me autres passages de nos vieux poèmes

Muls e chevals e cameilz e leuns.

Marsilies mandet d’Espaigne les baruns,

Cuntes , vezcuntes e dux e almaçurs ,

850 Les amirafles e les filz as cunturs ;

Quatre cenz milie en ajustet en treis jurz.

En Sarraguce fait suner ses taburs.

Mahummet lièvent en la plus halte tur ;

N’i ad paien ne Y prit e ne Y aürt.

855 Pois, si chevalchent, par mult grant cuntençun ,

La tere entor e les vais e les munz ;

De cels de France virent les gunfanuns,

La rere-guarde des duze Cumpaignuns :

Ne laisserat bataille ne lur dunt. Aol.

860 Li niés Marsilie il est venuz avant Sur un mulet od un bastun tuchant.

Dist à sun uncle belement, en riant :

« Bels sire reis, jo vus ai servit tant,

« Si’n ai oüt e peines e ahans,

865 « Faites batailles e vencues en camp ;

cc Dunez m’ un fieu : ç1 est li colps de Rollant.

« Jo F ocirai à mun espiet trenchant,

« Se Mahummet me voelt estre guarant ;

« De tute Espaigne aquiterai les pans,

870 « Dès les porz d’Aspre entresqu’à Durestant.

« Lasserat Caries, si recrerrunt si Franc; cc Ja n'avrez guere en tut vostre vivant. » .

Li reis Marsilies Fen ad dunet le guant. Aon

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Li niés Marsilie tient le guant en sun puign ;

875 Sun uncle apelet par mult fière raisun :

853. Mahummet lièvent. « Tl fit 1 de notre poète et de tout le moyen placer ses dieux sur le rempart, et leur âge, qui regardaient les musulmans offrit des sacrifices. » ( Keiser Karl comme adorateurs d’images et poly- Magnus’s kronike.) Il est à peine utile théistes. Rien n’est plus contraire à la de relever, une fois de plus , l’erreur . vérité.

Chevaux et mulets, chameaux et lions...

Et voici que Marsile mande ses barons d’Espagne,

Comtes, vicomtes, ducs et aumaçours,

Avec les émirs et les fils de ses comtes.

Il en réunit quatre cent mille en trois jours,

Et fait sonner ses tambours dans toute la ville de Saragosse. Sur le sommet de la plus haute tour, on élève la statue de Mahomet ;

Pas de païen qui ne la prie et ne l’adore.

Puis ils chevauchent, en très grande furie,

A travers toute cette terre, par vaux et par monts.

Enfin ils aperçoivent les gonfanons de ceux de France.

C’est l’arrière-garde des douze Compagnons :

Point ne manqueront à leur livrer bataille.

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