CONSEIL SUPÉRIEUR DE BLOIS
Or écoutez, petits et grands, Le plus grand des événements ; On en parlera dans l'histoire; A peine pourra-t-on le croire, Car si je ne l'avais pas vu, Jamais je n'en aurais rien cru.
Le samedi, deux de ce mois.
Nous sommes tous venus à Blois, Pour y contempler la merveille De notre souverain Conseil; Et nous avons, en vérité, Tous été bien émei-veillés.
I. Relation de la première séance du Conseil supérieur de Blois, tenue le 2 mars. — Par le maître d'école de Chouzi, près Blois. (M.)
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Nous avons vu des magistrats En robes rouges et rabats, Parés comme les jours de fête; Saint Michel était à leur tête; Après marchaient deux présidents, Suivis d'onze honnêtes gens.
Preuve de leur honnêteté
Et qu'ils étaient bien élevés,
Ils faisaient force révérence,
Comme à la noce, quand on danse.
Enfin, par leurs provisions.
On voit qu'ils étaient bons garçons.
Pour attirer le Saint-Esprit Sur des gens aussi bien appris, La messe en pompe fut chantée.
Par la musique bien notée; Mais l'Esprit-Saint n'est pas venu, Du moins nous ne l'avons pas vr.
C'était un grand jour de marché, Que nos conseillers bien frisés Défilaient le long de la place; Mais plus d'un faisait k grimace • De ce qu'ils n'étaient pas assez Pour former le nombre annoncé.
Nous souffrions de l'embarras De ce vénérable Sénat :
vin. i»9
Clairambault-M au repas.
Mais, par une heureuse aventure, Nous avions plus d'une monture, Et chacune certainement Etait bâtée superbement.
Dès que le souverain conseil Sortit avec son appareil, Nos ânes, voyant leurs confrères, Se mirent aussitôt à braire, Et demandèrent à grands cris Qu'en la troupe ils fussent admis.
Indépendamment de la voix, Il était bon de faire un choix, Pour éviter la bigarrure Parmi cette magistrature; Les plus rouges furent choisis Comme étant les mieux assortis.
Les ânes, ayant pris leur rang, Fermèrent la marche à l'instant.
Je passe les cérémonies Que firent les deux compagnies.
La ville, en cette occasion, Marqua sa satisfaction ^
Or donc, de nos vingt conseillers On vit d'abord les six derniers
Voy. la Gazette de France du 8 mars I77I.(M.)
Année lyji. 211
S'en retourner à leur village, Criant, dans leur noble langage, Que, vu le poids de leurs fonctions, Ils donnaient leurs démissions.
Vous voyez qu'il ne restait plus Que quatorze ânes tout au plus :
Mais surtout où le bât les blesse.
Prodige de délicatesse !
Huit autres encore ont quitté Et six seulement sont restés.
Tout ceci, retenez-le bien.
Fait leçon pour les gens de bien.
Dans une pareille occurrence.
Monsieur le chancelier de France Mérite bien tous nos respects D'avoir pris d'aussi bons sujets.