‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 35 sur 173 · COMPLAINTE DE LA CHALOTAIS · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE LA CHALOTAIS

Or écoutez, illustre compagnie.

Comme l'homme est abusé par Satan, On est par lui bercé pendant la vie; Mais le perfide à la mort nous attend.

I. Louis-René de Caradeuc de La Chalotais, procureur général au parlement de Bretagne, fut l'un des premiers magistrats qui provoquèrent l'abolition des jésuites en France, par ses Comptes rendus des Constitutions des jésuites. Il s'attira par ses sarcasmes l'inimitié du gouverneur de la province, et compta parmi les principaux instigateurs do la résistance que le Parlement de Rennes opposa aux édits bursaux dont le duc d'Aiguillon poursuivait l'établissement. Aussi le duc chercha-t-il l'occasion

Année iy66. 63

Ah misérable !

J'ai cru le diable ; Je suis perdu, Je vais être pendu.

Il me soufflait tous les jours la manière En cabalant de me rendre fameux.

Qu'ai-je gagné de suivre sa bannière ?

Je fus méchant, et je suis malheureux.

De Chauvelin j'aimai l'humeur chagrine, C'était Satan lui-même que j'aimais.

J'aurais bien dû le connaître à sa mine. Car c'est ainsi que les diables sont faits.

Je me croyais un homme d'importance, A ma raison je soumettais ma foi; D'un double joug je délivrais la France, J'humiliais et l'Église et le Roi.

Que gagne-t-on à devenir grand homme, Si du public on devient le jouet ?

Le Cavayrac ^ est triomphant à Rome Et Caradeuc à Rennes est au gibet.

de le perdre, et, profitant de ce que l'on avait cru reconnaître son écriture dans des lettres anonymes adressées au Roi, sur les troubles de Bretagne, il obtint de le faire arrêter, le 11 novembre 1765, avec son fils, aussi procureur général et quatre conseillers du Parlement.

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