‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 13 sur 192 · M. de Nogent-Beautru, lieutenant gérreral des ar · texte numérisé non relu

M. de Nogent-Beautru, lieutenant gérreral des ar

30 Clairambaul t-AIaurepas.

Que le mousquetaire soit sergent, Que tout s'en aille à la rivière.

Ah ! le voilà, ah ! le voici Celui qui n'en a nul souci.

Que les disciples d'Escobar Quittent quelquefois le derrière, Que leur dévot père Girard S'éprouve avec la Cadière.

Qu'ayant les rênes sur le cou, La Gontaut soit enfin dévote 1, Pour rendre de Pezay jaloux, Ou qu'elle ne soit que bigote.

Que sans esprit et sans talent Le duc d'Orléans toujours prie2,

niées du Roi, frère de Mmc la duchesse deBiron, et M. de Ribaudière, officier d'artillerie, se sont fait une querelle à table ; celui-ci a intenté un procès criminel à l'autre sur ce qu'il l'avait attendu dans un chemin pour l'insulter. Cet officier a fait imprimer un mémoire... Toute la noblesse a trouvé bien étrange que My Ribaudière répondît à coups de plume d'avocats et de procureurs, quand il fallait le faire à coups d'épée. C'est bien s'avilir que de s'adresser à la magistrature pour obtenir vengeance. (M. de M.)

1. Mme de Gontaut est devenue amoureuse de M. de Rennes, pour faire enrager M. de Pezé, colonel du régiment du Roi et gouverneur de la Muette, qui l'a quittée pour vivre avec la maréchale de Villars. [M. de M.)

2. Le duc d'Orléans commençait alors à s'adonner aux pratiques d'une dévotion outrée, qui devait bientôt tourner en manie etT le rendre ridicule.

Et que Voltaire impunément Mette au jour une pièce impie l.

Que le caustique abbé Montgon -, Qui tant fronda le ministère, Soit honnête homme ou bien fripon, Qu'il soit menteur, qu'il soit sincère.

Que Riperda soit à Maroc3

De l'empereur premier ministre,

1. La tragédie de Zah-e, représentée pour la première fois le 13 août 1732.

Marais disait de cette pièce : « Voltaire fait jouer une tragédie qu'il a placée dans le temps des Croisades, où les mahométans sont galants, doux, ne veulent qu'une femme, où les chrétiens sont acteurs, où la vraie croix est sur le théâtre ; enfin, on dit partout que pour éviter le reproche de ne -s'arrêter qu'aux vers dans ses pièces, il a voulu une fois en sa vie travailler à la conduite, mais qu'il a raté la conduite et que les vers ne valent rien... il manie la religion chrétienne et la mahométane à son gré, lui qui n'en connaît aucune. » [Corresp. avec Bouhier.)

2. L'abbé de Montgon, fils de M. de Montgon, directeur de la cavalerie, qui a été capitaine-lieutenant dans la gendarmerie, s'est jeté dans la dévotion et s'est fait prêtre. Il a passé en Espagne, croyant, selon les apparences, y gouverner le Roi, de qui il avait été fort connu pendant sa jeunesse ; il a été éloigné de toutes les affaires par les ministres; il s'est brouillé avec M. le cardinal de Fleury, il a fait imprimer un livre en Hollande [ce sont ses Mémoires^ où il ne l'épargne pas ; il a présenté au roi d'Espagne des mémoires contre tous les ministres, enfin il a eu ordre de sortir du royaume. {M. de M.)

3. Le duc de Riperda qui, après sa disgrâce en Espagne, où il avait été ministre, s'était réfugié à Londres, et puis en Hollande, passa en Barbarie où il devint 'premier mi-

Cl air ambault- Maure pas.

Et qu'un beau jour il soit au croc Et puni d'un conseil sinistre.

Que le jugement de Girard Soit déclaré nul et inique.

Qu'on ressuscite Chamillard Pour faire aux appelants la nique 1.

Que les Académiciens

Soient membres de la comédie 2,

nistre du roi de Maroc, en juillet 1732. Mais sa faveur dans ce pays ne fut pas de longue durée.

Ce duc avait, paraît-il, de singulières idées, ainsi que l'on peut en juger par un détail que nous apprend le Journal de la cour et de Paris. « Il compose actuellement une nouvelle religion dans laquelle la juive domine, par l'attente du Messie, qu'il adopte et soutient. Le prince a traité jusqu'à présent ce dessein de comédie, mais il pourrait bien s'en lasser et lui donner un vilain dénouement en faisant ce nouveau prophète le premier martyr de sa religion. »

1. M. le chancelier a travaillé sur toutes les pièces de ce procès, pour examiner s'il y avait lieu de revenir contre. Cet examen n'a encore abouti à rien , il y a lieu de croire que cet arrêt subsistera. On a fait courir le bruit à Paris que le P. Chamillard, jésuite, avait appelé en mourant- de la Constitution, qu'il y avait eu une altercation si forte entre les jésuites de la maison professe pour savoir si on l'enterrerait ou non, qu'ils s'étaient battus ensemble et que l'on avait conclu qu'on lui donnerait la cave pour sépulture. {M. de M.)

2. Les comédiens ayant su que les Académiciens souhaitaient d'avoir des places gratis à la comédie, firent une députation pour leur en offrir ; ils acceptèrent, et en reconnaissance les Académiciens ont donné des places aux comédiens, les jours qu'ils tenaient des séances publiques.

Année i j32. 33

Et qu'à leur tour les comédiens Soient membres de l'Académie.

Que de la froideur de Bourbon La jeune duchesse frémisse1, Et qu'Egmond y trouve son bon, Et que Charolais applaudisse.

Que Langeron par maints exploits Ait fait accoucher sa princesse 2,

Les uns et les autres ont usé de ces droits, et les comédiens, pour faire mieux remarquer le privilège qu'ils avaient, se rendirent à l'Académie, après que la salle fut toute pleine à la réception de M. levêque de Luçon. {M. de M.)

1. M. le Duc a tant usé et des hommes et des femmes qu'il est tombé dans la nullité ; sa femme, qui est née princesse de Hesse-Rhinfeld, est fort aimable et fort jolie, malgré cela on prétend que son mariage n'a pas été consommé, on dit qu'elle ne s'en cache point, et on sait que c'est parce qu'elle ignore l'art de l'agacer. La comtesse d'Egmond, fille de M. le duc de Duras-Lamarque, plus habile, en fait ce qu'elle veut. {M. de M.)

2. Langeron, colonel d'infanterie, qui a toujours fréquenté la cour de Mme la duchesse du Maine, y jouait des comédies... Mlle de Sens a eu un enfant de M. de Langeron, ce qui l'a brouillée avec M'"e la duchesse, qui lui fit de grands reproches quand elle sut qu'elle était grosse. Mais cela opéra des réponses de sa part qui ne furent point agréables à sa mère et qui ont causé beaucoup de refroidissement entre elles. Quant à Mllc de Charolais, fille de M'"e la duchesse, on sait combien elle aime ses plaisirs ; à présent, après avoir eu toute la France, elle a M. le marquis de Mirepoix, de la maison de Lévis, colonel d'infanterie, qui succède à M. le marquis de Souvré, qui avait pris la place de M. le prince de Dombes. [M. de M.)

34 Clair ambault-Maurepas.

Que la lubrique Charolais B.... son Mirepoix sans cesse.

Je me ris du pays latin, Et j'abandonne sa querelle, Pourvu que j'aie du bon vin, Du tabac et la demoiselle.

Ah ! le voilà, ah ! le voici Celui qui n'en a nul souci !

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